Glyphosate : l'herbicide suspecté d'être cancérigène ne sera pas tout à fait interdit

Le Parlement européen s’est prononcé pour renouveler l’autorisation du glyphosate pour une période de 7 ans. Mais seulement à des fins professionnelles.

Glyphosate : l'herbicide suspecté d'être cancérigène ne sera pas tout à fait interdit
© georgerudy - 123 RF

L'herbicide qui entre dans la composition du célèbre Roundup de Monsanto, le glyphosate, suscite l'inquiétude quant à ses effets pour la santé. Mais les autorités sanitaires ont du mal à se mettre d'accord. D'un côté, le Centre international de recherche sur le Cancer de l'OMS (CIRC) le classe en "cancérigène probable". De l'autre, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) estime qu'il est sans danger. Alors que la période d'autorisation de commercialisation de l'herbicide expire à la fin du mois de juin, la Commission européenne doit rapidement décider, au vu de ces doutes, si elle maintient ou pas le glyphosate sur la liste des substances autorisées.

Compromis. Mercredi 13 avril, le Parlement européen a voté en séance plénière une résolution dans laquelle, il se prononce pour le renouvellement d'une autorisation de mise sur le marché de l'herbicide, pour une période plus courte que prévue, à savoir 7 ans au lieu de 15 ans. De plus, étant donné "les inquiétudes qui subsistent sur le caractère cancérigène et de perturbateur endocrinien", elle préconise de limiter l'homologation aux usages professionnels. Selon les députés européens, l'usage amateur du glyphosate ne devrait plus être autorisé. De même que "dans les parcs publics, les plaines de jeux et les jardins publics, ou à proximité de ceux-ci."

Par ailleurs, le Parlement européen demande une étude indépendante et la publication de toutes les preuves scientifiques utilisées par l'EFSA pour évaluer (et innocenter) le glyphosate. Car il faut rappeler que cet herbicide est le plus utilisé en Europe, donc hyper stratégique pour l'industrie agro-alimentaire. Face à ces enjeux économiques, les défenseurs de l'environnement dénoncent des lacunes dans ce rapport qui, écarte, selon eux, des études essentielles démontrant la toxicité du glyphosate.

Etude indépendante. Les députés européens invitent donc la Commission européenne à "présenter un nouveau projet qui soit plus attentif à l'utilisation durable d'herbicides contenant du glyphosate et à lancer une étude indépendante de la toxicité globale et de la classification du glyphosate sur la base de toutes les données scientifiques disponibles quant à sa cancérogénicité et à ses éventuels effets perturbateurs du système endocrinien." Ils demandent en outre que la Commission européenne et l'EFSA divulguent "sans délai toutes les données scientifiques qui ont servi à motiver la classification positive du glyphosate et le renouvellement de son approbation, car cette divulgation répond à un intérêt public supérieur".

Prochaines étapes. Juridiquement non contraignante, la résolution des eurodéputés devrait peser sur la proposition finale de la Commission qui devra être votée en mai prochain par un comité d'experts nationaux représentant les Etats membres.

Dans un communiqué de presse, Générations Futures appelle le Gouvernement français à "continuer à afficher son volontarisme sur ce dossier en s'engageant clairement à ne pas voter pour la ré-homologation du glyphosate en Europe, fut-ce pour une période de 7 ans avec restrictions. Nous jugerons sa capacité à résister aux lobbies de l'agrochimie à ses actes", ajoute-t-il.

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