Androcur et tumeur : un numéro vert et des recommandations temporaires

A forte dose et sur une longue durée, ce traitement hormonal serait susceptible d'augmenter par 20 le risque de méningiome. L'ANSM met en place un numéro vert pour les patients et livre ses recommandations, en attendant les conclusions d'un comité d'experts.

Androcur et tumeur : un numéro vert et des recommandations temporaires
© SIMON ISABELLE - SIPA

[Mise à jour du 21/09/2018]. L'Androcur est un traitement hormonal, généralement utilisé comme contraceptif contre l'acné ou en cas de forte pilosité chez la femme. Chez l'homme, il peut être préconisé dans certaines formes de cancer de la prostate. Ce médicament, contenant de l'acétate de cyprotérone (un dérivé de la progestérone aux propriétés anti-androgéniques) est sur la sellette depuis 2009, suite à un signal européen lancé par la France. En cause : le risque d'apparition de tumeur au cerveau en cas d'utilisation prolongée. Cette évaluation avait alors conduit à mentionner ce risque dans la notice du médicament en 2011. Mais selon une récente étude menée par l'Assurance maladie auprès de 250 000 femmes suivies pendant 7 ans, il s'avère que "le risque de méningiome est multiplié par 7 pour les femmes traitées par de fortes doses sur une longue période (plus de 6 mois), et par 20 après 5 années de traitement", précise l'Agence du médicament dans un communiqué du 7 septembre 2018.

Compte tenu de ces nouvelles données qui indiquent que le risque de méningiome augmente en fonction de la durée d'utilisation et de la posologie, les conditions d'utilisation et de prescription doivent être précisées afin de limiter ces risques. L'Agence du médicament souhaite en effet établir de nouvelles recommandations d'utilisation de l'acétate de cyprotérone, ainsi que des mesures d'encadrement de ce risque. Un comité d'experts indépendants, composé d'endocrinologues, endocrinologue-pédiatres, gynécologues, neurochirurgiens et dermatologues, doit se réunir le 1er octobre 2018. Les spécialistes se pencheront sur la révision des indications, de la posologie, de la durée du traitement et des précautions d'emploi, ainsi que de la surveillance du risque, précise l'ANSM.

Un numéro vert pour informer les patients. En attendant la réunion du comité pluridisciplinaire d'experts indépendants (CSST) début octobre, l'Agence du médicament met en place un numéro vert pour répondre aux interrogations des patients ou de leur entourage. Le 0805 04 01 10 est accessible gratuitement du lundi au vendredi, de 9h à 19h. "Les patients sont également invités à consulter leur médecin, sans urgence, pour discuter de l'intérêt de la poursuite de leur traitement et évaluer la réalisation d'éventuels examens complémentaires", précise l'ANSM. Invitée sur le plateau de Cnews le 13 septembre, Agnès Buzyn s'est montrée rassurante : "J'invite les patients concernés à se rapprocher de leur généraliste, mais il n'y pas d'urgence, ce n'est pas un cancer. Ce n'est pas un scandale sanitaire", a-t-elle déclaré à propos des risques liés à ce médicament. 

© ANSM

Des recommandations temporaires. L'ANSM rappelait, dans son précédent communiqué que "la présence ou un antécédent de méningiome est une contre-indication à l'utilisation de ce médicament et que l'apparition en cours de traitement doit conduire à son arrêt". Dans l'attente des reccommandations du CSST, l'Agence du médicament a adressé un courrier aux professionnels de santé ce 20 septembre pour leur préciser la conduite à tenir. Ces derniers doivent informer les patients du risque de méningiome lié à la prise du médicament, évaluer le bénéfice/risque pour chacun d'entre eux, et vérifier l'absence de méningiome ou d'antécédent. Enfin, les médecins devront prescrire l'acétate de cyprotérone dans le respect des indications autorisées, aux doses les plus faibles possibles et sur une courte durée, précise l'ANSM.