Idées reçues sur le psoriasis : ni contagieux, ni psychologique

Cette maladie de peau est l'objet de nombreuses idées reçues, tant du côté des malades que de l'entourage familial et professionnel. Voici 5 choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le psoriasis.

Idées reçues sur le psoriasis : ni contagieux, ni psychologique
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A l'occasion de la 12e Journée mondiale d'information, ce 29 octobre, nous avons interrogé le docteur Jean-Michel Amici, dermatologue à Cenon (Gironde).

Pas UN mais DES psoriasis. Le psoriasis est une maladie chronique inflammatoire de la peau, qui touche 5 personnes sur 100 en France. Identifiable par ses plaques rouges couvertes de squames (cellules mortes en excès), le psoriasis peut prendre différentes formes, selon les zones de la peau qui en sont affectées et la sévérité des lésions. Habituellement, le psoriasis apparaît sur les genoux, les coudes et le cuir chevelu. Mais il peut parfois être plus étendu ou au contraire cibler uniquement certaines zones de la peau, par exemple la surface des ongles. "Cette forme est très facilement identifiable car l'ongle prend un aspect en dé à coudre, c'est à dire que sa surface se couvre de petits puits, qui la rendent irrégulière au toucher, décrit le Dr Amici. Dans d’autres formes, plus rares, les lésions apparaissent au niveau des zones de frottement, comme les plis de l’aine, les creux axillaires (sous les bras), sous-mammaires (sous le sein), mais aussi sur les organes génitaux. Enfin, les formes les plus sévères sont très souvent associées à des rhumatismes. D'une manière générale, le diagnostic du psoriasis ne présente pas de difficulté. Le plus souvent, un examen clinique suffit. En cas de doute, le médecin peut demander une biopsie pour confirmer", précise le dermatologue.

Le psoriasis n’est pas psychosomatique. Le psoriasis peut toucher tout le monde, homme ou femme, quel que soit l'âge. Le caractère souvent familial du psoriasis (mais non systématique) fait supposer qu’il existe une prédisposition génétique, mais l’environnement favorise également son apparition. Ainsi, parmi les facteurs favorisants les plus connus, on trouve le stress. Mais peut-on pour autant parler de maladie psychosomatique ? "Le stress est un catalyseur du psoriasis, mais ce n'est pas une cause directe, explique Jean-Michel Amici. Seule la combinaison d'un facteur génétique, associé à un contexte psycho affectif difficile à vivre va pouvoir révéler le psoriasis, mais il ne s'agit pas d'une maladie psychosomatique."

Le psoriasis ne se guérit pas mais il se soigne ! Une fois, le diagnostic posé, viennent les traitements. Des traitements parfois contraignants et pas toujours efficaces, du point de vue des patients. Ainsi, selon l’enquête France Psoriasis/Ipsos "Regards croisés sur le psoriasis" (septembre 2015) plus d'un patient sur deux considère que son traitement actuel n'est pas efficace et pour 8 patients sur 10, cette maladie est vécue comme incurable, malgré les nouveaux traitements disponibles. "Le psoriasis a la réputation d'être une pathologie incurable, alors que c'est complètement faux, déplore Jean-Michel Amici. Il est vrai qu'il s'agit d'une pathologie qui doit être prise en charge à vie, mais comme toute pathologie chronique, telle que l'hypertension ou le diabète ! Et tout le problème, même si la situation s’améliore peu à peu, c'est que certains patients prennent mal leur traitement, voire y renoncent complètement." Car ce qu’il faut comprendre, c’est que même si les traitements permettent d'éteindre n'importe quelle poussée et d'offrir des périodes de rémission complète, il existe toujours un risque de récidive. Pour l'heure, on ne dispose pas de thérapie génique qui permette de s'attaquer aux gènes défectueux, il faut donc s'astreindre à suivre un traitement préventif sur le long cours. C’est la seule solution pour éviter les poussées.

Le psoriasis impacte la qualité de vie. Le psoriasis est une maladie fréquente et la plupart du temps bénigne. Il n’en demeure pas moins, qu’il s’agit d’une pathologie douloureuse, avec un important retentissement psychologique. Le psoriasis isole en effet les patients en raison de son aspect parfois disgracieux. Selon un sondage Ipsos LEO Pharma (octobre 2015), il pousse d'ailleurs 30% des malades au repli sur soi. "Certaines formes de psoriasis, apparemment peu sévères, peuvent pourtant avoir d'importantes répercussions sur la qualité de vie", confirme le Dr Amici. Une souffrance morale qui s'immisce dans la sphère privée (intimité, vie de couple, etc.) mais aussi dans la sphère professionnelle, puisque selon cette même enquête, un patient sur deux a dû expliquer son psoriasis à ses collègues pour les rassurer, ou pour éviter une attitude de rejet.

"Cette gêne sociale peut être évaluée par un questionnaire patient, qui apporte un outil supplémentaire pour proposer des prises en charge adaptées", souligne le Dr Amici.  Par exemple, le dermatologue évoque ces patients dont le psoriasis n’est pas forcément sévère mais qui mènent une activité professionnelle où l’image et l’apparence doivent être irréprochables. "Certains patients ne peuvent pas se permettre de présenter des cols et des vestes blanchies par des pellicules blanches… C’est pourquoi, selon les cas, le traitement peut ainsi être prescrit au trimestre, au mois, voire à la semaine." Toutefois, cette adaptation du traitement est conditionnée à un dialogue de qualité entre le médecin et son patient. Il faut que le premier prenne le temps d'écouter et que le second ose confier son mal-être en consultation. "Souvent il y a des non-dits liés à une absence de dialogue. Mais quand on prend le temps d’écouter les patients, c'est extraordinaire de les entendre ! Image corporelle, intimité au sein du couple, difficultés professionnelles... Ils parlent de tout, sans tabou."

Le psoriasis n'est pas contagieux. Aujourd’hui, 15% seulement des français savent ce qu’est réellement le psoriasis. La moitié pense par exemple, et à tort, que le psoriasis est une mycose. Une méconnaissance qui donne lieu à des comportements de rejet vis-à-vis des patients. Ainsi, par dégoût et ignorance, 29% des français se montrent réticents à serrer la main d'une personne atteinte de psoriasis. On le répète, donc, le psoriasis n'est pas contagieux !

Pour vous informer sur la prise en charge et les traitements : consultez le site grand public de la Société Française de dermatologie, dermato-info.fr

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