Mal de dos : ça ne passe pas, je fais quoi ?

Et si votre mal de dos était d'origine inflammatoire ? Cette forme, moins fréquente, survient vers 20 ou 30 ans. Un âge où l'on a tendance à le minimiser, à tort ! Quels sont les signes ? Conseils du docteur Philippe Goupille, rhumatologue.

Mal de dos : ça ne passe pas, je fais quoi ?
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Trop souvent banalisé, le mal de dos, lorsqu’il dure depuis plus de 3 mois, peut fortement retentir sur le quotidien des personnes qui en souffrent. Ce mal de dos, dit "chronique", touche pourtant 1 personne sur 5 actuellement. Une récente enquête, réalisée par l’Institut de sondage Harris auprès de 4 000 européens souffrant d’un mal de dos chronique, révèle que 41% des personnes interrogées pensent que leur mal de dos disparaîtra sans intervention médicale. Une proportion similaire (44%) pense qu’il est préférable d’en traiter les symptômes plutôt que de consulter un médecin afin d’en déterminer la cause sous-jacente. Et pourtant, 59% de ces personnes déclarent que leur mal de dos chronique les affecte au quotidien et 61% qu’il les fait se sentir plus vieilles qu’elles ne sont réellement.

Il y a mal de dos... et mal de dos. Dans la plupart des cas, les douleurs lombaires sont d'origine mécanique : de mauvaises postures au bureau, des gestes inadaptés pour ramasser des objets ou encore porter des charges en sont le plus souvent responsables. Elles se manifestent souvent après 40 ans sous la forme de lumbagos à répétition. Mais pour environ 1 patient sur 20, le mal de dos peut aussi être d'origine inflammatoire, c'est-à-dire qu'il est lié le plus souvent à des maladies auto-immunes, comme les spondylarthrites. Les premiers symptômes du mal de dos inflammatoire apparaissent généralement chez les adolescents et les jeunes adultes vers 20 ou 30 ans. A cet âge-là, on se préoccupe peu de sa santé, et on pense souvent, à tort, que le mal de dos va disparaître aussi vite qu'il est apparu. Sauf, que c'est le contraire qui arrive : le mal de dos prend le dessus et finit par impacter la vie étudiante ou professionnelle.

5 à 10 ans avant d'avoir un diagnostic"Le résultat, c'est que l'on constate un retard de diagnotic fréquent, explique le Docteur Philippe Goupille, Chef de service en rhumatologie (CHRU de Tours). Certains patients attendent parfois jusqu'à 10 ans, voire plus, pour que leur mal de dos soit correctement identifié." Des années pendant lesquelles, les patients souffrent physiquement, mais aussi psychologiquement. Sans parler des conséquences sociales : absences répétées au travail, incompréhension de l'entourage, etc. "A 30 ans, vous imaginez comme cela peut être compliqué et handicapant !"

Mais comment expliquer ce retard de diagnostic ? "Actuellement, le mal de dos est banalisé, tant par ceux qui en souffrent, que par les médecins généralistes. Et le problème, c'est que si l'on ne cherche pas l'origine du mal du dos, on ne la trouve pas...", déplore encore Philippe Goupille. En outre, lorsqu'il s'agit d'un mal de dos d'origine inflammatoire, les radiographies sont parfois normales, ce qui peut encore retarder le diagnostic. "Sans qu'on ne sache bien pourquoi, la spondylarthrite a évolué. Il y a plusieurs années, elle avait une évolution ankylosante bien caractéristique et reconnaissable : la colonne vertébrale prenait une courbure bombée. Les hommes étaient aussi plus fréquemment touchés. En somme, les hommes voutés étaient facilement identifiés. Aujourd'hui, cette maladie touche autant les femmes que les hommes. De plus, s'il existe toujours un terrain génétique, il semble que des facteurs environnementaux jouent également un rôle dans l'apparition de la maladie, sans qu'on ne sache quoi exactement."

Des douleurs qui empêchent de dormir. Contrairement au mal de dos mécanique, qui s'estompe avec le repos, le mal de dos d'origine inflammatoire est aggravé par le repos. "Les personnes sont souvent réveillées par de fortes douleurs vers 5 ou 6 heure du matin, constate le Docteur Goupille. Et pour les soulager, elles ont besoin de se mettre en mouvement. Après ce dévérouillage matinal, elles vont généralement beaucoup mieux." Face à de tels symptômes, persistant plus de trois mois, il ne faut pas hésiter à s'informer, donc, en parler à son généraliste, voire à un rhumatologue. Pour inciter les patients à prendre conscience que ce mal de dos n’est pas une fatalité, des experts européens spécialistes des douleurs dorsales ont élaboré un questionnaire simple et rapide sur la base de recommandations internationales, et validé par la Société Française de Rhumatologie. Distribué dans certaines pharmacies, il est aussi disponibles sur www.neluitournezpasledos.fr.

Ca n'est pas dans la tête ! "Pour le patient, c'est rassurant de connaître l'origine de son mal-être. Et c'est aussi une forme de reconnaissance après des années de souffrance physique mais aussi psychologique, décrit Philippe Goupille. Certains patients en viennent même à prendre des antidépresseurs. Le problème, c'est que le mal de dos ne se voit pas de l'extérieur, et qu'il est trop souvent mal perçu par l'entourage, aussi bien dans la vie privée que dans le monde professionnel... Quand on a enfin le diagnostic, on peut enfin prouver que les douleurs existent et que ce n'est pas dans la tête !", poursuit le médecin.

Traitements au cas par cas. Qui dit diagnostic précoce, dit meilleure prise en charge. Dans la plupart des cas, elle consiste à prendre des anti-inflammatoires lorsque les douleurs apparaissent. Au départ, il y a une phase de test, pendant laquelle on essaie plusieurs traitements. Une fois qu'on a ciblé celui qui convient, l'idée est de le prendre au coup par coup, quand on en ressent le besoin. Et côté mode de vie, que fait-on ? "L'activité physique est conseillée, en particulier les étirements le matin, ainsi que les assouplissements, conseille Philippe Goupille. Pour autant, il ne s'agit pas de bouger pour bouger. Je n'interdis pas le sport à mes patients, ils peuvent tout faire. Mais si c'est pour le payer après, et mettre une semaine à s'en remettre, ça ne sert à rien... En fait, c'est au cas par cas. Au final, c'est à chaque patient de faire sa "petite cuisine" !"

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