Jeunes et addictions : à qui s’adresser quand le dialogue est rompu ?

Tabagisme, consommation d’alcool ou de cannabis : ces pratiques addictives demeurent préoccupantes chez les jeunes. Le ministère de la Santé lance une grande campagne d’information afin d’apporter des aides concrètes aux jeunes et à leurs familles.

Jeunes et addictions : à qui s’adresser quand le dialogue est rompu ?
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Un jeune sur trois fume tous les jours. Le phénomène du binge drinking, qui consiste à boire le maximum d'alcool en un minimum de temps, pour obtenir le plus vite possible un état d'ivresse prononcée, prend une ampleur inquiétante. Et comme le rappelle l’Insitut national de la prévention et de la santé (Inpes), qui lançait ce lundi une nouvelle campagne d'information, "la précocité de l’expérimentation et de l’entrée dans la consommation accroît les risques de dépendance." C'est donc afin de soutenir les familles face aux conduites addictives chez les jeunes, mais aussi pour apporter des réponses simples, accessibles et efficaces aux questions des jeunes et aux inquiétudes de leur entourage, que le ministère de la Santé et l’Inpes lancent une série de trois spots télé, diffusés du 12 janvier au 8 février. La campagne s’inscrit dans le cadre du plan de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017. Elle se donne aussi pour objectif de faire connaître les 400 Consultations Jeunes Consommateurs (CJC), qui existent en France. Ces espaces d’échange et d’information pour les familles et les jeunes permettent notamment d’évaluer les addictions, d’apporter des conseils personnalisés, voire une prise en charge sur le long terme pour réduire ou arrêter de fumer ou de boire, et si besoin d’orienter vers des services spécialisés.

Les parents s’inquiètent, les ados minimisent. Pour mieux cerner les connaissances et attentes des familles d’adolescents autour des addictions, l’institut de sondage BVA, à la demande de l’Inpes, a interrogé 300 parents d'enfants de 14 à 17 ans et 200 adolescents âgés de 15 à 17 ans du 26 novembre au 4 décembre 2014. Il ressort que les parents se montrent, de manière générale, beaucoup plus soucieux des consommations que pourraient avoir leurs adolescents que les adolescents eux-mêmes : 40% des parents estiment que leur adolescent a une pratique addictive contre 19% des adolescents. Au total, 94% des parents sont préoccupés par les pratiques potentiellement addictives que pourraient avoir leur adolescent. Les consommations qui suscitent le plus de préoccupations sont : l’alcool (86%), le tabac (85%) et le cannabis (84%), alors que la pratique de jeux vidéo arrive en dernière position (69%).

Tabou les addictions ? L’adolescence est une période où la communication est loin d’être évidente, les jeunes n’ayant de cesse que de remettre en question l’autorité parentale et d’affirmer leur indépendance vis-à-vis de la cellule familiale. Echanger sur ces questions est loin d’être évident. Et si la consommation des produits addictifs n’est pas perçue comme tabou pour 93 % des parents interrogés, la situation se complique lorsque l’adolescent consomme plusieurs substances addictives : le sujet devient source de conflit selon 61 % des parents et 68 % des adolescents. Autre problème : les familles recontrent des difficultés lorsqu'ils cherchent une écoute et du soutien. D’autant qu’ils méconnaissent la plupart du temps les structures d’aide. Ainsi, un quart des parents et des adolescents a déjà entendu parler de lieux destinés à accueillir les jeunes ou leur famille pour discuter des conduites addictives (surtout des structures de proximité ou des établissements de soins). En revanche, aucun d’entre eux ne cite spontanément les Consultations Jeunes Consommateurs. Seuls 16% des parents et 23% des adolescents en ont déjà entendu parler, mais peu savent réellement de quoi il s’agit.

En France, les niveaux de consommation de certaines substances psychoactives (alcool, tabac et cannabis) demeurent élevés chez les adolescents. Selon une enquête de l’Office français des drogues et toxicomanies (OFDT) de 2011, les adolescents français de 17 ans sont : 42% à avoir expérimenté le cannabis ; 42% à avoir consommé du tabac au cours du mois passé ; 53% à avoir bu au moins 5 verres en une occasion au cours du mois passé. Qui plus est les jeunes semblent aussi fumer et boire de plus en plus tôt. La fréquence des comportements d'alcoolisation, comme les ivresses ou les usages plus fréquents, augmente bien plus nettement : un facteur 10 intervient entre la 6ème, et la terminale, les lycéens privilégiant la bière et les alcools forts (étude BEH, 7 mai 2013).

Pour en savoir plus et consulter l'annuaire des consultations jeunes consommateurs : drogues-info-service.fr

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