Qu'est-ce que la NASH, la maladie silencieuse du foie ?

Cette pathologie du foie, aussi appelée "maladie du soda" est liée à une alimentation trop sucrée et trop grasse. Causes, diagnostic, traitements… Explications du Pr Patrick Marcellin, hépatologue.

Qu'est-ce que la NASH, la maladie silencieuse du foie ?
© Mark Adams - 123RF

Maladie silencieuse du foie longtemps sous-estimée, la stéato-hépatite non alcoolique (NASH) est asymptomatique, ce qui rend son diagnostic difficile. Étant imperceptible sans examen approfondi, cette maladie peut évoluer, au fil des années, en fibrose hépatique qui elle-même peut dégénérer en cirrhose (non alcoolique) ou en cancer du foie. Comment la détecter ? Quels sont les facteurs de risques ? Comment la soigner ? Réponses du Pr Patrick Marcellin, hépatologue à l'hôpital Beaujon et Président de l'APHC (Association pour l'amélioration de la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques du foie) 

Qu'est-ce que la NASH ?

Le foie est un organe de stockage qui transforme les sucres absorbés en graisses : des graisses nécessaires pour avoir de l'énergie et faire fonctionner son cerveau. Il s'agit d'un mécanisme physiologique normal de l'organisme. Toutefois, on parle de stéatose lorsqu'il y a une accumulation anormale de graisses dans les cellules du foie (appelées hépatocytes). "Et cette stéatose (qui reste un signal d'alerte quel que soit son stade) peut devenir pathologique lorsqu'elle est excessive et évolutive, c'est-à-dire quand il y a une surcharge en graisse, qu'il y a des complications hépatiques et qu'elle est associée à une inflammation du foie : c'est ce qu'on appelle la NASH, acronyme de stéato-hépatite non alcoolique", explique l'hépatologue. Longtemps localisée aux États-Unis et par conséquent méconnue en France, la stéatose est de plus en plus fréquente dans notre pays et concernerait presque 1 Français sur 4. Et 20 à 30 % d'entre eux présenteraient une stéato-hépatite non alcoolique, donc une NASH. Plusieurs études ont d'ailleurs montré que les nombres de cirrhoses, de cancers et de transplantations du foie étaient en nette augmentation au cours des dernières années, "ce qui est évidemment lié au nombre de NASH en hausse", précise le spécialiste.

Quels sont les symptômes ?

"Il n'y a pas de symptômes spécifiques liés à une stéatose excessive. Certaines personnes souffrent donc de la maladie de NASH sans présenter aucun signes alarmants ou manifestations physiques particulières", tient à préciser le Pr Marcellin. Toute la difficulté est donc de pouvoir détecter une NASH. Statistiquement, cette maladie concerne surtout les hommes de plus de 50 ans, mais aussi les femmes après la ménopause. Mais depuis quelques années, la NASH s'observe également chez des patients de plus en plus jeunes qui ont une surcharge pondérale, un régime alimentaire "à l'américaine" ou peu équilibré ou certains facteurs de risques.

Quels sont les facteurs de risques ?

Cette maladie peut concerner tout le monde, même s'il existe des facteurs de risques associés. "Une personne ayant une surcharge pondérale - même légère - du diabète, du cholestérol, des triglycérides, ou de l'hypertension artérielle, a plus de risques de développer une NASH et doit donc être particulièrement vigilante", alerte l'hépatologue. Pour le moment, on ne connaît pas très bien les mécanismes responsables de l'inflammation ou de la fibrose, toutefois, la NASH pourrait être liée à un facteur génétique : "certains patients auraient ainsi tendance à stocker plus facilement de la graisse dans leur foie et développeraient plus facilement une NASH", explique le Pr Marcellin. La recherche doit le confirmer.

Quelles sont les causes d'une NASH ?

