Jean-Baptiste Drouet : "Il serait bon de développer une civilisation de la gentillesse"

Dans son enquête sur "Les maltraitances invisibles", Jean-Baptiste Drouet revient sur des témoignages d'hommes et de femmes, petits et grands, victimes d'une indifférence quotidienne.

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Jean-Baptiste Drouet, auteur de "Les maltraitances invisibles" © DR

Qu'entendez-vous précisément par "maltraitances invisibles" ?

Ce sont toutes ces nouvelles maltraitances morales que l'on fait aux autres sans vraiment s'en rendre compte. Un cadre brisé par un directeur des ressources humaines, un élève mis de côté par son institutrice, un stagiaire lâché dans une rédaction hostile, une caissière broyée par ses clients... J'ajouterais que, dans certains milieux, le secteur professionnel notamment, ces maltraitances sont voulues, calculées et organisées ! L'objectif est alors de ne surtout pas montrer aux autres la finalité de nos actions. C'est ce que j'appelle la stratégie de l'aléatoire. Si l'on ne vous annonce pas un conflit, vous ne savez pas ce qui vous attend. Résultat : vous ne pouvez pas riposter.

 

Dans votre enquête, vous abordez plusieurs histoires personnelles. Quels sont les deux témoignages qui vous ont le plus marqué ?

Il y a bien évidemment l'histoire de cette caissière diplômée, travaillant dans l'un des plus grands centres commerciaux de la région parisienne. Lorsqu'elle m'expliquait sa souffrance, je pensais qu'elle exagérait. Mais une fois sur place, j'ai dû me rendre à l'évidence. Face à des centaines de clients, elle devenait transparente. Elle n'existait plus. Et cela, tout en restant polie et souriante. Cette femme était prête à travailler plus mais elle demandait juste un peu d'humanité.
Le second témoignage qui m'a le plus touché est celui de cette vieille femme et de son médecin. Ce dernier avait perdu toute humanité envers elle. Il ne prenait pas le temps de l'écouter et avant de l'ausculter, il enfilait une paire de gants en latex !


Quels comportements peuvent nous rendre maltraitants, dans notre vie privée comme dans notre vie sociale ?

La première attitude caractéristique est l'injonction contradictoire. En bref, votre discours n'est pas en corrélation avec vos actes. Et vice versa.
La deuxième attitude est de projeter, sur une personne désignée, ses propres difficultés. Nous pouvons tous, à un moment de notre vie, nous comporter de cette manière !

"C'est la rapidité économique qui fait que nous devenons plus cruels."

La société est-elle coupable de la multiplication de ces nouvelles maltraitances ?

C'est la rapidité économique qui fait que nous devenons plus cruels. Nous arrivons cependant à la fin d'un cycle. Chacun a bien compris qu'il fallait composer avec la mondialisation, tout en vivant mieux ensemble. Voilà pourquoi il serait bon de développer une civilisation de la gentillesse. D'autant plus que la maltraitance invisible mène inéluctablement à la maltraitance physique.

 

Comment savoir que nous sommes victimes de ces maltraitances invisibles ?

Nous sommes tous victimes, mais à partir du moment où il y a une répétition avérée de ces situations, cela devient grave. Il faut alors s'alerter et réfléchir aux mécanismes qui nous ont amenés à devenir victime. Pour, ensuite, prendre la décision qui s'impose. Il peut s'agir de rompre une relation, de quitter un travail... Ce qui n'est jamais simple.


Comment peut-on éviter ces souffrances ?

Premier point : identifiez-les. Ensuite, écoutez les personnes qui souffrent de ces maltraitances. Lisez des ouvrages sur le sujet. Ce n'est pas cela qui manque !
Tout ce travail de prise de conscience est inévitable et demande du temps. Mais il finit par porter ces fruits ! Prenez l'exemple des voisins. Dans les années 50, ils étaient considérés comme suspects. Puis, au fil des années, il y a eu une prise de conscience collective. Et aujourd'hui, il existe même une fête des voisins.


Quels conseils donneriez-vous à nos lectrices afin de lutter contre ces maltraitances ?

Souriez à votre caissière, parlez-lui. Sur la route, restez poli. Faites un signe aux autres automobilistes, si nécessaire, pour vous excuser. Avec vos collègues, créez du lien, tuez le climat de suspicion. Et comprenez bien que les gens n'ont qu'une envie : celle de communiquer !

 

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