Opioïdes : attention aux risques de dépendance

De plus en plus prescrits contre les douleurs chroniques en France, les antalgiques opioïdes peuvent rendre dépendants. Qui est concerné ? Que prévoient les autorités sanitaires ? Explications.

Opioïdes : attention aux risques de dépendance
© Andriy Popov - 123RF

Actuellement, près de 20 % des Français, soit 12 millions, se sont vus prescrire un antalgique opioïde dans l'année, d'après les derniers chiffres de l'Observatoire français des médicaments antalgiques (OFMA, 2015). Un million de Français ont quant à eux consommé un opioïde fort (59% sont des femmes et 41%, des hommes). En effet, entre 2004 et 2017, les prescriptions médicales d'opioïdes forts ont doublé, avec 500 000 prescriptions supplémentaires. Si les antalgiques de niveau 1 (traitements non opioïdes destinés à traiter les douleurs légères à modérées, comme l'aspirine, le paracétamol ou l'ibuprofène) sont en vente-libre, les opioïdes visent à traiter les douleurs plus intenses qui ne peuvent pas être soulagées par les antalgiques plus faibles, et ne sont disponibles que sur ordonnance. Parmi eux, il y a l'oxycodone, l'hydromorphone, le fentanyl, ou la morphine, ainsi que des formules moins puissantes - mais tout aussi dangereuses - comme la codéine ou le tramadol. Initialement prescrits pour soulager les douleurs liées aux cancers, les opioïdes sont désormais plus accessibles et délivrés dans 9 cas sur 10 pour atténuer les douleurs chroniques, lombaires, de la hanche ou en cas d'arthrose du genou par exemple. 

Prévalence des Français avec au moins une délivrance d'opioïdes forts en 2015 © Observatoire français des médicaments antalgiques

"En quelques prises seulement, les opioïdes peuvent mener à une réelle addiction"

Le problème ? Ces traitements sont des antidouleurs contenant des molécules proches de la morphine et donc de l'opium : ils agissent sur les cellules nerveuses spécifiques comme celles de la moelle épinière ou du cerveau et sur les récepteurs clé du cerveau (récepteur μ-opiacé) qui déclenchent le sentiment de dépendance. Résultats : en quelques prises seulement, "ils peuvent mener à une réelle addiction", s'inquiète le professeur Nicolas Authier, président de l'OFMA dans un article du Parisien. Les hospitalisations pour overdose ont d'ailleurs augmenté de 167 % et le nombre de décès associés a quant à lui bondi de 146 %. "Nous n'en sommes pas au stade de crise sanitaire comme cela est le cas en Amérique du Nord, mais oui, une tendance inquiétante se perçoit en Europe et en France", précise-t-il. Or, "nous savons à quel point il est difficile d'enrayer ce phénomène lorsqu'il est enclenché. Cela doit tous nous alerter maintenant et continuer de mobiliser les autorités sanitaires françaises".

L'Agence du médicament (ANSM) a dans ce contexte mis en place une série de mesures sur le bon usage des opioïdes forts dans le traitement des douleurs chroniques non cancéreuses (DCNC). Parmi elles :

  • Elle rappelle que "le recours aux opioïdes forts dans les DCNC est un traitement de deuxième intention" et que "le traitement doit être interrompu en cas de non respect de la prescription, d'un mésusage, d'abus répétés ou s'il n'y aucun signe de soulagement satisfaisant après le premier mois de traitement".
  • Elle compte également surveiller davantage les durées des prescriptions et s'assurer que les doses, horaires de prise, posologie et durée du traitement sont bien indiqués aux patients par les médecins et pharmaciens.
  • Elle souhaite renforcer l'accès à la Naloxone, "un antidote peu onéreux pouvant complètement inverser les effets de l'overdose d'opioïdes et prévenir les décès qui y sont liés", d'après l'OMS.

Vers un nouvel antidouleur puissant sans effets addictifs ? Des chercheurs américains tentent de mettre au point un nouvel antidouleur capable de soulager les douleurs sévères. La différence avec les opioïdes actuellement prescrits ? Ce traitement à base d'un nouveau composé (l'AT-121), déjà testé sur des singes et des rats, ne comporterait par de risques de dépendance, indiquent les premiers résultats publiés dans la revue scientifique Science Translational Medicine. En plus d'agir sur le récepteur μ-opiacé, comme le font les opioïdes actuels, ce nouveau médicament stimulerait également le récepteur nociceptif qui lui, serait capable de réguler et même de réduire le sentiment d'addiction déjà présent chez le patient. De plus, les premiers essais ont montré que ce nouvel antidouleur n'entraînait aucune dépression respiratoire, ni même de problèmes cardiovasculaires, deux effets indésirables des opioïdes. Avant de pouvoir envisager une commercialisation, il leur reste à vérifier que ces résultats sont similaires chez l'Homme et à confirmer que l'AT-121 est sans risque d'overdose pour l'usager. 

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