L’e-cigarette n'incite pas les jeunes à fumer

Loin d'être une porte d'entrée vers le tabagisme, l'e-cigarette aurait plutôt tendance à le ringardiser, estime une enquête menée auprès d'adolescents parisiens.

L’e-cigarette n'incite pas les jeunes à fumer
© piksel - 123 RF

L'e-cigarette ne serait pas incitative, donc pas considérée comme une "porte d'entrée" vers le tabagisme. Un argument pourtant régulièrement avancé par les autorités de santé pour justifier leur position prudente à son égard.

L'usage de l'e-cigarette a littéralement explosé ces dernières années chez les jeunes : quasi inconnue en 2012 (8 % d'expérimentateurs), en 2014 plus de 90% des adolescents fumeurs l'avaient expérimentée. Cette augmentation très rapide, également rapportée aux USA et au Royaume-Uni, avait renforcé chez certains la crainte de voir augmenter le tabagisme des jeunes.

Les données d'une enquête annuelle, menée depuis 1991 par l'association Paris sans Tabac, auprès de 3 350 élèves des collèges et lycées parisiens, et révélée à l'occasion du premier Sommet de la vape sont rassurantes. De fait, alors que le taux de fumeurs était resté stable (39 %) chez les 16-19 ans de 2007 à 2012, on observe depuis 2012 une baisse importante du tabagisme. Ainsi, entre 2013 et 2016, le taux de fumeurs (exclusifs ou non) chez les 16-19 ans est passé de 39,5 % à 29 %. De même, chez les 12 -15 ans, le taux de fumeurs baisse de 15,5 % à 7 %. Parallèlement, l'enquête pointe une stabilisation de l'expérimentation de l'e-cigarette entre 2014 et 2016. "Aucun autre changement important n'explique la cassure du taux de tabagisme observée depuis 2012", commente le communiqué de presse de Paris sans Tabac. 

Quant au type d'e-liquide utilisé, "ils contiennent majoritairement moins de 1% de nicotine", selon Paris sans Tabac, qui en déduit : "dans ces conditions, l'initiation d'une dépendance nicotinique reste possible, mais le risque est réduit". Dans le détail, les non-fumeurs ne sont que 36 % à utiliser des e-liquides avec nicotine et les fumeurs occasionnels sont 19 %. Seuls les fumeurs quotidiens utilisent majoritairement des liquides nicotinés (77 %). 

Le pneumologue et spécialiste du tabac, Bertrand Dautzenberg, qui a supervisé l'étude, avait jusqu'alors une position modérée vis-à-vis de l'e-cigarette. Celui-ci la comparant à un "médicament" pour sortir du tabac, donc à ne pas utiliser "pour le plaisir". Selon ses termes, "une alliée pour sortir du tabac, pas une porte d'entrée". Au vu des résultats de l'enquête, il n'a pas caché son enthousiasme : "après avoir été inquiet jusqu'en 2013, plutôt rassuré en 2014, je suis en 2016 convaincu que l'e-cigarette est beaucoup plus un concurrent du tabac qu'une porte d'entrée en tabagisme chez les élèves parisiens."

Le tabac, ringardisé ? "Quand on interroge ces collégiens et lycéens, on s'aperçoit que cela ringardise le tabac. Avant le tabac n'avait pas de concurrent. Il semblerait aussi qu'il y ait moins d'addiction", souligne encore ce médecin, néanmoins favorable au maintien de l'interdiction du vapotage pour les moins de 18 ans. "Il est bien entendu préférable de n'avoir aucune consommation ni de tabac, ni d'e-cigarette, mais en terme d'initiation du tabagisme comme en terme de sortie du tabagisme l'utilisation de l'e-cigarette constitue une réduction des risques, qui doit être encouragée, même si elle doit aussi être surveillée et encadrée."

En résumé, l'association estime que la cigarette électronique entre désormais "en compétition avec le tabac", favorisant ainsi "une baisse du tabagisme des plus jeunes". Mais prudente, elle précise aussi que "ces premières constatations demandent cependant confirmation par d'autres études."

Enquête annuelle tabagisme chez les adolescents parisiens © Paris sans Tabac

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