Injures sexistes, épisiotomies… Le premier rapport sur les violences obstétricales tire la sonnette d'alarme

Le Haut conseil à l'Egalité entre femmes et hommes vient de rendre son rapport sur les violences obstétricales. Les résultats (inquiétants) témoignent "d'un défaut d'empathie plus particulièrement affirmé vis-à-vis des femmes". Explications et recommandations.

Injures sexistes, épisiotomies… Le premier rapport sur les violences obstétricales tire la sonnette d'alarme
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Novembre 2014. Le hashtag #PayeTonUtérus bourgeonne sur Twitter, faisant éclore des milliers de témoignages en moins de 24 heures. Au total, ce sont plus de 7 000 messages de femmes qui dénoncent des propos déplaisants (des plus anodins en apparence aux plus graves) sur leur poids, leur sexualité, leur désir ou pas d'avoir un enfant, et qui relatent des examens vaginaux brutaux ou des actes pratiqués sans leur consentement, allant parfois jusqu'à des violences sexuelles lors des suivis gynécologique et obstétrical. Au fil des années, les langues des femmes se délient : ces dernières espèrent qu'on les entendent, les écoutent et les soutiennent. Commandé en juillet 2017 au Haut conseil à l'Égalité entre les hommes et les femmes (HCE) par la secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les hommes et les femmes Marlène Schiappa, le premier rapport sur les violences obstétricales et gynécologiques confirme qu'il ne "s'agit pas de faits isolés" et "appelle une prise de conscience et une action publique ambitieuse pour les combattre". Rendus publics ce vendredi 29 juin 2018, les résultats de ce rapport sont inquiétants.

Parmi les actes sexistes et les violences obstétricales subies dans le suivi gynécologique et obstétrical des femmes, le HCE en identifie six :

  • La non prise en compte de la gêne de la patiente, souvent liée au côté intime de la consultation
  • Les propos porteurs de jugements sur la sexualité, la tenue, le poids, la volonté ou non d'avoir un enfant, qui renvoient à des injonctions sexistes
  • Les injures sexistes
  • Les actes (intervention médicale, prescription...) exercés sans recueillir le consentement ou sans respecter le choix ou la parole de la patiente
  • Les actes ou refus d'acte non justifiés médicalement
  • Les violences sexuelles : harcèlement sexuel, agression sexuelle et viol

Pour certaines épisiotomies, le consentement de la patiente n'est même pas demandé.

Encore trop d'épisiotomies non consenties ? Le HCE s'attarde particulièrement sur la pratique de l'épisiotomie (incision de la paroi vaginale et des muscles du périnée pour faciliter le passage du bébé), jugée encore trop récurrente pendant les accouchements. En France, cet acte chirurgical concernerait une femme enceinte sur cinq. Mais la moitié d'entre elles déplorent "un manque ou l'absence totale d'explications sur le motif de l'épisiotomie". Dans certains cas, leur consentement n'est même pas demandé. Par ailleurs, 6 % des futures mamans, soit plus de 50 000 femmes en moyenne, se déclarent "plutôt pas ou pas du tout satisfaites du suivi de leur grossesse ou de leur accouchement". Plus grave encore, plus de 3 % des plaintes déposées auprès des instances disciplinaires de l'Ordre des médecins en 2016 concernent des agressions sexuelles et des viols commis par des médecins, alertent les auteurs du rapport.

Comment expliquer ces violences ? Bien sûr, le HCE pointe du doigt la gravité de ces propos ou ces actes. Toutefois, il tient à apporter des explications quant à ces prises en charge inadaptées : la multiplicité des consultations gynécologiques et obstétricales (en moyenne, une femme en aura 50 au cours de sa vie) en comparaison avec d'autres suivis médicaux, l'insuffisante considération du caractère particulièrement intime de ces consultations (tant dans les sujets abordés (sexualité, vie de couple…) que dans les gestes pratiqués (toucher des seins et du sexe, pénétration vaginale par les doigts du professionnel de santé ou des instruments)), le sexisme encore très prégnant dans le secteur médical, l'histoire de la gynécologie médicale, marquée, à l'origine de la spécialité, par la volonté de contrôler le corps des femmes ou encore, le manque de moyens humains et financiers alloués au secteur de la santé, et en particulier dans les maternités...

26 recommandations. Pour que le suivi gynécologique et obstétrical des femmes n'entrave ni leurs droits, ni leur autonomie, le HCE émet dans son rapport 26 recommandations, articulées en trois axes :

  • Reconnaître les faits et l'ampleur des actes sexistes : les auteurs souhaitent réaliser la première enquête de santé publique dédiée au suivi gynécologique, mesurer la satisfaction des femmes et rendre publiques les données de chaque maternité sur les actes médicaux pratiqués lors de l'accouchement. L'objectif ? "Permettre une plus grande transparence et une amélioration des pratiques".
  • Prévenir les actes sexistes, notamment en renforçant la prévention et la lutte contre le sexisme au sein des études de médecine, et en officialisant dans le code de déontologie médicale l'interdit des actes sexistes.
  • Faciliter les procédures de signalement et permettre une juste condamnation des faits dénoncés. Toutes le femmes devraient être informées sur leurs droits afin qu'elles fassent un choix éclairé concernant leur sexualité, leur grossesse ou leur accouchement. Enfin, il serait nécessaire que les forces de l'ordre et les magistrats sur les violences sexistes et sexuelles soient davantage formés.

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