Dossier
02/10/2006
Elles ont vaincu leur timidité, elles racontent
Claudine, 53 ans : "En m'intéressant aux autres, j'ai surmonté ma timidité" "Petite, j'étais tellement timide que je courais me cacher sous une table ou dans une armoire lorsque le téléphone sonnait. Alors, imaginez, lorsqu'une voisine, un invité, passaient le pas de la porte ! Je pouvais disparaître des heures entières terrée dans l'une de mes cachettes.
Parce que j'étais terrorisée à la seule perspective d'affronter des regards, des questions, des jugements.
En fait, ma vie se décomposait en deux parties distinctes : le monde 'inconnu' où ma pusillanimité frôlait l'autisme et le monde 'connu'" où, au contraire, je m'épanouissais jusqu'au leadership.
J'ai vécu des décennies avec ce handicap assorti de bégaiements, rougeurs intempestives et coups de stress. Seulement voilà, être timide n'empêche pas d'avoir des idées, des opinions ou des envies. Simplement la crainte que celles-ci soient perçues comme inintéressantes bloque toute velléité d'affirmation. Et c'est là le nœud du problème !"
"Lorsque j'ai fait ce constat, aidée en cela par un faisceau de rencontres, importantes ou anodines, j'ai décidé de contourner le problème. J'ai peur du regard des autres ? Et si c'était moi qui les observait ? J'ai peur de ne pas être écoutée ? Et si c'était moi qui leur prêtait une oreille attentive ? Voilà, la solution apparaissait toute simple. En m'intéressant aux autres, je sortais de moi-même sans m'exposer complètement, ce qui m'a permis d'apprivoiser mes craintes, mon anxiété, mes angoisses. J'y suis allée à petits pas. Je me suis intéressée aux voisins, aux collègues, aux amis des voisins et des collègues… Toujours de la même manière : en posant des questions, en mettant en valeur leurs réponses. Je me suis vite rendue compte que cette écoute positive et attentive était perçue par mes interlocuteurs comme une marque de grande intelligence. Et ma réputation s'est alors faite autour de mes capacités d'analyse, de compréhension, de discernement, mes bons conseils et ma sagesse. En contournant les obstacles, en évitant les premières lignes de tir, j'ai tout simplement pu progresser à l'abri du trac et du stress." "Je suis maintenant responsable d'un centre de réunions et de réceptions pour les cadres dirigeants d'une grosse entreprise. Je côtoie des décisionnaires, des politiques… Et, aujourd'hui, je peux dire sans aucune forfanterie que, si j'admire certains d'entre eux pour leur intelligence et leurs qualités, aucun ne m'impressionne. Ma timidité s'est muée en modeste réserve, mes angoisses en curiosités intellectuelles. Un dosage équilibré qui satisfait à la fois celle que je suis et ceux que je fréquente !" Ariane, 28 ans : "Ma timidité me vient de mon éducation" "Ma timidité se manifeste lorsque je suis en présence de personne dite 'de bonne famille', de statut important. Tout un mécanisme se met alors en route et je ne sais que difficilement me sentir à l'aise. J'ai à ce moment-là ma cage thoracique qui s'oppresse et ma respiration devient lente, j'en perds parfois mes mots et je panique car je me sens diminuée... C'est horrible car j'ai l'impression que l'on m'observe davantage et que les personnes ont du mal à me comprendre. Pourtant, bien souvent l'on m'apprécie, car je suis plutôt de bonne humeur et toujours souriante." "A mon sens, je tiens ma timidité de mon éducation. Mon père était un homme sévère et surtout, de part ses connaissances et son statut d'ingénieur civil, il se permettait de faire des réflexions sur un tas des choses. Rien n'était assez bien, mis à part les gens de sa catégorie, le dictionnaire et la science. A ses yeux, je n'étais jamais assez intelligente, assez courageuse. Sa phrase de prédilection était : 'Moi, à ton âge...'. C'est un handicap au quotidien car, dans de pareilles circonstances, j'ai toujours l'impression de ne pas maîtriser la situation. Je gaspille beaucoup d'énergie pour rien et, une fois rentrée à la maison, je suis épuisée et énervée. Mais mes proches n'en savent rien. C'est à croire que personne ne remarque cette angoisse... J'apprends à surmonter ma timidité jour après jour, grâce aux enfants ! Pour eux, je fais des efforts considérables et j'essaie au mieux d'y faire face. Mon conseil pour surmonter sa timidité ? Il faut croire en soi."
Pauline, 18 ans : "Commencez par des petits exploits personnels" "Je suis assez timide et calme de nature, mais lorsque que je connais bien les personnes, je peux leur parler pendant des heures. Je suis très vite anxieuse avant une rencontre, un coup de téléphone... Ma timidité se manifeste par des bafouillements, mon coeur bat plus fort, mes mains sont moites, je dois rougir aussi je pense. J'en ai souffert quand j'étais collège, en étant rejetée par les autres élèves. Aujourd'hui, cela va beaucoup mieux : je suis arrivée dans un lycée que je ne connaissais pas, et il a fallu que je m'adapte. Comme j'étais dans une filière d'études sociales, j'ai été obligée de m'ouvrir aux autres pour leur parler, à l'occasion des stages, etc." "Pour surmonter sa timidité au quotidien, je pense que l'on peut essayer de faire des petites prouesses personnelles, en essayant de discuter avec les gens auxquels on n'a pas l'habitude de parler. Il ne faut pas avoir peur d'aller vers les autres, notamment par des voyages organisés, lors de réunions. Commencez par des petits "exploits" personnels, qui peuvent être notés à chaque fois pour mieux les évaluer : oser parler à la boulangère, au marché, les coups de téléphone où l'on a pas bafouillé... Essayez un sport où l'on peut rencontrer d'autres personnes, sans compétition (musculation, yoga...)". Dossier réalisé par Claire Sassonia
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