Faut-il se méfier des boissons énergisantes ? Suivi InVS : des effets indésirables liés à la caféine et à l'alcool

 

Depuis que le Red Bull est arrivé sur le marché français en juillet 2008, l'Institut national de veille sanitaire (InVS) a mis en place un véritable système de surveillance hexagonal. "Nous avons beaucoup communiqué, auprès des centres 15, mais aussi des centres antipoison et des services des urgences hospitalières, afin qu'ils relaient tous les cas reliés de près ou de loin à la consommation de Red Bull", explique le Docteur Lefranc, de l'InVS.

Au total, 23 cas ont ainsi été recensés. Parmi eux :

 4 étaient "sans symptômes". "Cela signifie que les gens ont bu du Red Bull et se sont ensuite inquiétés. Ils ont donc appelé un service d'urgence, tout simplement pour poser des questions", précise Agnès Lefranc.

 6 cas ont été écartés car les effets constatés étaient clairement liés à autre chose que la boisson étudiée.

Restaient donc 13 cas où les symptômes décrits pouvaient potentiellement être reliés à la consommation de la boisson énergisante. Il s'agissait par exemple de palpitations, d'ébriété, de fébrilité, d'un état de confusion ou encore de troubles digestifs ou neurologiques.

 Pour 8 de ces cas, les troubles décrits étaient ceux que provoque un excès de caféine ou l'absorption d'alcool. Rien à voir donc avec la taurine et la D-glucorotolactone. "Il est peu probable que le Red Bull puisse provoquer une amplification des effets de l'alcool, note le Dr Lefranc. En revanche, ce qui est possible, c'est que les jeunes qui mélangent par exemple de la vodka avec du Red Bull consomment de l'alcool en plus grande quantité que d'habitude, sans s'en rendre compte. C'est un peu le même procédé qu'avec les prémix, qui ont beaucoup fait parler d'eux." Ces boissons sucrées contiennent de bonnes doses d'alcool mais n'en donnent pas l'impression, car le goût de soda est très fort et masque celui de l'alcool. L'ébriété peut donc survenir beaucoup plus tôt qu'on ne s'y attend.

 Pour les 5 derniers cas, on a constaté des symptômes neurologiques, divergeant d'une personne à l'autre, tels qu'une crise d'épilepsie par exemple. Là encore, le lien avec les composants du Red Bull semble peu probable. Et ce d'autant que les troubles constatés sont complètement différents d'une personne à l'autre. "Une explication possible pourrait être que le Red Bull est souvent pris pour faire la fête ou, en tout cas, retarder le sommeil, explique Agnès Lefranc. Or, on sait que le manque de sommeil est un déclencheur de crise d'épilepsie chez les personnes à risque." Ce pourrait donc tout simplement être le mode de vie associé à la boisson qui aurait provoqué ces troubles neurologiques. Encore une fois, rien de certain sur ce point.

 

Le suivi continue

L'InVS a donc conclu que la surveillance n'avait pas permis de mettre en évidence de risque majeur lié à la consommation aiguë de la boisson énergisante. "Nous ne sommes pas habilités à formuler des recommandations, mais je ferai tout de même un commentaire de bon sens, conclut le Dr Lefranc : il y a autant de caféine dans une canette de Red Bull que dans une tasse de café. Tout le monde sait que boire une dizaine de cafés par jour n'est franchement pas souhaitable et provoque des troubles du comportement. Eh bien c'est exactement la même chose pour cette boisson." L'InVS va tout de même continuer à recenser les données communiquées par ses interlocuteurs sur le terrain et fera des points régulièrement, "mais pas tous les six mois comme aujourd'hui, cela ne servirait à rien".

 

En ce qui concerne les effets d'une consommation chronique de boissons énergisantes sur l'organisme, l'InVS ne peut bien sûr pas se prononcer, notamment par manque de recul. Seules des études expérimentales poussées pourraient répondre à cette question qui demeure en suspens, alors que le Red Bull est commercialisé dans le monde depuis plus de 20 ans.

 

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