Faut-il continuer à manger des fruits et légumes pour éloigner le cancer ? Serge Hercberg : "Nous devons préciser ces résultats pour avoir une analyse plus détaillées"

Serge Hercberg est directeur de recherche à l'Inserm, professeur de nutrition à l'Université de médecine Paris 13. Il dirige également l'étude Nutrinet, qui vise à scruter de façon régulière et précise sur plusieurs années l'alimentation de 500 000 internautes qui se sont portés volontaires. Pour lui, les résultats de l'étude Boffetta viennent tout de même confirmer le rôle positif des fruits et légumes pour lutter, entre autres, contre le cancer.

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Les internautes peuvent faire avancer les connaissances quant  à l'influence de l'alimentation sur la santé en participant à la vaste étude Nutrinet, menée par le Pr Hercberg. © Yuri Arcurs - Fotolia.com

Quel regard portez-vous sur cette étude qui semble minimiser l'importance des fruits et légumes dans la prévention du cancer ?

Soulignons d'abord qu'il s'agit d'une étude très bien faite, sur une large population. Ensuite, sur les résultats en eux-mêmes : certes, ils montrent un niveau d'influence plus faible mais ça n'est pas si surprenant. Ce niveau varie d'une étude à l'autre, notamment en fonction des critères choisis. Ici, on a mesuré l'effet sur tous les types de cancers. Or, on sait que la consommation de fruits et légumes influe pour certains types de cancers en particulier, pas nécessairement sur tous.

Et puis, n'oublions pas que cette étude confirme tout de même que les fruits et légumes ont un effet bénéfique, qui n'est pas négligeable : aucun médicament ne permet de réduire le risque de cancer de 3 % !

Cela dépend des types de cancers, mais aussi des fruits et légumes consommés... Ne serait-il pas possible, dans ce cas, de produire des recommandations plus précises ? 

C'est précisément un des buts, à terme, de l'étude Nutrinet, qui va fêter son premier anniversaire. En interrogeant 500 000 personnes régulièrement sur leurs habitudes alimentaires, nous aurons la possibilité d'analyser beaucoup plus finement les conséquences des habitudes alimentaires sur la santé, en particulier sur le cancer.

On connaît déjà quelques bienfaits plus précis des fruits et légumes. Ainsi, le lycopène contenu dans les tomates possède un effet préventif contre le cancer de la prostate tandis que les fruits rouges et orangés aident, d'une manière générale, à lutter contre les cancers des voies digestives. Ces connaissances sont très incomplètes : on a encore beaucoup à apprendre dans ce domaine et nous comptons beaucoup sur Nutrinet.

"Aucun médicament ne permet de réduire le risque de cancer de 3 % !"

Sait-on s'il y a des différences d'efficacité entre des légumes issus, par exemple, d'une production biologique et ceux produits de façon plus "industrielles" ?  

Pour l'instant, aucune étude n'a démontré d'avantage nutritionnel du bio contre le non-bio. Cela reste une piste bien sûr, mais tout reste à démontrer.

La recommandation de 5 fruits et légumes par jour est donc toujours d'actualité ?

Bien sûr, le plus important aujourd'hui, c'est d'être sûr d'en consommer en quantité suffisante, au moins 400 grammes par jour. Qu'ils soient surgelés, en boîte, achetés au rayon frais, crus, cuits... L'essentiel est de consommer des fruits et légumes sans que cela soit trop compliqué au quotidien. L'idéal est de varier, bien sûr, mais il faut avant tout se faire plaisir, ça ne doit pas être une corvée.

 

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