Paracétamol : faut-il limiter notre consommation ?

Délivré sans ordonnance, le paracétamol est l'un des antidouleurs les plus vendus. Pourtant, mal utilisé ou consommé à forte dose, ce médicament peut être très dangereux. Combien peut-on en prendre ? Quels sont les risques ? Que faire en cas de surdosage ?

Paracétamol : faut-il limiter notre consommation ?
© Andriy Popov - 123RF

Le 29 décembre 2017, Naomi Musenga, une strasbourgeoise de 22 ans, est décédée au Nouvel hôpital civil de Strasbourg. Ce décès serait la conséquence d'"une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours", explique Yolande Renzi, le procureur de Strasbourg en charge de l'enquête, avant de préciser que "la destruction évolutive des cellules de son foie a emporté une défaillance de l'ensemble de ses organes conduisant rapidement à son décès". Cette affaire rappelle que le paracétamol, pourtant perçu comme un médicament anodin, présente des risques, lorsqu'il est consommé à haute dose ou s'il est mal utilisé. 

Dans quels cas prendre du paracétamol ?

Doliprane, Dafalgan, Efferalgan, Fervex, Prontalgine... Près de 200 médicaments contenant du paracétamol, seul ou associé à d'autres substances, sont actuellement disponibles en pharmacie (y compris les pharmacies en ligne) avec ou sans ordonnance médicale. Ces analgésiques (ou antalgiques de niveau 1) - vendus sous la forme de comprimés, d'effervescents de sirops ou de suppositoires - préviennent ou diminuent la sensation de douleur légère à modérée. Par exemple, ces antidouleurs sont couramment utilisés pour traiter les maux de tête, les maux de gorge, les douleurs dentaires, les courbatures, les douleurs menstruelles ou une fièvre en cas de rhume. Les femmes enceintes, les enfants ainsi que les personnes âgées peuvent prendre du paracétamol de manière ponctuelle et en respectant la posologie. 

Posologie : quelle quantité de paracétamol peut-on prendre sans danger ?

Entre chaque prise, il faut respecter un intervalle d'au moins 4 heures.

Rassurez-vous, le paracétamol peut être utilisé ponctuellement pour traiter les douleurs légères à modérées. Néanmoins, le traitement par paracétamol en automédication doit durer le moins longtemps possible (la prise de paracétamol ne doit être en aucun cas routinière) et nécessite de respecter la durée de traitement recommandée, la posologie et les contre-indications inscrits sur la notice. Si les symptômes durent plus de 3 jours, il est important de consulter un médecin. Dans tous les cas, la dose maximale de paracétamol est de : 

  •  4 g par jour pour un adulte de plus de 50 kg : soit 4 cachets de 1 g ou 8 cachets de 500 mg toutes les 24 heures seulement en cas de douleurs intenses. Sinon, mieux vaut se limiter à 3 g par jour. 
  • 10 à 15 mg par kilo de poids corporel, quatre fois par jour au maximum pour un enfant (exemple : si l'enfant pèse 30 kg, la dose maximale est de 450 mg par prise et ce, pas plus de 4 fois par jour). A noter que certains médicaments à base de paracétamol sont contre-indiqués aux enfants de moins de 27 kg, regardez bien la notice. 
  • Les personnes âgées et celles présentant une insuffisance hépatique légère à modérée, une insuffisance rénale sévère, une anorexie, une consommation d'alcool élevée (plus de quatre unités par jour pour un homme, plus de 3 unités par jour pour une femme) ou en état de jeûne prolongé, doivent demander un avis médical avant la prise et ne pas dépasser 3 g par jour

Bon à savoir : entre chaque prise, il faut respecter un délai d'au moins 4 heures. Par ailleurs, si vous ou votre enfant prend plusieurs médicaments contenant du paracétamol, tenez-en compte et assurez-vous que la dose maximale n'est pas dépassée, tous médicaments confondus. On peut parfois dépasser la dose maximale sans le savoir : par exemple, la prise répétée de Toplexil® associée à du Dafalgan® peut conduire à un surdosage. Pour éviter ce genre d'accident, consultez toujours les notices d'un médicament pour vérifier s'il contient ou non du paracétamol.

Quels sont les risques d'un surdosage en paracétamol ? 

