Maladie de Lyme : s'en protéger et se soigner

On parle de plus en plus des tiques, ces parasites que l'on peut croiser à la campagne, mais aussi dans les parcs des villes. Elles peuvent transmettre la maladie de Lyme, une pathologie dont le diagnostic est parfois compliqué.

Maladie de Lyme : s'en protéger et se soigner
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[Mis à jour 21/06/2018] La saison des tiques court d'avril à octobre. Et sachez-le, ces parasites ne s'attaquent pas uniquement aux animaux : les adultes, et surtout les enfants lorsqu'ils jouent dans l'herbe, peuvent également se faire mordre. Les tiques se nichent dans les herbes hautes, dans les bois, les prairies et même les parcs des villes. D'ailleurs, la plupart des régions sont concernées, y compris la région parisienne. La maladie de Lyme, ou borréliose de Lyme, est une maladie infectieuse non contagieuse, causée par une bactérie appelée Borrelia burgdorferi. Si les cas de maladie de Lyme (vus en consultation de médecine générale) sont restés stables entre 2009 et 2015 (en moyenne 41 cas pour 100 000 habitants), en 2016, "le nombre de cas a significativement augmenté avec 84 cas pour 100 000 habitants, soit deux fois plus qu'en 2011", indique Santé Publique France dans son bulletin épidémiologique du 19 juin 2018. "L'incidence serait par ailleurs plus élevée chez les personnes âgées de 60-70 ans".

Cet agent pathogène est de la même famille que la bactérie à l'origine de la syphilis. La transmission à l'homme se fait par morsure d'une tique infectée par la bactérie. Les tiques peuvent être vecteurs d'autres infections, dont les symptômes sont parfois confondus avec ceux de la maladie de Lyme. Cette pathologie infectieuse, qui se manifeste dans un premier temps par l'apparition de plaques rouges, se traite efficacement à l'aide d'antibiotiques. A condition toutefois qu'elle soit diagnostiquée rapidement. Dans le cas contraire, elle peut s'étendre au système nerveux et autres organes vitaux et même conduire à des symptômes handicapants, tels que des paralysies. Depuis plusieurs années, des associations dénoncent d'ailleurs les difficultés rencontrées par les patients avant d'être diagnostiqués, du fait que les tests de dépistage utilisés en France ne seraient pas toujours fiables. Comment réagir en cas de piqûre de tique ? Comment reconnaître les symptômes de la maladie de Lyme ? Quand consulter ? Réponses. 

Que faire en cas de morsure de tique ?

La tique doit être retirée le plus rapidement possible, mais pas n'importe comment. La tique est accrochée par une partie dentelée appelée le rostre. Si elle n'est pas extraite correctement, le rostre peut rester dans la peau et causer une inflammation ou une infection. Voici la marche à suivre.

  • Tout d'abord, n'appliquez aucun produit (éther ou alcool) sur la tique.
  • Munissez-vous ensuite d'un crochet à tique (pince à tique), à défaut, d'une pince à épiler et placez-le au plus près de la peau de la personne mordue. Faites des mouvement circulaires, tout en tirant doucement, mais fermement. Le mouvement rotatif est important, car il empêche de casser le rostre.
  • Une fois la tique enlevée, désinfectez. Vous trouverez des crochets à tiques en pharmacie, dans les animaleries et chez les vétérinaires. Si vous n'êtes pas certain de pouvoir retirer la tique correctement, n'hésitez pas à demander conseil à un médecin ou en pharmacie.

Il est en outre conseillé de surveiller la morsure pendant au moins un mois. En cas d'apparition de tout symptôme anormal, il est préférable de consulter un médecin. Selon, Muriel Vayssier-Taussat, spécialiste des tiques, à l'École nationale vétérinaire de Maison-Alfort, il ne faut pas paniquer lorsqu'on a été mordu par une tique. D'abord, il faut savoir que toutes les tiques ne transmettent pas de microbes. Selon les études, une personne piquée par une tique déclare une pathologie dans seulement 10 % des cas. Néanmoins, la bonne attitude consiste à être attentif, donc à enlever la tique le plus vite possible et ensuite à observer la zone piquée afin de vérifier qu'il n'apparaît pas une rougeur qui grossit puis se résorbe. "Si un petit point rouge apparaît, ce n'est pas grave. Si c'est une tache rouge qui progresse, là il faut tout de suite aller voir son médecin, car c'est un signe vraiment évocateur de la maladie de Lyme. C'est à ce moment là que le médecin va traiter la maladie avec des antibiotiques. Si on la traite vite, il n'y aucune complication par la suite", avait expliqué l'experte au Journal des Femmes. En outre, si quelques jours après une morsure de tique on ne se sent pas bien (fièvre, symptômes pseudo grippaux), il faut aller consulter son médecin.

