Bore-out : nouvelle maladie (ou pas) ?

Le bore-out fait de plus en plus les gros titres. Mais ce trouble, présenté comme l'inverse du burn-out, intrigue et divise les professionnels. Explications.

Bore-out : nouvelle maladie (ou pas) ?
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Être payé à ne rien faire : un rêve, voire un réel objectif professionnel pour certains, mais qui peut être très mal vécu par d'autres. Le bore-out correspondrait ainsi à un épuisement professionnel causé par l'ennui au travail. En anglais, "bore" signifie "ennuyeux". Le terme de bore-out ferait donc opposition au burn-out, qui s'applique à un épuisement causé par une surcharge de travail. Et par conséquent, les victimes du syndrome de bore-out éprouveraient un sentiment de culpabilité, avec l'impression d'être inutile et même honteux d'être payés pour si peu de travail. A long terme, le syndrome aurait des conséquences psychologiques graves, telle que la dépression ou la baisse de l'estime de soi. 

La notion de bore-out a été formulée par deux suisses, Philippe Rothlin et Peter Werder, dans un livre intitulé "Diagnosis Boreout" (2007). En France, l'un des premiers chercheurs a reprendre cette théorie est l'économiste Christophe Bourion, professeur à l'ICN Business school Nancy-Metz. Dans son livre publié en 2016, "Le Bore-out syndrom, quand l'ennui au travail rend fou", il affirme que 30 % des travailleurs français en seraient victimes. Selon lui, ce phénomène de plus en plus fréquent est causé, entre autre, par une politique d'embauche inadaptée dans le secteur public, la robotisation de certains postes ou encore la "placardisation". Cette dernière est une méthode qui vise à pousser un employé vers la sortie en ne lui donnant qu'une faible charge de travail, et en l'excluant petit à petit de la vie l'entreprise. La "placardisation" est d'ailleurs reconnue comme du harcèlement moral.

La thèse de Christophe Bourion ne fait pas l'unanimité. Dans un article publié sur le blog Management et santé au travail, Céline Desmarais, professeure ordinaire à la HEIG-VD, et Emmanuel Abord de Chatillon professeur à l'université de Grenoble, décrivent le syndrome du bore-out comme une "imposture scientifique et médiatique". Chiffre par chiffre, ils dénoncent les limites des conclusions énoncées par Christophe Bourion dans son livre. Notamment le manque de rigueur scientifique de l'étude sur laquelle l'auteur base la majorité de ses propos. Par exemple, l'estimation donnée par Christophe Bourion selon laquelle 30% des salariés français seraient atteints de bore-out est basée sur une étude datant de 2009, pour laquelle des personnes sans emploi avaient été interrogés ! De plus, la question posée aux participants restait peu précise. De fait, il leur avait été demandé de choisir entre plusieurs propositions dont "je suis très sous-employé""je suis juste bien employé" ou encore "je suis sur-stressé". Finalement, ces 30% représentent des personnes qui n'avaient pas assez de travail pour combler une journée, et non pas des personnes qui manquent de travail dans le cadre de leur activité professionnelle. La nuance est subtile mais elle change tout de même la signification des chiffres. 

Le 2 mai dernier se tenait le tout premier procès en France du bore-out. Un homme de 44 ans accusait son ancien employeur de l'avoir mené à l'épuisement par l'ennui en le mettant "au placard". Il réclame 150 000 euros pour harcèlement moral et 200 000 euros pour licenciement abusif. La cour rendra son verdict le 27 juillet prochain.

A l'heure actuelle, ni le burn-out, ni le bore-out, ne sont reconnus comme maladie professionnelle. 

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