L'avenir est-il à la médecine prédictive ? Loi de bioéthique : une version révisée en 2010

La loi de bioéthique régit bon nombre de pratiques médicales, afin d'éviter des dérapages et des débordements. Une loi d'autant plus nécessaire que la science progresse très vite, notamment dans le domaine génétique, et serait donc à même aujourd'hui d'offrir des "services", comme la sélection d'embryon, qui ne semblent franchement pas souhaitables sur un plan éthique. Lors de son vote, il a été prévu que cette loi soit révisée au bout de 5 ans, pour s'adapter aux avancées techniques. C'est pourquoi le député Jean Leonetti (également connu pour avoir mené les débats sur l'euthanasie et la fin de vie) a mené des états généraux, avant d'entreprendre les travaux sur la loi à proprement parler. Plusieurs points ont été débattus. Petit tour d'horizon.

 Le diagnostic pré-implantatoire et le diagnostic pré-natal ont figuré au cœur des débats. "Aujourd'hui, on se contente d'éliminer les embryons mal formés et non viables, explique Jean Leonetti. Le risque, c'est de vouloir faire un enfant parfait, pour lequel on éliminera les pathologies bénignes ou même dont on choisira le sexe." La loi doit donc empêcher ce type de dérives.

 Les tests prédictifs, ceux disponibles sur internet notamment, ont également occupé une bonne partie des débats, avec tous les problèmes mentionnés précédemment.

 Autre point crucial sur lequel il va falloir légiférer : les mères porteuses. La pratique est, à l'heure actuelle, interdite en France, contrairement à de nombreux pays comme les Etats-Unis. "Le débat existe à plusieurs niveaux, précise Jean Leonetti. Les défenseurs du corps de la femme ne souhaitent pas qu'on instrumentalise son ventre, notamment en proposant une compensation financière. On pourrait alors penser se tourner vers la famille. Mais cela pose évidemment des problèmes psychologiques importants : comment se construirait un enfant, qui a été porté par exemple par sa tante ou sa sœur ? Cela pose beaucoup de questions. Sans compter l'aspect anonymat, dans le cas d'un don de gamètes. Plusieurs personnes réclament le droit de connaître le donneur. Mais les gens continueront-ils à donner leurs gamètes s'ils savent qu'ils peuvent être contactés par leur enfant biologique 18 ans plus tard ?"

 Les fameuses cellules souches embryonnaires, que les chercheurs peuvent utiliser pour leurs recherches, demeurent également au cœur des préoccupations.

 Quant à la procréation médicalement assistée, la question qui se pose aujourd'hui est plus sociétale qu'éthique : aujourd'hui, elle n'est autorisée que pour les couples stériles. Faut-il l'étendre aux personnes célibataires et, par-là même, aux couples homosexuels ? Le débat promet d'être houleux.

La loi révisée devrait être prête pour le premier semestre 2010. Et ensuite ? "Je ne suis pas favorable à ce que l'on prévoit déjà sa révision dans 5 ans, explique Jean Leonetti. Par définition, on ne sait pas quels vont être les progrès de la recherche. Ils peuvent être fulgurants dans les deux prochaines années ou, au contraire, il peut très bien ne rien se passer pendant dix ans. En plus, une loi n'est pas gravée dans le marbre, elle peut donc être modifiée au moment jugé le plus opportun."

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