Aux Etats-Unis, de plus en plus de bébés sont sous antidépresseurs

Aux Etats-Unis, la prescription d’antidépresseurs à des enfants de moins de 2 ans est pratique courante. Un phénomène d’autant plus inquiétant que les médecins sont totalement libres de les prescrire.

Aux Etats-Unis, de plus en plus de bébés sont sous antidépresseurs
© oneblink1

Des médicaments pour soigner les "crises de nerf" occasionnelles de son fils. Si la maman du petit Andrew, 18 mois, n'a pas vu d'inconvénient lorsqu'un médecin les lui a prescrits, il en a été tout autre lorsque son fils a commencé à adopter des comportements étranges après les avoir pris. C'est ce qu'elle a récemment raconté au New York Times. Après avoir pris le médicament, le petit garçon s'est mis à parler à des gens ou à des objets qui n'existaient pas mais aussi à crier dans son sommeil. Sa maman a alors réalisé que les médicaments prescrits étaient en fait de puissants antipsychotiques, normalement réservés aux adultes souffrant de troubles bipolaires ou de schizophrénie.

Une pratique fréquente dans le pays. Mais Andrew n'est pas le seul dans ce cas. Des milliers de petits Américains de moins de 2 ans se seraient en effet déjà vu prescrire des antidépresseurs en 2014, selon l'IMS Health, une entreprise américaine proposant des études pour les industries du médicament et les acteurs de la santé. Les prescriptions d'antipsychotiques à des enfants de moins de 2 ans auraient même doublé en un an atteignant le nombre de 20 000 aux Etats-Unis en 2014. Chez les bébés du même âge, les prescriptions de l'antidépresseur Prozac s'élèveraient à 83 000 en 2014. Au moins 10 000 enfants pourraient être ainsi concernés. Et pour cause : il n'y a aucune législation aux Etats-Unis qui encadre ces prescriptions. Ces dernières ne sont donc pas illégales mais sont fortement controversées. Dans le pays, le fait de médicaliser les enfants dès qu'ils ne vont pas bien est ainsi fréquent. Ce sont au moins 10 000 enfants de 2 et 3 ans qui ont été diagnostiqués hyperactifs ou avec des troubles de l'attention et qui ont été traités médicalement, selon les Centres de contrôle des maladies. Pour plusieurs experts, cela viendrait du manque de pédiatres dans le pays.

Des risques non clairement identifiés. Interrogée par le New York Times, Magaret Gleason, pédiatre et pédopsychiatre, estime que les enfants qui absorbent ce type de médicaments pourraient avoir de graves troubles neurologiques comme "une croissance trop rapide du cerveau" et risqueraient d'en altérer ses capacités à long terme. Toutefois, les risques causés par la prise d'antidépresseurs pour adultes par des enfants ne sont pas clairement identifiés faute d'étude.

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