Maigrir ? Oui… mais pour quoi faire ?

Maigrir. Un mot qui fait rêver, espérer et désespérer bon nombre d’entre nous. La dictature du stéréotype socio-culturel qui nous veut tous minces est passée par là, nous condamnant à courir après un idéal souvent impossible à atteindre. Et pourtant !


  

Nos sociétés développées veulent perdre du poids et cela ne concerne pas que les jeunes femmes. Des études récentes ont montré que bon nombre de très jeunes enfants ont déjà des préoccupations pondérales[1].

En France, une étude IPSOS de 2010[2] décortique les motivations à maigrir de nos contemporains.

Il semble que ces motivations diffèrent selon les sexes. Les hommes se  retrouvent plus dans une demande dite « somatique », c’est à dire essentiellement centrée sur la santé. Les femmes, se rejoignent  dans une demande dite « stéréotypée », c’est à dire plus centrée sur la norme et l’apparence.

Quelques exemples :

*Marie, une cinquantaine d’année se désespère de « manquer de volonté » et de systématiquement « craquer » au bout de quelques jours de régime.

*Cécile, la trentaine, ronde, jolie et séduisante, se plaint de ne plus être désirée par son mari, depuis sa prise de poids après sa dernière grossesse.

*Audrey, cadre brillante dans la vie professionnelle, est régulièrement diminuée par son compagnon qui pointe et critique son surpoids.

*Anne, a pris du poids après une longue et douloureuse période de harcèlement moral au travail, qui l’a plongée dans la dépression.

Toutes ces femmes ont le même objectif, perdre du poids. Pour autant, la perte de poids ne sera pas toujours au rendez vous si le thérapeute ne va pas plus loin dans l’examen des motivations profondes de ses patients. Il y a même des patientes qui ne maigriront pas et pour qui une perte de poids serait d’ailleurs extrêmement nocive.

En effet, « A maigrir on risque gros ! »[3]

Un rapport de l’ANSES de 2010 [4]conclut que la recherche de la perte de poids sans indication médicale formelle comporte des risques qu’il convient de communiquer aux populations concernées. Sa prise en charge nécessite donc un accompagnement par un professionnel.

Il n’est du tout pas question d’éluder le problème du poids mais plutôt de bien comprendre les enjeux réels qui sous-tendent, sans que cela soit toujours clair, la demande de perte de poids.

On s’aperçoit ainsi qu’une demande, finalement assez stéréotypée, est liée à une situation individuelle singulière qu’il convient de connaître. 

*Marie, la première femme citée plus haut, explique par exemple, que son mari violent avait pris l’habitude de la soulever dans les airs et de la jeter à terre, lors ses crises de fureur. Depuis que Marie s’est enrobée et alourdie, ce n’est plus possible.

*Cécile, elle, dévoile sa crainte d’être de nouveau désirée et désirante. Des idées nouvelles et terrifiantes pourraient jaillir sous l’effet de la confiance retrouvée grâce à une perte de poids : quitter son mari, avec qui elle n’est pas si heureuse que cela, par exemple… 

*Audrey craint également de briser un équilibre familial, bancal certes, mais conquis de haute lutte, à force de renoncements.

*Quant à Anne,  retrouver sa ligne d’ « avant » signifie risquer de se retrouver  « femme »,  éventuel objet de désir, et, pour elle, de nouveau, forcément vulnérable.

On comprend bien ici les résistances inconscientes à la perte de poids, voire le bénéfice secondaire que le surpoids, en les "enrobant", procure à certains patients. Naturellement, il existe des  demandes qu’on dit  « vraies » et qui sont souvent liées à des problématiques somatiques : cardiaques, osseuses…

Quoiqu’il en soi, il est fondamental et nécessaire avant tout, de faire émerger la problématique sous jacente qui préside à la demande d’amaigrissement. Le patient doit comprendre exactement ce qu’il souhaite secondairement de cette perte de poids.

Que le thérapeute entende « je dois perdre mes kilos sinon l’infarctus me guette » ou bien « je veux maigrir pour faire du 38 comme les filles de ma classe », «  je veux maigrir pour reconquérir mon ex-mari »ou encore : « je veux maigrir pour être heureuse », dans tous les cas, il doit être attentif à rendre manifeste et claire la demande réelle et parfois ignorée du patient. Afin de prévenir toute déconvenue, c’est sur celle-ci qu’il faudra probablement travailler avant d’envisager une perte de poids.

Car derrière les échecs des régimes traditionnels, se profile souvent une prise en charge qui occulte complètement la psychologie du patient. Comme le disait Pierre Aimez [5] : « la génétique prédispose, l’environnement propose et la psychologie impose». Il n’y a pas une obésité mais des obésités, avec à chaque fois des génétiques différentes, des environnements différents ainsi que des psychologies différentes. Chaque personne est unique et a une histoire unique. Il est nécessaire de l’écouter, de la comprendre dans sa globalité et de l’aider à approfondir sa demande.

En effet, perdre du poids n’est pas anodin et si cette dimension psychologique n’est pas prise en compte, les patients peuvent se heurter répétitivement à l’échec, ce qui entraine une perte de confiance, une mésestime voire une honte de soi favorisant les risques de survenue de troubles alimentaires ou de dépression.

Le déroulement harmonieux d’une démarche de transformation de son corps par une perte de poids passe par une nécessaire réflexion entre thérapeute et patient. L’abord psycho-nutritionnel devient à présent une réponse plus évidente aux problématiques alimentaires[6]. Au systématisme rapide et impersonnel de la feuille de régime se substitue donc une approche globale et profonde, certes plus longue mais plus porteuse à long terme et plus écologique pour le  patient.

 

 

  

[1] : D.Birbeck and M. Drummond  (2006) Very young children’s body image: Bodies and minds under construction  International Education Journal

[2] Etude IPSOS /  réalisée pour GlaxoSmithKline Santé Grand Public en juin 2010, sur un échantillon de 680 personnes représentatif de la population française âgée de 18 à 64 ans

[3] B.Waysfeld, Le poids et le Moi, 2003, Armand Colin, p. 247

[4] Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail

[5] Pierre Aimez. Psychiatre

[6] Bernard Waysfeld, Le Poids et le Moi, 2003, Armand Colin