Mieux repérer l’hyperactivité : et après ?

Pour la première fois, la Haute autorité de santé (HAS) publie des recommandations afin de mieux informer les professionnels de santé au diagnostic du trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

Mieux repérer l’hyperactivité : et après ?
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On a tendance à réduire les enfants hyperactifs à des enfants turbulents. L’hyperactivité, qui concernerait 5 % des enfants en France, est en réalité un trouble complexe, difficile à repérer et qui associe plusieurs symptômes. Résultat, les professionnels de santé sont souvent démunis pour répondre aux inquiétudes des familles, identifier le trouble, apporter du soutien à l’enfant et éventuellement l’orienter vers une prise en charge adaptée.

3 symptômes évocateurs de l’hyperactivité. Avant toute chose, la Haute autorité de santé explique que l’hyperactivité s’inscrit dans la durée. Aussi, c’est uniquement lorsque les symptômes deviennent un handicap quotidien pour l’enfant (dans ses apprentissages scolaires, dans ses relations sociales, etc.) et qu’ils provoquent une souffrance durable, qu’une prise en charge peut être envisagée. Quels sont les symptômes ? Selon la HAS, qui publie ses premières recommandations aux professionnels, l’hyperactivité associe trois symptômes : le déficit de l’attention, l’hyperactivité motrice et l’impulsivité. Mais le problème, c’est que ces signes peuvent également évoquer des troubles de l’apprentissage, du comportement ou encore une précocité intellectuelle ou une dépression. C’est dire si le diagnostic est compliqué à poser. Selon la HAS, "seule une évaluation rigoureuse - confirmée par un médecin spécialiste du trouble - permet d’éviter les sur-diagnostics mais également de ne pas passer à côté d’un TDAH". La précocité du repérage du TDAH est par ailleurs cruciale : "un retard diagnostique et/ou une absence de prise en charge peuvent conduire au fil du temps chez l’enfant à une aggravation des conséquences psychologiques (perte de confiance en soi, faible estime de soi), scolaires (redoublements plus fréquents, exclusion scolaire), familiales (conflits familiaux) et sociales (difficultés relationnelles avec les pairs). Il est aussi rapporté un risque accru de troubles oppositionnels (contestation et opposition aux règles), de troubles des conduites (transgression des règles sociales) ainsi qu’un risque de conduites addictives à partir de l’adolescence."

Surdiagnostic et Ritaline. Pour traiter l’hyperactivité, la HAS recommande différentes approches de prise en charge. En première intention, des mesures cognitivo comportementales qui visent à aider l’enfant à améliorer son attention et contrôler son impulsivité. Et si ça ne suffit pas, elle recommande de traiter les enfants avec le méthylphénidate (commercialisé sous les noms de Ritaline, Concerta et Quasym). La Haute autorité pense qu’il est efficace si l’on fait du cas par cas. Mais ce médicament dérivé des amphétamines est loin de faire l’unanimité. Ainsi, le psychiatre et psychanalyste, Patrick Landamn, et auteur de "Tous hyperactifs ? L’incroyable épidémie des troubles de l’attention" (Albin Michel), met en garde contre les dangers d’une dérive à l’américaine : augmenter le nombre d’enfants diagnostiqués et banaliser les prescriptions de Ritaline. Interrogé par L’Obs, il ne mâche pas ses mots : "je pense que la HAS va accréditer le "dogme" de l’existence du TDAH et cela va entraîner très probablement une augmentation des "cas", comme cela s’est produit partout dans le monde […] Nous aurons des campagnes de promotion de la maladie financées par les laboratoires pharmaceutiques  qui entraîneront un surdiagnostic et un surdépistage, comme cela s'est passé aux Etats-Unis, englobant sans distinction tous les comportements perturbateurs des enfants et des adolescents, puis étendu aux adultes distraits ne sachant pas s’organiser, instables et en difficulté d’insertion sociale. Autrement dit: beaucoup de gens."

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