Des médecins dénoncent le déremboursement des médicaments contre Alzheimer

A partir du 1er août 2018, les médicaments contre la maladie d'Alzheimer ne seront plus remboursés, a annoncé Agnès Buzyn. Plus de 190 professionnels des maladies neuro-dégénératives expriment leur mécontentement dans une lettre ouverte.

Des médecins dénoncent le déremboursement des médicaments contre Alzheimer
© Goodluz - 123RF

[Mis à jour le 18/06/18] Quatre médicaments prescrits aux patients atteints de la maladie d'Alzheimer - pathologie se traduisant par une dégénérescence du cerveau et des pertes de mémoire - ne seront plus remboursés (ces traitements étaient jusque-là remboursés à hauteur de 15% par l'Assurance Maladie) à compter du 1er août 2018, avait annoncé la ministre de la Santé Agnès Buzyn le 1er juin 2018. Étaient concernés les médicaments Aricept® , Ebixa® , Exelon® et Reminyl® ainsi que leurs génériques, selon l'arrêté du ministère de la Santé.

Dans une lettre ouverte adressée à Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, et rendue publique ce lundi 18 juin dans le Figaro, 194 neurologues, gériatres et psychiatres spécialistes des maladies neuro-dégénératives, ainsi que sept associations de patients expriment leur désarroi concernant la décision de procéder au déremboursement de ces médicaments. "Une décision qui remet en cause des années de travail et d'implication dans la prise en soin de ces maladies graves, ainsi que le bénéfice de plusieurs plans gouvernementaux successifs", dénoncent-ils dans leur lettre. Ces professionnels de santé remettent surtout en cause l'argument majeur déployé par la ministre et la HAS qui ont estimé que ces médicaments étaient "inefficaces et potentiellement risqués", qu'ils avaient "un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge" et qu'ils induiraient "des risques d'effets indésirables [digestifs, cardiovasculaires et neuropsychiatriques] potentiellement graves". Mais est-ce que cela a été prouvé par des études scientifiques ? "Non", d'après les signataires de la tribune : "ni la littérature scientifique, ni les signaux de pharmacovigilance (tant nationaux qu'européens) n'apportent de preuve convergente de cette hypothétique dangerosité, lorsque ces médicaments sont utilisés dans le respect des contre-indications". Et si ces traitements étaient réellement dangereux, "ce n'est pas un simple déremboursement qu'il convenait de mettre en œuvre, mais une procédure de retrait du marché, en missionnant l'ANSM pour initier cette procédure, et pour la porter au niveau européen devant l'EMEA", avancent-ils. Inquiets des répercussions que cette décision va avoir sur de nombreuses personnes malades et leurs familles, ainsi que sur la recherche clinique, ils demandent au gouvernement "de revenir sur cette décision qui dessert la prise en soins actuelle et future des malades en étant susceptible d'altérer la confiance que portent les patients, leurs familles et les professionnels dans les processus de décision en matière de santé". 

Une décision jugée "infondée et dangereuse". L'annonce officielle de la ministre de la Santé ne fait donc pas l'unanimité auprès des professionnels de santé, mais également auprès des associations de malades et des sociétés de neurologie et de gériatrie comme la Fédération des centres mémoire ou la Fédération française de neurologie. Suite à cet arrêté ministériel, l'association France Alzheimer (et maladies apparentées) regrette ce déremboursement, jugeant cette mesure "infondée, inadaptée et dangereuse". "Cette décision, c'est aussi remettre en cause le travail des professionnels de santé, des neurologues, des médecins qui, depuis plusieurs années, prescrivaient ces médicaments à leurs patients, conscients des bienfaits sur ces derniers", déplore Joël Jaouen, président de France Alzheimer dans un communiqué. Selon lui, le déremboursement entraînerait une grande disparité entre les familles les plus aisées et les plus démunies, compte tenu du reste à charge extrêmement élevé (près de 1 200 euros par mois). Selon lui, ces médicaments sont-ils vraiment inefficaces ? Bien qu'ils ne "guérissent certes pas cette maladie", qui en France concernent entre 800 000 et 1,2 millions de personnes, ces médicaments auraient des effets positifs sur les symptômes de malades, comme le prouvent plusieurs études menées par des neurologues et les témoignages de nombreux patients.

"Aucune économie faite sur le dos des malades". "Cette mauvaise décision [aurait due être] accompagnée d'annonces de moyens financiers conséquents pour la recherche sur la maladie d'Alzheimer, le développement de structures et de prise en soin qui font toujours cruellement défaut", conclut l'association nationale. Toutefois, Agnès Buzyn a assuré, le mercredi 30 mai que ce déremboursement n'était en aucun cas motivé par des raisons budgétaires et que la somme ainsi économisée serait "dédiée aux équipes qui prennent en charge les malades et pour les centres mémoire", faisant ainsi mention de "transfert vers des compétences humaines".

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