Aspartame, stévia... : non, ils ne font pas maigrir

Pas d’effets sur la perte de poids, inutiles pour prévenir le diabète… Les édulcorants ne présentent aucun bénéfice pour la santé, conclut un rapport de l'Agence de l'alimentation. Quant au risque de cancer, elle ne l'écarte pas et demande des études complémentaires.

Aspartame, stévia... : non, ils ne font pas maigrir
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Vous mettez des sucrettes dans votre café et préférez les sodas light ? Sachez que ce geste n’a en réalité aucun effet sur le contrôle du poids. De même, préférer les édulcorants au sucre n’a pas d’intérêt ni dans le cadre d’une prise en charge diabétique, ni pour prévenir l’apparition du diabète de type 2. Telles sont les principales conclusions du dernier rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, dont l’objectif était d’évaluer les bénéfices et risques nutritionnels des édulcorants. Les experts, qui se sont appuyés sur une analyse exhaustive de la littérature scientifique, sont formels : "les données sont insuffisantes pour statuer sur un bénéfice nutritionnel à long terme". Dans le détail, ils expliquent que "les études relatives au contrôle du poids ne permettent pas de conclure sur l’intérêt de la consommation d’édulcorants chez l’enfant, l’adolescent ou l’adulte." Les experts rapportent même que certaines études montrent paradoxalement un gain de poids, sans que la causalité de cette association n’ait été établie. Concernant le diabète : "il n’a pas été démontré de bénéfice de la consommation régulière d’édulcorants en substitution du sucre sur le contrôle de la glycémie. "Ni même de bénéfice "sur la prévention de l’apparition du diabète de type 2."

La stévia aussi. Dans un contexte où l'on observe l'émergence de nouveaux produits sucrants, tels que les glycosides de stéviol extraits de la stévia et le sucralose, l'Anses a souhaité étudier l'ensemble des édulcorants, qu'ils soient obtenus par synthèse chimique, comme c'est le cas de l'aspartame, ou qu'ils soient extraits de végétaux, comme la stévia. Ses conclusions englobent donc ces différentes substances.

De possibles risques pour la santé sur le long terme. L’autre question, qui suscite la polémique, depuis quelques années, est de savoir si les édulcorants présentent des risques pour la santé. Rappelons par exemple qu’une étude danoise menée sur des femmes enceintes et publiée en 2010 avait établi un lien entre la consommation d’au moins un soda édulcoré par jour et le risque d’accouchement prématuré (+30 %). Le rapport de l’Anses demeure ambigu sur la question, estimant que les données disponibles ne permettent pas de mettre en évidence un quelconque risque. Mais en précisant, toutefois, qu’il n’est pas possible d’écarter des risques potentiels à long terme en raison du nombre limité d’études, notamment chez les consommateurs réguliers et chez les enfants. Pour pallier ces lacunes, l’Anses recommande de mener de nouvelles études sur le long terme et chez les populations les plus à même d’être concernés par d’éventuels risques, à savoir : les femmes enceintes, les enfants, les diabétiques et les consommateurs réguliers.

Cancer et aspartame : le doute plane. Bien que certaines études indépendantes aient par le passé mis en évidence des liens entre l’apparition de tumeurs et la consommation d’aspartame, l’Agence européenne des aliments (EFSA) avait, dans son dernier avis (décembre 2013), écarté tout risque pour la santé aux taux actuellement autorisés (soit 40 mg/kg de poids corporel). Aujourd'hui, l’Anses évoque néanmoins une étude récente faisant le lien entre consommation de boissons contenant des édulcorants et l’apparition de lymphomes, appelant donc à des travaux complémentaires.

Il y a un an, le Réseau environnement et santé (RES) emmené par le professeur André Cicolella et regroupant scientifiques et associations de malades, avait souligné des incohérences dans le rapport publié par l’EFSA, certaines études indépendantes prouvant des liens entre aspartame et cancer, mais aussi prématurité ou encore troubles cognitifs avaient notamment été écartées.

Rappelons que l'aspartame est un édulcorant artificiel composé à 50 % de phénylalanine, à 40 % d'acide aspartique et à 10 % de méthanol. Estampillé E951 sur les étiquettes alimentaires ou mentionné "contient une source de phénylalanine", l'aspartame est présent dans de nombreux produits de consommation courante : sucrettes, boissons light, chewing-gums, yaourts aromatisés, chocolat light... mais aussi dans de nombreux médicaments "sans sucres" destinés aux enfants. Les effets secondaires qu'on lui impute ne datent pas d'hier : en 1995, la Food and Drug Administration (FDA) avait déjà répertorié plus de 90 symptômes (crampes, maux de tête, nausées, troubles de la mémoire...).

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