Dossier
02/10/2006
Charly Cungi : "Timides, reprenez le contrôle de vos émotions"
Qu'est-ce que la timidité ? Charly Cungi La timidité est à la fois un malaise intérieur (peur du regard de l'autre) et un comportement. Elle se manifeste par des réactions physiques (rougissement, tremblements, transpiration...) avec une sensation de blocage qui entraîne un comportement de retrait, d'échappement, d'évitement. Un timide n'ose pas : il n'ose pas dire non, il n'ose pas donner son avis, il n'ose pas déranger... Par exemple, il trouvera un prétexte pour refuser une invitation. Peut-on aller jusqu'à parler de pathologie ? La timidité n'est pas une pathologie, c'est un phénomène naturel qui s'atténue au fil du temps. Lorsque la crainte du jugement des autres est trop importante et ne diminue pas en grandissant, on parle de phobie sociale. La personne est alors en proie à une véritable tempête intérieure. Et contrairement à la timidité, l'exposition aux situations déclenchantes ne permet pas une résolution du problème, mais au contraire, elle l'aggrave. Dans ce cas, la psychothérapie est nécessaire.
D'où vient la timidité ? La timidité provient de la peur du regard et du jugement de l'autre, la crainte du ridicule alliée à une recherche de performance. La peur de déranger ou encore de peiner alimentent la timidité. On apprend à être timide comme on apprend à marcher, à parler ou à écrire en famille, à l'école, dans les loisirs . La timidité est liée à l'éducation familiale et sociale, à ce que nous apprenons avec nos parents, les enseignants et plus généralement avec les autres de "ce qui se fait ou ne se fait pas". Est-ce normal d'être timide ? Bien sûr. Au contraire, n'avoir jamais ressenti de timidité serait anormal. Car la timidité correspond à l'anxiété naturelle de tout être humain face au danger. C'est l'une des manifestations de la conscience de l'existence de l'autre. Quelqu'un qui n'a jamais été timide, c'est quelqu'un qui n'accorde aucune importance au jugement des autres. Un mégalomane en somme. La timidité est-elle la même pour tous ? Non, il existe autant de timidités qu'il existe de timides. Une personne super entraînée à parler en public n'éprouvera aucune difficulté à faire un discours devant une assemblée. En revanche, si vous allez la voir en privé à la fin de la présentation en lui adressant votre plus beau sourire, il se peut qu'elle rougisse comme une pivoine. De même, un enseignant peut très bien se montrer très à l'aise en classe alors qu'il est timide face à un parent d'élève. Hommes et femmes sont-ils égaux face à la timidité ? De plus en plus, mais ce n'était pas le cas autrefois. Jusqu'au milieu du XXe siècle, il était bien vu pour une femme d'être timide, modeste et soumise à son mari. Dans les familles, le garçon était toujours mis au premier plan. Les femmes étaient donc beaucoup plus timides que les hommes. Heureusement, ces différences culturelles ont tendance à s'atténuer. Il en reste encore quelques reliquats, mais cela concerne moins les jeunes générations.
Avez-vous des conseils pour surmonter sa timidité au quotidien ? Tout d'abord, il est intéressant d'apprendre à se relaxer rapidement grâce à la respiration afin reprendre le contrôle de ses émotions, il vaut mieux faire "une crise de calme" plutôt qu'une crise d‘angoisse ! D'excellentes méthodes existent pour cela. Quand je suis capable d'être plus calme, il devient plus facile d'évaluer les avantages de s'affirmer plutôt que ne pas le faire. Je vais alors facilement me rendre compte que d'éviter de dire ce que je pense ou d'éviter d'affronter une situation est comme de vivre à crédit. A court terme cela soulage ou fait du bien, à long terme je paye beaucoup plus cher. Il ne reste plus alors qu'à oser, plutôt avec les méthodes d'affirmation de soi. Par exemple si je dois dire non, autant le faire directement et précisément en évitant de me justifier ou de dériver… Quelles sont les thérapies les plus efficaces ? Pour la timidité, je conseille les méthodes de développement personnel c'est-à-dire les entraînements à l'affirmation de soi. Ce sont des thérapies cognitives et comportementales beaucoup employées aux Etats-Unis ou au Canada. Le patient suit un programme individuel ou en groupe pour apprendre à lutter contre ses inhibitions et développer ses compétences sociales : savoir établir une relation, être à l'aise avec les autres. Et pour la phobie sociale ? Dans ce cas, il s'agit de relativiser l'importance du regard des autres sur soi. C'est le sentiment de valeur personnelle qui'il faut traiter. La psychothérapie classique ou la thérapie cognitive est recommandée.
Dossier réalisé par Claire Sassonia
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