Garder l'ouïe fine : dix éléments de réponse La France malentendante

Si elles sont souvent silencieuses, les déficiences auditives n'en sont pas moins fréquentes, voire très fréquentes. L'Organisation mondiale de la santé estime que 278 millions de personnes dans le monde souffrent d'une perte auditive modérée ou profonde, bilatérale.

En France, ce sont cinq millions de personnes qui auraient des soucis d'audition, dont deux millions seraient âgées de moins de 55 ans, estime une enquête Ipsos de 2003.
Environ deux tiers des plus de 65 ans souffriraient de presbyacousie à des degrés divers. Mais cette déficience peut frapper à tous les âges : 6% des 15-24 ans, 9 % des 20-24 ans et 18 % des 25-44 ans seraient touchés.

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Cinq millions de Français seraient un peu durs de la feuille. © Faber Visum - Fotolia

Pourtant, parmi des déficients auditifs, beaucoup s'ignorent et encore plus rechignent à se faire soigner. "Nous posons proportionnellement environ trois fois moins d'appareils auditifs en France qu'ailleurs en Europe", estime le professeur Jean-Pierre Bébéar, président du Conseil national des universités pour l'ORL.

Frein psychologique

De même, quelque 2,5 millions de Français seraient victimes d'acouphènes (bruits stridents ressentis dans les oreilles alors qu'aucun son n'est produit). Entre 200 000 et 300 000 nouveaux cas sont enregistrés chaque année. Toujours selon l'étude Ipsos, près de la moitié des Français n'ont jamais fait contrôler leur ouïe et seuls 18 % des malentendants avérés ont l'intention de s'équiper.
Outre le coût de l'appareillage, beaucoup invoquent à mots couverts un frein psychologique : porter un appareil auditif est souvent synonyme de vieillesse. "Ce n'est pas du tout vu de la même façon que le fait de porter des lunettes, estime Jean-Pierre Bébéar. Si un de nos amis arbore un appareil auditif, on va sûrement faire des blagues, plaisanter sur son âge, etc. Ce n'est pas facile à assumer." Pourtant, socialement, la déficience auditive constitue un handicap bien plus important, voire même supérieur, selon le Pr Bébéar, à la déficience visuelle. "Elle isole, ce qui peut conduire à la dépression, à une anxiété maladive ou encore à la paranoïa."

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