Nous ne prétendrons pas résoudre dans ces lignes la grande question de savoir si, oui ou non, le sentiment nommé "instinct maternel" existe vraiment, d'emblée, chez toutes les femmes. Contentons-nous donc d'établir quelques constatations de bon sens.
D'abord, il est un fait que personne ne niera : les femmes portent l'enfant en elles ; à défaut d'avoir un instinct, elles ont forcément un cordon ombilical (vous savez, celui qui sera si dur à couper plus tard, lorsque le petit s'en ira de la maison). Pourtant, il fut une longue époque où les grandes dames mettaient leur orgueil à être assez peu mères, confiant leur bébé à des nourrices, de préférence à la campagne, loin de leur salon élégant.
A la fin du XVIIIe siècle, renversement de situation : Rousseau, dans son Emile, invente le concept de la bonne mère, de l'allaitement et de l'attachement familial. La génitrice attentive devient un idéal.
"T'es pas ma mère", grommelle-t-il, agacé, lorsqu'on lui reboutonne son col avant de sortir. Forcément : la meilleure, c'est maman, la vraie, la sienne, alors qu'on remballe vite notre propre instinct maternel, ou qu'on l'exerce sur notre progéniture à nous (qu'il trouve qu'on néglige un peu, justement).