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Interview

"Les femmes sont plutôt heureuses dans le don, le partage"

Christophe André est psychiatre à l'hôpital Saint Anne. Dans son livre "Vivre heureux, la psychologie du bonheur", il apprend à savourer les petits bonheurs quotidiens mais aussi à cultiver les grands bonheurs d'une vie. Rencontre avec un homme heureux !

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EN SAVOIR PLUS

Pourquoi avoir écrit ce livre ? Quel est son objectif ?
Christophe André J'ai d'abord écrit ce livre parce que c'est un sujet qui m'intéresse. En écrivant, j'ai progressé sur le sujet. Et puis c'était bien sûr aussi pour mes patients, par rapport à mon activité de psychothérapeute. Actuellement en psychologie, nous sommes très attentifs à la notion de "santé active". Autrement dit : est-ce qu'il y a des stratégies psychologiques qui peuvent permettre de rester en bonne santé, de ne pas rechuter ? L'idée c'est que, en aidant les gens à construire davantage de bonheur dans la vie quotidienne, on les protège davantage de leur rechute.

Quelles sont les petites actions quotidiennes que vous conseilleriez pour aller vers le bonheur ?
Pour faire simple, on peut donner trois conseils. D'abord, c'est de s'occuper de son bonheur, de le construire soi-même. Il faut réfléchir à son propre bonheur, savoir ce qui nous rend plus heureux et s'y employer... Ensuite, éviter de penser "grand bonheur". Si l'on compare la recherche du bonheur à celle de l'or, on trouve plus souvent des paillettes que des pépites ! Enfin, il faut essayer d'être heureux quand tout va bien. Le bonheur est fait de petits instants, ne les gaspillons pas... Et si on a des problèmes, pas la peine de chercher à être heureux, il vaut mieux résoudre ses problèmes et se bagarrer... Les gens ont tendance à rajouter des ennuis à leurs problèmes, en se lamentant, en ruminant. Nous travaillons beaucoup là-dessus avec nos patients : il faut faire face à ses soucis et à ses tracas sans en rajouter.

Justement, pour être heureux, ne faut-il pas commencer par être optimiste ?
Bien sûr, l'optimisme est une composante importante. Mais il faut surtout bien comprendre que le bonheur est un travail de construction. Développer son optimisme est important, mais ce n'est pas toujours par là que l'on commence car les gens ont souvent du mal à abandonner leur système de pensée. On commence donc par conseiller de rester dans le présent : ne pas fuir dans le passé en ruminant et regrettant des choses. Et ne pas se projeter dans l'avenir en pensant aux soucis qui vous attendent.

Vous parlez de différents profils de bonheur (de satisfaction, d'action...). D'où viennent-ils ? Quel est le but de cette classification ?
Ceci vient de nombreuses études et enquêtes réalisées sur le sujet. Chaque individu a tendance à privilégier un type de bonheur avec lequel il a ses habitudes et se sent à l'aise. On apprend à nos patients à essayer de diversifier les sources de bonheur. Le but de cette classification n'est pas d'établir une supériorité d'un bonheur sur un autre, c'est de varier les voies d'accès au bonheur : action, partage... L'idée est davantage de diversifier que de hiérarchiser.

Pensez-vous que les femmes sont plus ou moins heureuses que les hommes ?
Les femmes ont apparemment des facilités d'accès au bonheur par des voies différentes de celles des hommes. Par exemple, elles sont plus facilement heureuses dans le partage alors que les hommes sont plus heureux dans l'action. Autrement dit, elles sont plus facilement heureuses par le biais de l'altruisme ou du don, alors que les hommes sont plus classiquement heureux quand on s'occupe d'eux, quand ils reçoivent.

Pensez-vous que, dans une même situation, le bonheur vécu par une femme est différent de celui d'un homme ?
C'est une question difficile. Je pense qu'il peut y avoir autant de différence de bonheur entre un homme et une femme qu'entre deux femmes ou deux hommes...

En quoi les parents contribuent-ils au bonheur de leurs enfants ? Ont-ils une part de responsabilité ?
Oui, ils ont une part de responsabilité pour l'aptitude au bonheur, qui est très importante mais pas décisive. Le meilleur moyen d'augmenter les aptitudes de ses enfants, c'est de ne pas leur donner des leçons de bonheur, mais de leur montrer l'exemple. Le bonheur s'apprend davantage en observant des modèles qu'en écoutant des enseignements.

Diriez-vous que nous sommes plutôt plus heureux ou plus malheureux qu'avant ?
Il y a des études qui ont montré que depuis les années 50, le niveau moyen de bonheur n'a pas augmenté, malgré l'enrichissement général. Donc, il n'y apparemment pas eu de modifications importantes. Mais ce sont souvent des tendances que l'on a du mal à voir sans un certain recul.

La quête du bonheur est-elle une nouveauté ?
Non, c'est quelque chose d'éternel. Dès l'Antiquité, on écrivait des traités sur le bonheur. Ce qui est nouveau, c'est sa démocratisation. Avant, seuls les aristocrates pouvaient se payer le luxe de chercher le bonheur car il avaient du temps pour ça. Le peuple, lui, trimait et cherchait à survivre. Sa démocratisation a commencé aux alentours du 18ème siècle et s'amplifie depuis les années 60 avec le droit au bien-être et à la santé. Et on intègre le bonheur comme un des facteurs de bien-être global.

Le bonheur permet-il de vivre plus vieux ?
Et oui ! Ceci intéresse beaucoup les médecins. Car, de la même façon qu'il existe des facteurs de risque, le bonheur, le bien-être et les émotions positives seraient plutôt un facteur protecteur.

Votre définition du bonheur ?
Moi, j'ai une définition technique.. Le bonheur c'est la conscience du bien-être. C'est d'avoir conscience des instants de bien-être. Une balade en forêt, une discussion au soleil... C'est savoir s'arrêter d'agir et se dire "C'est tout de même sympa ce que je suis en train de vivre !"

Et vous êtes-vous heureux ?
J'essaie... Je m'y applique en tout cas ! Mais, ça me gêne un peu de dire "être heureux", car le bonheur n'est pas un état stable : on essaye d'être heureux le plus souvent et le plus longtemps possible...


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