Burn-out : l'épuisement professionnel, un concept flou et pas reconnu dans les entreprises

Combien touche-t-il réellement de personnes ? Comment le diagnostiquer et le prendre en charge ? Autant de questions qui méritent des réponses, estime l’Académie de médecine.

Burn-out : l'épuisement professionnel, un concept flou et pas reconnu dans les entreprises
© Andrey Kryuchkov - 123rf

"C'est une grande souffrance dont l'ampleur est très mal évaluée (...). On n'a pas une idée de son importance, beaucoup de chiffres ont été cités", estime le psychiatre Patrick Légeron, l'un des auteurs d'un rapport publié par l'Académie de médecine le 16 février. Celle-ci estime globalement que le concept de "burn-out" reste flou et mal défini, alors même qu'il donne lieu à des symptômes bien connus comme l'épuisement professionnel.  "Même si ce n'est pas pour demain, on peut imaginer qu'un jour, lorsqu'on aura davantage de connaissances sur le burn-out, on pourra peut-être le reconnaître comme une entité précise au sein de troubles psychiatriques" ou encore comme une "forme particulière de dépression", note le Pr Légeron. Cela permettra notamment de le faire reconnaître comme une maladie professionnelle, ce qui n'est pas le cas actuellement "puisqu'il n'a pas été identifié comme une maladie", ajoute-t-il.

Combien de personnes sont touchées ? Au départ décrit chez les médecins urgentistes, des professionnels très exposés au stress quotidiennement, le burn-out a touché petit à petit d'autres professions, en particulier les cadres moyens, eux aussi soumis au stress professionnel. Mais il est aujourd'hui difficile de mesurer son ampleur, les estimations variant (beaucoup) selon les sources. Alors que l'Institut de veille sanitaire (InVS), estime que 30 000 personnes souffrent de burn-out en France, un cabinet spécialisé a récemment avancé un chiffre de 3 millions.

Quels sont les signes ? Aujourd'hui, en l'absence de reconnaissance officielle (dans aucun pays), l'épuisement professionnel n'est pas toujours bien diagnostiqué. Il est en outre difficile de faire la part des choses entre des symptômes comme la fatigue ou le mal-être au travail et ce qui relève d'une "vraie maladie" nécessitant la prise de médicaments, remarque le Pr Légeron. Selon l'Académie de médecine, le burn-out se caractérise par "un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d'incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail". C'est le lien avec le travail qui différencie par exemple un burn-out d'une dépression.

Comment prévenir ? Dans le rapport qu'elle vient de publier, l'Académie de médecine préconise le développement de programmes spécifiques de recherche, une meilleure collaboration entre la direction des entreprises et les médecins du travail, ainsi que la mise en place d'une structure rassemblant les ministères concernés et notamment le ministère de la santé.

Ni une pathologie, ni une maladie professionnelle. Preuve que le burn-out est un vrai sujet de société, il faisait l'objet de discussions à l'Assemblée Nationale en mai dernier, dans le cadre du projet de loi sur le dialogue social. Cette semaine, Benoît Hamon, député PS des Yvelines, remet le sujet sur la table avec une proposition de loi, dont il espère que le principe sera repris dans la réforme du droit du travail. Elle vise à faciliter la reconnaissance individuelle des cas d'épuisement professionnel et à simplifier les recours. 

Concrètement, la proposition de loi déposée le 17 février et signée par 83 députés de gauche (socialistes et écologistes) a pour objectif d'aider les salariés victimes de burn-out qui s'adressent aux comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles. Actuellement, engager une procédure de reconnaissance par cette voie nécessite en effet un taux minimum d'incapacité de 25%, barrière que Benoît Hamon entend donc supprimer. En outre, selon le député, sortir du déni responsabiliserait davantage les entreprises. Car pour l'heure, lorsqu'un salarié craque et tombe en dépression, c'est l'Assurance maladie qui le prend en charge et non la branche Accident du travail et maladie professionnelle, qui rappelons-le est financée à 97 % par les cotisations des employeurs. 

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