Quels sont les symptômes indicateurs de la maladie de Lyme ?

L'érythème migrant (EM) est en général le premier signe d'apparition de la maladie. C'est une réaction cutanée correspondant à une plaque circulaire rouge, tout autour de la morsure. L'érythème n'est cependant pas le seul signe annonciateur de la maladie. De fait, il n'apparaît que dans 1 cas sur 2. Par ailleurs, il disparaît au bout de 3 semaines, voire un mois, et peut donc passer inaperçu. La maladie peut se manifester aussi sous forme de fatigue anormale, de fièvre, ou encore de douleurs articulaires. Si ces symptômes ou d'autres vous semblant anormaux apparaissent après la piqûre de tique, consultez un médecin. La maladie peut mettre plusieurs jours, voire des mois avant de se déclarer. Dans certains cas, elle apparaît plusieurs années après la morsure.

Les 3 stades de la maladie de Lyme

  • Le stade 1 survient quelques jours voire quelques semaines après la morsure de la tique. Dans 75% des cas, apparaît le bullseye dit "œil-de-bœuf", une éruption cutanée en forme de cible avec au niveau de la morsure un érythème rouge entouré d'un cercle de peau plus pâle, lui-même suivi d'un cercle rouge. Cette phase appelée la phase précoce localisée peut aussi regrouper d'autres symptômes dans 10% des cas, comme de la fièvre, des céphalées, des myalgies et de l'arthralgie. Le stade 1 peut ne pas être suivie du stade 2 et peut même régresser spontanément.
  • Le stade 2 aussi nommé stade précoce disséminé suit le stade 1. À partir de cette phase, les borrélioses se sont ensemencées dans le sang mais aussi dans la lymphe. Cette étape de la maladie s'accompagne de signes neurologiques comme des douleurs aux niveaux des nerfs crâniens ou une paralysie faciale voire une méningite lymphocytaire si le LCR est atteint. Des symptômes rhumatologiques peuvent se manifester dans 10% des cas, provoquant une mono ou une oligo-arthrite touchant particulièrement les genoux. Cette phase peut elle aussi régresser spontanément et ne pas être suivie de la phase 3.
  • Le stade 3 ou phase tardive peut survenir des mois, voire des années après l'infection. Les patients développent des problèmes, dermatologiques comme une atrophie cutanée, des troubles neurologiques comme des encéphalomyélites chroniques (fatigue chronique) et polyneuropathies (fourmillement, douleurs, difficulté à marcher, crampes, diminution des sensations) ou encore des affections rhumatologiques comme les symptômes de la polyarthrite rhumatoïde.
  • Enfin un syndrome post-Lyme aussi appelé maladie de Lyme chronique peut survenir dans 10 à 20 % des cas de borréliose bien traitées et peut durer plus de 6 mois. Les patients souffrent d'asthénies et de douleurs diffuses et la reprise du traitement n'a pas ou peu d'effet. Les causes de ce syndrome restent encore très mal connus.

Maladie de Lyme : du diagnostic au traitement

La maladie de Lyme étant due à une infection bactérienne, des antibiotiques (amoxiciline et doxycycline) sont prescrits en cas d'apparition des symptômes. En fait, on sait soigner la maladie de Lyme. Le problème, c'est que savoir que l'on est affecté peut parfois prendre du temps. De fait, depuis plusieurs années déjà, des associations pointent du doigt les difficultés rencontrées par les patients avant d'être diagnostiqués. Premier problème, les patients développent des symptômes non spécifiques, tels qu'une fatigue chronique, des douleurs, des migraines, des paralysies, etc. et souvent responsables d'erreurs de diagnostic. Autre difficulté : les tests de dépistage utilisés en France seraient inadaptés. Les patients, en sont évidemment les premières victimes. De consultations en consultations, de spécialistes en spécialistes, ils doivent ainsi endurer des années de doute avant de trouver l'origine de leurs symptômes et donc de pouvoir bénéficier, enfin, d'un traitement. Il faut savoir que la maladie de Lyme fait l'objet d'un plan d'action ministériel, qui prévoit notamment de répondre aux besoins de prise en charge des malades, de renforcer les outils de prévention et d'information et de développer la recherche sur cette maladie. Dans le cadre de plan, l'application Signalement-Tique a été lancée en juillet 2017 afin de faciliter le recensement des cas de morsures de tiques et ainsi de participer à la recherche sur les maladies transmises par cet acarien.