Il est difficile de déterminer les causes précises d'une NASH. Toutefois, il semblerait que le manque d'exercice, la sédentarité, ou une alimentation riche en sucres favoriserait l'apparition de cette pathologie. En cause : "notre mode de vie alimentaire actuel (consommation de malbouffe, de fast-food, de produits industriels, de déjeuners sur-le-pouce… ainsi qu'une position assise et une sédentarité au travail) fait qu'on absorbe plus, voire trop, de sucres qui peuvent s'accumuler dans le foie", argumente l'expert. Et il faut savoir que le sucre est lié à un phénomène d'addiction, d'autant plus avec l'effervescence des produits light ou "zéro" qui, comme ils contiennent des faux sucres et des édulcorants, n'alertent pas les centres de satiété du cerveau comme le ferait le "vrai sucre", stimulent l'appétit et nous incitent à consommer encore plus de sucre. Et comme "plus on avale de sucres, plus on a envie d'en consommer", les stéatoses sont de plus en plus fréquentes. De plus, nombre d'aliments que nous consommons quotidiennement, ne semblent a priori pas sucrés, mais en contiennent énormément. Il s'agit des produits industriels, des jus de fruits, des sauces, des pains de mie, des produits diététiques ou encore des poêlées de légumes préparées....

"Les produits light favorisent les stéatoses"

Comment la diagnostiquer ?

Pour prévenir cette pathologie et éviter tout risque de complications, un suivi régulier par son médecin traitant est indispensable. Par ailleurs, pour faire un diagnostic de NASH, il faut faire un diagnostic de stéatose. Puisqu'il n'existe encore pas de marqueurs spécifiques, les personnes ayant des facteurs de risques (une glycémie un peu trop élevée avec ou sans diabète, un taux élevé de graisse dans le sang (hyperlipidémie), une surcharge pondérale légère ou modérée, une hypertension artérielle…) doivent faire dans un premier temps un bilan sanguin avec un examen du foie, ce qui permettra de déceler un taux de transaminases potentiellement anormal. En somme, "si les transaminases sont élevées, c'est le signal d'alarme d'un foie en souffrance : il faut donc le surveiller car il peut y avoir une potentielle stéatose ou une NASH", résume l'expert. Généralement, pour une stéatose pure, les transaminases sont modérément élevées dans le sang, mais pour une NASH, les transaminases sont extrêmement élevées. Dans un second temps, il va falloir éliminer certaines causes puisqu'un taux élevé en transaminases peut être lié à la présence de virus dans l'organisme (on rappelle qu'une hépatite B ou hépatite C fait élever le taux de transaminases), à des maladies rares (hépatite médicamenteuse, hépatite auto-immune) ou à une surconsommation d'alcool. On parlera alors d'hépatite alcoolique. Dans un troisième temps, l'hépatologue va déterminer s'il s'agit d'une stéatose bénigne ou s'il s'agit d'une stéatose évolutive avec une inflammation, donc une NASH. Pour cela, on effectue une échographie qui va évaluer la quantité de graisse dans le foie, ou une élastométrie (réalisée au moyen d'un FibroScan®) qui va permettre de mesurer la quantité de graisse dans le foie, mais également de quantifier la fibrose dans le foie. "Cet examen permet donc, d'une part, de distinguer une stéatose bénigne d'une stéatose évolutive associée à une fibrose, puis d'autre part, de déterminer le stade de la fibrose", précise l'expert.

Traitements, régime… Comment soigner une NASH ?

Actuellement, il y a beaucoup de travaux de recherche sur la NASH : les chercheurs expérimentent des marqueurs capables de diagnostiquer plus facilement la "pré-NASH". De plus, des médicaments sont en train d'être testés, mais ces derniers n'ont encore pas prouvé leur efficacité : "leurs résultats sont prometteurs, mais leurs effets secondaires restent indéterminés", précise l'hépatologue. "Donc pour l'instant, il n'y a pas de traitement spécifique pour soigner une NASH", confirme le spécialiste, avant d'ajouter que "seul le fait de modifier son hygiène de vie (manger moins gras, moins sucré, faire plus d'activité physique, marcher plus) permet de faire fondre la graisse du foie et ainsi d'améliorer les facteurs de risques". Il est conseillé d'avoir une prise en charge pluridisciplinaire et de solliciter l'aide d'un nutritionniste ou d'un diététicien, en plus de l'hépatologue et de son médecin généraliste. Souvent, une perte de poids s'accompagne d'une baisse des transaminases, donc d'une diminution de la stéatose. "La stéatose est réversible : en l'absence de médicaments, une bonne hygiène de vie et une alimentation plus équilibrée permettent de réduire les risques de complications", conclut le spécialiste.

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