Attentats : "la peur n'est pas une faiblesse, la nier ne ferait que l'aggraver"

Comment vivre normalement alors que la situation est exceptionnelle ? Faut-il se protéger de ce trop-plein de violence ou au contraire se faire violence ? Les conseils d'Antoine Pelissolo, psychiatre.

Attentats : "la peur n'est pas une faiblesse, la nier ne ferait que l'aggraver"
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Près d'une semaine après la plus meurtrière des attaques terroristes qu'ait connu la France, la vie reprend son cours. Mais malgré tout, la peur persiste, la menace aussi. Alors comment vivre normalement, gérer ses angoisses et aller de l'avant ? Le Docteur Antoine Pelissolo est chef de service dans le Pôle de Psychiatrie du CHU Henri Mondor à Créteil, et professeur de psychiatrie à l'université Paris Est Créteil. Il est spécialiste de la dépression et des troubles anxieux.

Comment gérer nos peurs et nos angoisses : 3 conseils pour faire face

Lorsque la peur survient dans le quotidien, chacun peut se sentir vulnérable, même si tout le monde n'y est pas exposé de la même façon. Pour y faire face et mieux gérer les émotions d'angoisse et de stress, Antoine Pelissolo suggère de s'appuyer sur trois types de réponse. 

Introspection. Avant tout, il semble indispensable de prendre le temps d'analyser ses émotions. "L'idée est de faire une rapide auto-analyse", résume le psychiatre. Il s'agit en fait de comprendre les réactions de peur auxquelles on peut être confronté, tant sur le plan physique (paralysie, palpitations, tremblements…) que sur le plan psychique. "Chacun peut essayer de décrypter ses sensations pour comprendre d'où elles viennent", analyse le spécialiste. Pour certains, cela peut simplement être de se dire que le stress est une réaction normale face à un danger, le but étant de nous protéger. Pour d'autres, "cette peur peut réveiller d'autres peurs plus anciennes et plus profondes, comme la peur de l'abandon, la peur de se retrouver seul, mais aussi des angoisses liées à des événements passés et traumatisants". Dans tous les cas, cette introspection n'a pas vocation à régler le problème, mais "à mieux comprendre comment on fonctionne et pourquoi on réagit de telle ou telle manière face à cet événement". En somme, il s'agit d'avoir une attitude bienveillante envers soi-même, souligne encore le spécialiste, avant de préciser que cette réflexion peut être menée seul ou avec une aide extérieure, proche ou professionnel de santé.

Accepter ses émotions négatives. Ensuite, il ne faut pas chercher absolument à gommer la peur, puisqu'il s'agit selon le psychiatre "d'une émotion humaine basique contre laquelle on ne peut pas lutter". Mieux vaut donc laisser la peur s'exprimer que la nier, mais aussi "accepter sa sensibilité". En effet, si certaines personnes semblent en apparence plus solides psychologiquement, les autres ne doivent pas cacher leurs émotions et encore moins culpabiliser. "La peur n'est pas une faiblesse et la nier ne ferait que l'aggraver. Je dirais même qu'il faut laisser venir la peur pour la laisser partir", commente encore Antoine Pelissolo.

Se faire plaisir. Enfin, qui dit peur, dit action. Celle-ci étant ô combien bénéfique pour pouvoir réagir. Parler, échanger, écouter les autres, donner son sang, sortir, se faire plaisir, faire du sport… Toute action qui permet de se sentir actif et/ou utile est bénéfique car elle génère des émotions positives. "Cela ne va pas effacer les émotions négatives, mais rétablir un équilibre dans les émotions, souligne le psychiatre. Provoquer du bien-être est dans ce sens pertinent, même si cela implique de se forcer un peu."

Comment ne pas céder à la psychose ?

Selon le Dr Pelissolo, face à cette menace permanente, il ne faut évidemment pas nier la réalité, mais faire aussi appel à la rationalité. Ainsi, on peut tolérer des incertitudes, mais en même temps analyser le risque en se disant que ces actes demeurent exceptionnels et en gardant confiance dans les autorités qui assurent notre sécurité.

Faut-il décrocher des écrans, des réseaux… ?

Pas forcément. Certes, cela peut-être utile pour les personnes les plus sensibles de se mettre à l'abri de ce trop-plein d'informations stressantes. Mais c'est surtout une question de dosage, estime le médecin. On peut donc s'en éloigner un peu, tout en continuant à s'informer. "De toute façon, il semble difficile de se déconnecter complètement et en outre, l'absence ou le manque d'information peut se révéler encore plus angoissante pour certains !"

Les personnes plus fragiles (anxieuses, déprimées…) doivent-elles bénéficier d'un soutien particulier ?

"Je dirais qu'elles peuvent faire appel aux trois réponses exposées plus haut pour s'auto-protéger de ces éléments angoissants. Mais si cela ne suffit pas, alors une aide professionnelle doit prendre le relais", assure le Dr Pelissolo. Le médecin préconise les thérapies brèves dans ce cas, type TCC (thérapie comportementale et cognitive), bien utiles pour débloquer ces situations. Les médicaments type anxiolytiques peuvent apporter une aide ponctuelle, telle une béquille, mais "à condition que leur prescription soit limitée et bien encadrée". A long terme, "non seulement ils provoquent des effets secondaires, mais en plus ils ne règlent pas les problèmes."

Témoins, voisins, proches de victimes… Faut-il consulter tout de suite ?

Dans les heures qui ont suivi les attentats, des cellules d'urgence médico-psychologique ont été activées par le Ministère de la Santé afin de prendre en charge psychologiquement les victimes. Un besoin qui s'est bien vite étendu aux proches des victimes, eux aussi dans la détresse. Mais aussi à tous ceux et celles qui se trouvaient à proximité, aux voisins, etc. "A l'hôpital Mondor, nous recevons en effet de nombreuses personnes, témoins ou voisins, raconte Antoine Pelissolo. Elles ressentent évidemment un mal-être, d'autant plus qu'elle vivent encore dans une pression permanente, puisque les rues sont toujours envahies par les journalistes et par les forces de police. La tension est toujours là. Elles ont donc raison de venir et de venir rapidement. C'est le bon moment pour faire le point sur leur mal-être et ces réactions (stress, crises de larmes, etc.) qui surviennent généralement 4-5 jours après. En parler rapidement est indispensable." 

Se faire aider : en savoir plus

Ce vendredi 20 novembre, la maire de Paris Anne Hidalgo a annoncé que les cellules de soutien psychologique ouvertes dans les mairies des 10e et 11e arrondissements seront prolongées "le temps nécessaire". De plus, "une attention particulière sera portée aux préadolescents et aux adolescents, en mobilisant les structures de terrain qui les accueillent et les accompagnent, ainsi que les réseaux sociaux", est-il précisé dans un communiqué adressé par la Mairie de Paris.

  • Consulter la liste des cellules psychologiques

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