La situation des proches d'une victime de manipulation est particulièrement délicate. D'un côté, ils voient la personne s'enfoncer, devenir l'ombre d'elle-même, tout en sachant que c'est à cause de cette personne "difficile" dont elle vous décrit les exactions par le menu. De l'autre, elle défend farouchement son bourreau, lui trouvant toutes sortes d'excuses. Et plus les amis ou la famille essaient de lui faire entendre raison, plus elle s'énerve, quitte à leur en vouloir et à se fâcher avec ces proches qui ne lui veulent pourtant que du bien.
"C'est pourquoi il ne faut pas être trop brusque, estime Christel Petitcollin. Sinon, l'intéressé risque de couper tout contact, ne supportant plus d'entendre critiquer son manipulateur. Cela ne sert à rien d'essayer de lui faire entendre raison contre son gré, cela ne fonctionnera pas." Mieux vaut essayer d'aborder les problèmes de façon plus général. Exemple : "Trouves-tu normal qu'un homme fasse ceci à sa femme, qu'une mère exige cela de son enfant..." Peut-être la victime conviendra-t-elle alors que non, dans l'absolu, ce n'est pas normal.
Plus tard, lorsque la personne a réalisé que l'autre n'est qu'un manipulateur, en phase de guérison, c'est l'attitude inverse qu'il convient d'adopter. "On peut alors employer des mots très durs, il ne faut surtout pas édulcorer, détaille la thérapeute. Il faut encourager la victime dans sa démarche de séparation et insister sur le fait que c'est l'autre qui a un problème, pas elle, et qu'elle n'y peut rien. Même le thérapeute doit user de cette technique presque violente."