Quatre médicaments contre Alzheimer ne seront plus remboursés

A partir du 1er août 2018, les médicaments contre la maladie d'Alzheimer ne seront plus remboursés, selon un arrêté du ministère de la Santé. Les associations de malades et de professionnels contestent cette décision.

Quatre médicaments contre Alzheimer ne seront plus remboursés
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[Mis à jour le 2 août 2018] Quatre médicaments prescrits aux patients atteints de la maladie d'Alzheimer ne seront plus remboursés à compter du 1er août 2018. Il s'agit des médicaments Aricept® , Ebixa® , Exelon® et Reminyl®, qui traitent les symptômes de cette pathologie se traduisant par une dégénérescence du cerveau et des pertes de mémoire, ainsi que de leurs génériques, selon l'arrêté du ministère de la Santé. Cette décision fait suite à l'annonce de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, le 1er juin dernier, qui s'était appuyée sur l'avis de la Haute Autorité de Santé (HAS). Ces médicaments auraient "un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge", et pourraient donner lieu à des "effets indésirables potentiellement graves", avait précisé la commission en 2016. Par ailleurs, le coût s'élevait à 90 millions d'euros en 2015. Alors qu'ils étaient jusqu'alors pris en charge à hauteur de 15% par l'Assurance Maladie, les patients ne pourront donc plus être remboursés. 

Le déremboursement des médicaments anti-Alzheimer survient au moment où les résultats prometteurs d'une étude menée au Japon, aux Etats-Unis et en Europe viennent d'être présentés au congrès international de Chicago. Un médicament expérimental et testé par 860 patients volontaires, a permis aux chercheurs de démontrer qu'il était possible d'agir dès les premiers signes de la maladie, avant la perte d'un grand nombre de neurones. "Ce qui est intéressant, c'est que ce médicament s'attaque aux lésions présumées responsables de la maladie, les plaques d'amyloïdes, et que dans le même temps une amélioration des fonctions cognitives est observée", précise au Figaro le Pr Pierre Krolak-Salmon, responsable du Centre de mémoire, de ressources et de recherche de Lyon.

Le déremboursement suscite la colère des malades et des professionnels de santé. En juin dernier, dans une lettre ouverte adressée à Agnès Buzyn, 194 neurologues, gériatres et psychiatres spécialistes des maladies neuro-dégénératives, ainsi que sept associations de patients avaient exprimé leur désarroi concernant le déremboursement de ces médicaments. "Une décision qui remet en cause des années de travail et d'implication dans la prise en soin de ces maladies graves, ainsi que le bénéfice de plusieurs plans gouvernementaux successifs", dénoncent-ils dans leur lettre. Ces professionnels de santé remettent surtout en cause l'argument majeur déployé par la ministre et la HAS sur l'inefficacité et le potentiel risque de ces médicaments. Mais est-ce que cela a été prouvé par des études scientifiques ? "Non", d'après les signataires de la tribune : "ni la littérature scientifique, ni les signaux de pharmacovigilance (tant nationaux qu'européens) n'apportent de preuve convergente de cette hypothétique dangerosité, lorsque ces médicaments sont utilisés dans le respect des contre-indications". Et si ces traitements étaient réellement dangereux, "ce n'est pas un simple déremboursement qu'il convenait de mettre en œuvre, mais une procédure de retrait du marché, en missionnant l'ANSM pour initier cette procédure, et pour la porter au niveau européen devant l'EMEA", avancent-ils. Inquiets des répercussions que cette décision va avoir sur de nombreuses personnes malades et leurs familles, ainsi que sur la recherche clinique, ils demandent au gouvernement "de revenir sur cette décision qui dessert la prise en soins actuelle et future des malades en étant susceptible d'altérer la confiance que portent les patients, leurs familles et les professionnels dans les processus de décision en matière de santé". 

Une décision jugée "infondée et dangereuse".  Suite à cet arrêté ministériel, l'association France Alzheimer (et maladies apparentées) regrette ce déremboursement, jugeant cette mesure "infondée, inadaptée et dangereuse". "Cette décision, c'est aussi remettre en cause le travail des professionnels de santé, des neurologues, des médecins qui, depuis plusieurs années, prescrivaient ces médicaments à leurs patients, conscients des bienfaits sur ces derniers", déplore Joël Jaouen, président de France Alzheimer dans un communiqué. Selon lui, le déremboursement entraînerait une grande disparité entre les familles les plus aisées et les plus démunies, compte tenu du reste à charge extrêmement élevé (près de 1 200 euros par mois). Par ailleurs, bien qu'ils ne "guérissent certes pas cette maladie", qui en France concernent entre 800 000 et 1,2 millions de personnes, ces médicaments auraient des effets positifs sur les symptômes de malades, comme le prouvent plusieurs études menées par des neurologues et les témoignages de nombreux patients.

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