"C'est un médicament sûr et efficace dans les conditions normales d'utilisation"

Lorsque sa consommation est bien encadrée, il est rare que le paracétamol soit à l'origine d'effets indésirables. C'est "un médicament sûr et efficace dans les conditions normales d'utilisation", précise l'Agence du médicament (ANSM) dans un communiqué du 20 août 2018. Mais un mauvais usage (surdosage, association de plusieurs produits contenant du paracétamol, non-respect de la posologie) peut entraîner des lésions graves du foie (et plus rarement, des reins) qui sont dans certains cas irréversibles. En effet, le paracétamol produit une substance toxique, qui est essentiellement détoxifiée par le foie et éliminée dans l'urine. Donc si la dose consommée est trop importante, cette substance reste dans l'organisme et altère les capacités épuratrices du foie qui ne peuvent ainsi plus métaboliser certaines substances (présentes dans les médicaments, l'alcool...). Dans certains cas, une hépatite fulminante potentiellement mortelle peut survenir. A savoir que ce risque est plus élevé s'il est associé à une consommation d'alcool, ce dernier étant également détoxifié par le foie selon le même mécanisme que le paracétamol.

Une consultation publique pour mieux sensibiliser aux risques. La mauvaise utilisation du paracétamol est d'ailleurs la première cause de greffe hépatique d'origine médicamenteuse en France, indique l'ANSM. Il apparaît nécessaire pour cette dernière de renforcer les informations présentes sur les boîtes de médicaments à base de paracétamol afin de sensibiliser les patients et les professionnels de santé sur les risques pour le foie. Comment garantir aux patients un accès sécurisé à ce médicament ? En faisant figurer sur les boîtes un message d'alerte visant à prévenir ce risque hépatique. Ces mentions étant déjà présentes sur certains conditionnements, rappelle l'ANSM lors du lancement de sa grande consultation publique, le lundi 20 août 2018 et qui va durer jusqu'au 30 septembre prochain.

Quels sont les symptômes d'une intoxication au paracétamol ?

Dans la plupart des cas, une intoxication au paracétamol suite à un surdosage ou à un mésusage survient dans les 24 heures qui suivent l'ingestion. Elle se caractérise par des nausées, des vomissements, une perte d'appétit, des douleurs abdominales, une forte transpiration et un état léthargique. Des douleurs au niveau du côté droit du ventre peuvent apparaître et laissent à penser que le foie est atteint. Pas prise en charge à temps, une intoxication au paracétamol peut aboutir à une insuffisance hépatique accompagnée d'hémorragies, à un œdème cérébral ou dans les cas les plus graves, à une inflammation du cerveau (encéphalopathie). En l'absence de greffe du foie, c'est potentiellement mortel. Toutefois, il est possible d'éviter les complications. 

Que faire en cas de surdosage ? 

  • Si vous avez dépassé les doses maximales recommandées ou si vous suspectez un surdosage, prenez immédiatement contact avec votre médecin, un pharmacien ou un Centre Antipoisons et de Toxicovigilance (voir la liste des numéros selon votre région), même si vous vous sentez bien et que vous ne présentez aucun signe anormal. N'attendez surtout pas l'apparition de symptômes. Lors de votre appel, le médecin, le Samu ou le Centre Antipoisons pourront vous demander votre âge, votre poids, votre taille, la dénomination du ou des produits à l'origine de l'intoxication (veillez à garder l'emballage et la notice à portée de main ou demandez à un proche de réunir ces informations), l'heure et la dose de la prise...
  • Ne vous faites pas vomir : c'est rarement indiqué et parfois même très dangereux. Demandez au préalable l'avis du centre antipoison ou celui de votre médecin. 
  • Si le patient a ingéré une très forte dose de paracétamol, il pourra être admis le plus rapidement possible à l'hôpital où on identifiera le problème, lavera l'appareil digestif (du charbon activé pourra être administré si l'ingestion remonte à moins de 4 heures pour réduire la dose de paracétamol dans le sang) puis évaluera le risque d'intoxication en fonction de la quantité de paracétamol ingurgitée, la formulation exacte du médicament, le motif et l'heure de la prise et un potentiel mélange avec d'autres substances. Selon les résultats, on lui administrera un traitement à base d'acétylcystéine pour éviter une intoxication des cellules du foie et prévenir les complications. Son effet est optimal quand il est donné dans les 8 à 10 heures suivant l'ingestion de paracétamol. 

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