Chutes de cheveux : causes et solutions "Les femmes perdent presque autant leurs cheveux que les hommes"

Le Dr Bouhanna est dermatologue et chirurgien du cuir chevelu à Paris, et attaché de consultation à l'hôpital Saint Louis. Spécialiste des microgreffes de cheveux, il est entre autres l'auteur de "Soigner et préserver ses cheveux", aux éditions Alpen.

Est-ce normal de perdre des cheveux ou d'en retrouver sur ses vêtements ? 

Dr Bouhanna : Oui, de la même façon que les animaux perdent leurs poils, il est normal de perdre ses cheveux. On perd en moyenne 50 cheveux par jour. Bien sûr, tout dépend de la nature de votre chevelure. Si vous avez toujours eu très peu de cheveux sur la tête, vous ne devez pas en perdre beaucoup. En revanche, plus votre chevelure est dense, plus il est normal de perdre une grande quantité de cheveux.

Pourquoi dit-on que les cheveux tombent davantage à l'automne ?

A l'automne, mais également au printemps, nous sommes soumis à des variations hormonales qui rendent nos cheveux plus réceptifs à certaines hormones. Cela entraîne une accélération du rythme de renouvellement des cheveux qui tombent alors en plus grande quantité.

Le stress fait-il tomber les cheveux ?

Le stress est indéniablement un facteur déclenchant des chutes de cheveux. D'ailleurs les facteurs psychologiques sont globalement impliqués. La preuve avec la pelade qui survient souvent après un choc psychologique. Elle se caractérise par une chute de cheveux très localisée et est responsable de l'apparition d'une zone lisse totalement dépourvue de cheveux.

Quelles sont les autres facteurs qui favorisent les chutes de cheveux ?

Il en existe une multitude d'autres, par exemple la fièvre, les infections ORL, la grippe, les anesthésies… En outre, les variations hormonales sont souvent en cause. La grossesse est une période positive et protectrice pour la chevelure mais après l'accouchement, le taux d'hormones féminines chute, stoppant la phase de croissance des cheveux et entraînant de fortes chutes de cheveux. De la même façon, les cheveux deviennent plus fins et plus fragiles à partir de la ménopause. Je déconseille d'ailleurs l'utilisation des bigoudis qui ont tendance à tirer sur les cheveux.

Les lotions et shampoings anti-chutes sont-ils efficaces ?

Tout dépend de la sévérité de la chute. Pour une chute de cheveux faible ou moyenne, certaines lotions peuvent être conseillées et sont efficaces. En revanche, lorsque le dégarnissement est réellement important, il faut consulter un dermatologue et se tourner vers un traitement médicamenteux. Les lotions à base de minoxidil® 2 % pour les femmes, et 5 % pour les hommes sont efficaces. Si ce n'est pas suffisant, les hommes peuvent être traités par médicaments à base de finasteride® sous forme de comprimés, et les femmes peuvent bénéficier d'un traitement par pilule contraceptive ou d'un traitement hormonal substitutif selon leur âge.

Depuis l'antiquité, les femmes ont toujours su, mieux que les hommes, masquer leurs dégarnissements.

A quoi est due la calvitie ?

La calvitie ou alopécie androgénétique est une raréfaction de la chevelure. Elle est localisée au front chez l'homme et plus diffuse chez la femme. Contrairement aux chutes saisonnières qui sont brutales, ces alopécies sont progressives. Les causes sont à la fois héréditaires et hormonales. Ainsi, certains cheveux étant anormalement sensibles aux hormones mâles, ils se renouvellent de plus en plus rapidement et les phases de chutes s'accélèrent. On parle plus souvent des alopécies masculines.

Qu'en est-il des alopécies féminines ?

Les femmes comme les hommes ont des hormones mâles et c'est d'ailleurs complètement normal. Et en raison de facteurs génétiques, les cheveux de certaines femmes sont également particulièrement sensibles à ces hormones. Elles peuvent donc elles aussi perdre progressivement leurs cheveux. C'est loin d'être rare, elles sont presque aussi nombreuses que les hommes.

Mais pourtant on ne voit pas de femmes dégarnies…

D'une part, les pertes de cheveux sont plus diffuses chez la femme que chez l'homme. D'autre part, depuis l'antiquité, les femmes ont toujours su, mieux que les hommes, masquer leurs dégarnissements. Aujourd'hui, on pense même qu'il y a une accentuation du nombre d'alopécies chez les femmes du fait qu'elles sont plus fréquemment coiffées avec des coupes courtes, et qu'elles ont donc plus de difficultés à cacher ces chutes. On pense également que le stress pourrait expliquer cette augmentation chez les femmes.

Que faire si on constate un dégarnissement de sa chevelure ?

Il faut consulter le dermatologue qui est le spécialiste du cheveu. Des médicaments sont efficaces pour ralentir l'évolution de l'alopécie. Lorsque l'alopécie est modérée et qu'il ne semble pas y avoir de cause héréditaire (il n'y a pas de grands chauves dans la famille), ces médicaments sont généralement suffisants. Par contre, aucun d'entre eux ne peut stopper complètement les chutes de cheveux.

Mais si le dégarnissement est plus important, ou qu'on le vit mal psychologiquement ?

Effectivement le problème du dégarnissement en lui-même s'ajoute à la chute de cheveux, et pourra être vécu différemment selon les personnes. Lorsque la personne souffre trop de la perte de cheveux, on peut lui proposer une transplantation capillaire sous forme de micro-greffe.

En quoi consistent ces micro-greffes ?

On réalise une intervention chirurgicale sous anesthésie locale et qui dure 2 à 3 heures. On déplace des cheveux implantés à l'arrière du cuir chevelu pour les greffer à l'avant. En effet, les cheveux de derrière ne sont pas soumis aux hormones et sont donc épargnés pas le phénomène de calvitie. Autrement dit, les cheveux greffés à l'avant du crâne vont persister et se renouveler normalement pendant toute la vie de l'individu opéré.

Propos recueillis par Anne Xaillé en janvier 2007.

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