Psycho
07/12/2004
La recette du business Bridget
Elle a quelques kilos en trop, se gave de séries télé, ne sait pas résister aux hommes cyniques ni au bon vin, sans parler des cigarettes et des orgies de shopping. Son brushing a l'air d'avoir été fait sous un réacteur supersonique. Sa carrière connaît des hauts et des bas, de même que son compte en banque et son moral. Sans parler de son impressionnante tendance à la procrastination. Et pourtant, cette Anglaise-là a conquis toute une génération. Quel est donc son secret ? Première piste : l'intuition foudroyante d'Helen Fielding, l'auteur, à propos de celles qu'on n'appelait pas encore les "célibattantes". Une des premières, elle perçoit, dans les années 1990, que la célibataire qui s'assume est en train de devenir un phénomène de société. Et qu'il leur manque une littérature dans laquelle se retrouver. Elle invente Bridget, son double, à qui elle donne les mêmes affres que les trentenaires qui n'ont plus besoin des hommes pour exister, mais de tendresse, si. Bien vu : toutes s'identifient à cette fille imparfaite et donc touchante. Tant et si bien, d'ailleurs, que l'héroïne fait des petits. Les livres humoristico-romantiques racontant la vie des jeunes urbaines plus ou moins branchées se multiplient, répétant la recette magique : une touche de branchitude, un joli méchant, une bande de copains fidèles et un vrai prince charmant qui se découvre à la fin. Les magazines féminins adorent, et l'édition chouchoute ce filon juteux, au point de lui consacrer des collections spéciales comme "Red Dress Ink" chez Harlequin ou "Comédie" chez J'ai Lu (lire à ce sujet l'interview de Carine Fannius). D'où une seconde hypothèse : et si le succès de Bridget Jones était aussi dû à un beau coup de pub de la part des éditeurs et des producteurs ? Le premier livre et surtout le film qui a suivi ont rapporté à eux deux 200 millions de dollars. Grâce à l'engouement des lectrices et des spectactrices, certes. Mais aussi à un plan marketing calculé. En effet, le Journal de Bridget Jones a rencontré son succès phénoménal, non à sa première parution, mais lors de sa réédition (anglaise) en livre de poche. Les éditeurs français ont retenu la leçon : pour la version poche, J'ai Lu et Le livre de poche sont sur les rangs. C'est le premier qui raflera la mise avec, s'il faut en croire le magazine L'Express, une mise à prix à 750 000 francs - confortablement remboursés depuis. Quant à la production du film, elle est assurée par Working Title, société à qui l'on doit notamment Quatre mariages et un enterrement et Coup de foudre à Notting Hill. Tous les ingrédients d'une comédie romantique à succès sont donc réunis, y compris des acteurs adulés prêts à donner de leur personne. Renée Zellweger, d'abord, dont on ne cesse de commenter les quinze kilos pris, perdus, puis repris et reperdus à l'occasion des deux tournages où cette Californienne s'est glissée dans la peau d'une Anglaise. Une prestation sans faille qui vaut son pesant de Bridget. Hugh Grant ensuite, qu'on ne présente plus, parfait dans le rôle du patron toxique mais charmant.Colin Firth enfin, acteur bien réel sur lequel fantasme Bridget dans le premier roman, qui incarne à l'écran son prince charmant. Le tout filmé, dans le premier opus, par une amie de l'auteur, Sharon Maguire, qui a elle-même servi de modèle pour le personnage de Sharon... dans le livre. A ce stade, peut-on encore de fiction ? Une seule chose est sûre, le succès lui est bien réel...
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