Maladie de Lyme chronique

Dans un un communiqué du 20 juin 2018, la Haute Autorité de santé a reconnu l'existence de "signes cliniques polymorphes (douleurs musculaires, maux de tête, fatigue, troubles cognitifs...) persistants et non expliqués" chez des patients potentiellement exposés aux tiques. A l'heure actuelle, "nous ne savons pas si ces signes sont dus à l'existence d'une borréliose de Lyme persistante (après traitement ou non) ou à d'autres agents pathogènes qui seraient transmis par les tiques", précise la HAS. Il pourrait également s'agir d'autres maladies ou syndromes. La HAS a émis des recommandations - élaborées durant 18 mois par des infectiologues, neurologues, dermatologues ou associations de patients... - concernant le diagnostic et la prise en charge thérapeutique à proposer aux patients présentant ces signes cliniques "depuis plus de six mois et plusieurs fois par semaine" : quels que soient les résultats de leur test sanguin (sérologie) et en attendant des informations supplémentaires sur la maladie dont ils souffrent, un traitement doit leur être prescrit pour soulager les symptômes. Puis, un bilan étiologique doit être réalisé pour "éliminer la piste de maladies inflammatoires, de pathologies infectieuses ou non infectieuses", précise la HAS avant d'ajouter que "si ce bilan n'aboutit à aucun diagnostic, un traitement antibiotique d'épreuve de 28 jours pourra être proposé". Ce dernier ne doit toutefois pas être prolongé en dehors d'une recherche encadrée par un centre spécialisé des maladies à tiques. La HAS précise également qu'elle va suivre les évolutions concernant les nouveaux outils diagnostiques de la borréliose de Lyme et des autres infections transmissibles par les tiques, les voies de transmission et les traitements. Enfin, elle compte actualiser ses travaux tous les deux ans ou avant si les résultats scientifiques le permettent. 

Tiques : comment se protéger ?

La nature est le terrain de chasse préféré des tiques. Herbes, forêt, abords de lac... sont les endroits où elles sont le plus présentes. Le risque de transmission de la maladie après une morsure, varie quant à lui d'une région à l'autre. Pour mieux s'y retrouver, un groupe de chercheurs a créé le site Tiques France, qui présente une carte interactive permettant de voir, en temps réel, les départements les plus touchés et les foyers de tiques en France. Les patients sont invités à signaler toute morsure, avec ou sans transmission de la maladie de Lyme, via un formulaire en ligne.

Que faire en retour de balade ou d'activité dans une zone à risque ? Il faut inspecter les moindres recoins de son corps, même le cuir chevelu et les oreilles. Les tiques ne mordent pas forcément dans les endroits les plus visibles et facile d'accès, et toutes ne sont pas grosses. Certaines tiques, appelées nymphes, ne font par exemple, que quelques millimètres de large.

Comment minimiser le risque de morsure de tique ? Il est conseillé de porter des vêtements amples et longs, qui couvrent les bras et les jambes, avec les chaussettes passant sous le pantalon. Les tiques pouvant tomber dans les cheveux, il est préférable de porter un chapeau. Des vêtements de couleur claire permettront de les voir plus facilement. Enfin, il est possible d'utiliser des répulsifs à tiques, vendus en pharmacie. Attention cependant, ils peuvent être toxiques pour les femmes enceintes et les enfants. Demandez toujours conseil à un médecin ou un pharmacien avant d'utiliser un produit. Si vous habitez en lisière de foret, il est conseillé de prévoir une allée sèche autour de la maison, car les tiques préfèrent les endroit humides aux endroits secs. Il en est de même pour les herbes hautes, essayez donc le plus possible de garder votre herbe rase. Enfin, il est aussi préférable d'installer une clôture autour de sa maison, afin d'éviter l'entrée d'animaux porteurs de tiques (sanglier, biches…).

EN VIDÉO : comprendre la maladie de Lyme

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