Acné : quand l'entourage minimise, les ados trinquent Traiter l'acné : les conseils de Pierre Wolkenstein, dermatologue

Le Pr Pierre Wolkenstein est dermatologue à l'hôpital Henri Mondor (94) et Professeur de dermatologie à l'université Paris Est-Créteil. Selon lui, avoir de l'acné est loin d'être une fatalité. Non seulement il existe des traitements efficaces mais surtout il ne faut pas relativiser le mal-être des adolescents.

Près de 40 % des personnes souffrant d'acné ne suivent pas de traitement. Comment expliquer cette faible prise en charge ?

Pr Wolkenstein : Il y a encore beaucoup d'ignorance et d'idées reçues autour de l'acné, y compris chez les parents. Les personnes manquent d'informations. Soit elles pensent qu'il n'existe pas de traitements, soit elles sont résignées. Elles pensent que l'acné va disparaître avec le temps...

Par ailleurs, les gens s'imaginent que l'on manque de dermatologues en France. Ce n'est pas vrai : la démographie médicale est très favorable aux dermatologues et il n'y a aucune difficulté à obtenir un rendez-vous.

Enfin, il y a encore beaucoup d'ignorance vis-à-vis des traitements et en particulier de l'isotrétinoine [Roaccutane® et génériques, NDLR]. Il a la réputation d'être un traitement dangereux. En réalité, sa balance bénéfice / risque penche clairement en faveur des bénéfices.

Les craintes vis-à-vis de ces traitements ne sont plus justifiées ?

Non, nous connaissons les risques et ils sont parfaitement maitrisés. D'abord, ce médicament est réservé aux acnés sévères. Ensuite, en cas de prescriptions les patients sont très suivis et la prescription est cadrée. En ce qui concerne le risque de malformations en cas de grossesse (effet tératogène), la patiente doit prendre un contraceptif (un mois avant, pendant et un mois après) et effectuer un test de grossesse sanguin tous les mois. On a accusé aussi l'isotrétinoine de provoquer des dépressions. En fait, ce risque est extrêmement faible et quoi qu'il en soit, nous suivons les patients tous les mois. Par ailleurs, en cas de dépression déjà diagnostiquée, on sait que le traitement améliore l'état du patient. Je rappelle par ailleurs que ce traitement est relativement court (entre 3 et 6 mois).

Faites-vous le même constat chez les filles et les garçons ?

Non, il existe une grande disparité de prise en charge en fonction du sexe. Même si la souffrance engendrée par l'acné et les conséquences sur la qualité de vie sont identiques chez les garçons et les filles, ces dernières sont mieux prises en charge parce qu'elles sont dans l'action. Au contraire, les garçons sont généralement plus résignés vis-à-vis des traitements. Culturellement, ils sont plus timides pour s'exprimer sur leur peau ou pour en prendre en soin. C'est vécu comme quelque chose de dévalorisant. Chez les filles, c'est tout le contraire : la peau est très investie, c'est un organe à part entière et elles ont envie de trouver des solutions.

Comment se fait-il que les parents minimisent l'acné de leur enfant ?

On est dans une société qui tolère mal le risque et en particulier les effets secondaires des médicaments. De plus les parents sont en recherche de traitements rapides, voire magiques alors que la prise en charge de l'acné demande du temps. Par ailleurs, l'acné est souvent perçue comme une pathologie bénigne, sans risque pour la santé. J'entends souvent "ça va passer"... En réalité, l'acné a non seulement des conséquences physiques, (l'acné sévère pouvant provoquer des cicatrices terribles), mais également des répercussions psychologiques parfois graves et pouvant mener au suicide.

Comment évaluer un mal-être psychologique chez son enfant ?

Il faut savoir que 15 % des patients acnéiques souffrent de symptômes dépressifs. Il faut donc être vigilant à toute manifestation inhabituelle dans le quotidien : des résultats scolaires qui chutent, une hypersomnie ou au contraire des insomnies, etc. De même, il faut s'inquiéter si l'adolescent se renferme sur lui-même, s'il sort moins avec ses amis ou qu'il change de groupe. En fait, tout changement de comportement peut être un signe.

Il n'est pas évident d'aborder le sujet avec son adolescent, de trouver les bons mots... Que conseillez-vous aux parents ?

Le plus important, c'est de ne pas perdre le lien. D'autant que l'adolescent s'exprime rarement. Il faut donc trouver un juste milieu entre des paroles trop raides qui peuvent être sujet de rejet et au contraire une attitude qui minimiserait la réalité des choses. Il ne faut pas éviter le sujet et être franc, neutre et concret. Par exemple en disant "est-ce que tes boutons t'inquiètent ?" ou encore "j'ai l'impression que tu souffres à cause de tes boutons". Et cela même si l'adolescent n'a que 2 ou 3 boutons car il peut en souffrir terriblement. Les répercutions psychologiques ne sont pas proportionnelles à la gravité de l'acné. Enfin, il faut vraiment arrêter avec les idées reçues du type "s'il a des boutons c'est parce qu'il est sale". N'accusons pas nos ados de tous ses maux ! 

Sommaire