Perte de l'audition : Comment bien vivre avec ses prothèses auditives ?

Malgré les conséquences que la perte auditive entraîne dans la vie quotidienne, les personnes malentendantes ont souvent des difficultés à accepter un appareillage. La sophrologie peut les aider.

La 19e édition de la JournéeNationale de l’Audition qui s’est déroulée cette année le 10 mars est l’occasion de rappeler l’augmentation exponentielle des troubles auditifs. Les seniors sont les plus exposés. Ainsi 40% des 60-70 ans et plus de 50% des plus de 80 ans présentent des troubles auditifs (source Enquête JNA-Ipsos 2014) mais les jeunes ne sont pas pour autant épargnés. Dans la vie professionnelle, les troubles de l’audition ont également des conséquences dommageables. Selon une enquête du ministère du Travail, ils représenteraient en effet la 3e cause de maladies professionnelles. Financièrement, même en bénéficiant d’une bonne couverture santé, le coût des appareils reste élevé. Ainsi, selon une étude (JNA-Ipsos réalisée en 2013 sur les seniors et l’audition), 93% des seniors accepteraient de s’équiper en aides auditives, mais en réalité seulement 34% des personnes ayant besoin d’appareillage le sont réellement.

Une image négative des prothèses auditives

Lorsqu’elle est liée à l’âge, la perte auditive est souvent progressive (à partir de 40 ans) et passe un peu inaperçue. La personne ne se rend pas compte qu’elle devient sourde. Elle apprend à lire sur les lèvres, se débrouille pour se retrouver dans des environnements peu bruyants et réduit peu à peu sa vie sociale. Un jour, pourtant, elle doit bien se rendre à l’évidence. La perte auditive est telle qu’elle doit se faire appareiller. Psychologiquement, cette situation est souvent vécue difficilement en raison de l’aspect irréversible des troubles et de l’image négative des prothèses qui restent associées à la vieillesse et au handicap. En effet, si les lunettes de vue sont entrées dans les mœurs et peuvent être intégrées comme un accessoire de mode à part entière, les prothèses auditives n’ont toujours pas bonne presse malgré une offre qui se modernise (appareils plus discrets, connectés…).

Cette difficulté concerne autant les hommes que les femmes. Bien souvent, les prothèses auditives servent de support de projection de peurs plus profondes (angoisses liées la perte de performance, peur du vieillissement, voire de la mort…). Face à cette situation, tous les cas de figure existent. Certaines personnes refusent de s’équiper tandis que d’autres acceptent les prothèses auditives mais ne les supportent pas.

 Accompagner le processus d’acceptation et d’adaptation

Pour ces personnes en souffrance, la sophrologie s’avère être une aide précieuse. Elle permet d’accompagner le cheminement vers l’acceptation de l’appareillage. La première étape consiste à travailler sur les croyances négatives véhiculées autour des prothèses. Face à une personne qui se sent amoindrie parce qu’elle entend moins bien, le sophrologue va mettre l’accent sur tous les domaines dans lesquels elle se sent encore performante et sur toutes ses potentialités qu’elle n’a pas encore exprimées, par exemple.

La sophrologie facilite l’affranchissement du regard extérieur et aide à se libérer des jugements. Une fois que la personne se décide à consulter pour faire part de ses difficultés, le thérapeute observe un changement d’attitude assez rapide. Dans la plupart des cas, il constate que ce sont davantage les croyances négatives, plutôt que la situation en tant que telle, qui créent les blocages. Pour accompagner cette étape, la sophrologie propose des exercices de relaxation dynamique qui favorise le relâchement  des tensions.

La seconde étape du travail porte sur l’adaptation et l’acceptation de la prothèse. Il s’agit alors d’intégrer l’appareil auditif dans son propre schéma corporel, au même titre qu’un grain de beauté, une prothèse de hanche ou tout objet extérieur qui vient faire corps avec la personne. A l’aide de visualisations, le thérapeute facilite ce travail d’intégration et fait prendre conscience que le fait de porter une prothèse n’a aucune incidence sur l’image de soi.

La troisième étape consiste à recréer des voies de circulation du son. En effet, lorsque la perte auditive n’est pas récente, le cerveau a appris pendant des années à percevoir certains sons, et d’autres non. En séance, à partir de visualisations, le sophrologue fait imaginer de nouvelles connexions neuronales en train de se créer et s’intensifier. Le sophrologue peut utiliser des analogies ou des métaphores pour faciliter ainsi la stimulation de ces nouvelles connexions.

Enfin, si la personne malentendante est restée pendant une longue période sans appareillage, elle peut connaître des difficultés à entendre certaines fréquences qui seront souvent perçues comme plus agressives. Ce temps d’adaptation peut être mal vécu. Un travail de relaxation et de décontraction musculaire rend plus aisé ce processus d’adaptation au changement. En règle générale, une dizaine de séances sont nécessaires pour accompagner cette problématique.