Acné : quoi de neuf dans les traitements ?

L’acné, qui touche plus de 80 % des adolescents, a un fort un impact sur la qualité de vie. Mais nombre d'entre eux sont mal, voire pas du tout pris en charge. Qui doit être traité ? Quels sont les risques liés aux traitements ? La Haute autorité de santé fait le point.

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L’acné, cette pathologie dermatologique presque inévitable, touche les adolescents à une période de la vie où l’image du corps est souvent mise à mal. Aussi, l’apparition des boutons, généralement localisés sur le visage et dans le haut du dos, est le plus souvent mal vécue. "L’acné est emblématique de la souffrance psychologique que peut engendrer une maladie de peau, confirme le Pr Olivier Chosidow, dermatologue. Les adolescents peuvent garder des cicatrices indélébiles, avec des conséquences sur l’image de soi et la vie sociale." Des cicatrices qui sont souvent la conséquence d'une absence de prise en charge : certains ados, parfois influencés par un entourage familial qui minimise, ne consultent aucun médecin. Pour d'autres, c'est l'observance du traitement qui pose problème. Ainsi, un adolescent sur deux ne suit pas correctement son traitement. Alors, afin d’améliorer la prise en charge de ces adolescents, la Haute autorité de santé (HAS) publie des recommandations de bonne pratique afin d’informer les professionnels, comme le grand public. L’occasion aussi, de faire le point sur les récentes controverses et inquiétudes liées aux traitements contre l’acné.

Acné sévère et/ou mal-être psychologique : on traite !

L’acné doit être prise en charge dans deux situations : lorsqu’elle prend une forme sévère et/ou qu’il existe un risque de cicatrices. Mais aussi, quand il s’ajoute un retentissement psychologique et social sur la personne ou que la qualité de vie et le bien-être sont affectés. Et ce, quel que soit le nombre de boutons. En outre, en plus d’adapter le traitement à la sévérité de l’acné, tout l’enjeu est de le faire accepter par le patient. En effet, aucun traitement n’est efficace immédiatement. Il faut donc mettre en place "un contrat de confiance entre le patient et son médecin", commente le Pr Bernard Guillot, dermatologue. En d’autres termes, l’éducation aux gestes d’hygiène, la compréhension des traitements et de leurs effets secondaires, ou encore le fait de consulter régulièrement, sont des éléments indispensables à une bonne prise en charge.

Isotrétinoïne (Roaccutane et génériques) : pour qui ?

Les traitements locaux, sous forme de crèmes ou de gels (peroxyde de benzoyle et rétinoïdes) sont à privilégier en cas d'acné légère à moyenne. En fonction, des effets observés au bout de trois mois, un antibiotique peut toutefois être associé en complément. L’isotrétinoïne (Roaccutane® et génériques) est quant à elle réservée aux acnés sévères et très sévères et avec un risque cicatriciel important. Et sous condition d’un suivi encadré du patient.

Risques de suicide et de malformations en cas de grossesse : mieux informer

Si le rapport bénéfice/risque de l’isotrétinoïne penche clairement en faveur de ses bénéfices, il existe néanmoins des effets secondaires potentiellement graves. Le premier, et c’est celui qui inquiète le plus les parents, c’est le risque de dépression, voire de suicide. En réalité, il est compliqué de savoir si c’est l’acné en elle-même ou le traitement qui induit ce risque, explique le Pr Guillot. Il est de plus extrêmement faible et non démontré en population générale. Néanmoins, il n’est pas nul non plus, donc "tout doit être mis en place pour le minimiser au niveau individuel", résume le dermatologue. Pour ce faire, le patient doit communiquer à son médecin –avant le début du traitement- tous ses éventuels antécédents personnels et familiaux de troubles psychologiques. En outre, les ados et leurs parents doivent être correctement informés des risques au moment de la prescription afin de rester vigilants tout au long du traitement (3 à 6 mois). Des consultations doivent de plus être calées chaque mois. L’autre problème, bien plus minimisé par les ados et leurs proches, selon Marie-Aleth Richard, la Présidente de la Société Française de Dermatologie, c’est le risque de grossesse sous isotrétinoïne. Il existe en effet un risque de malformation si jamais une jeune fille tombe enceinte pendant son traitement. Là aussi, ce risque est maîtrisé : elle doit prendre un contraceptif (un mois avant, pendant et un mois après) et effectuer un test de grossesse sanguin tous les mois. Mais en réalité, "ces précautions ne sont pas toujours prises et malheureusement on a encore des grossesses sous isotrétinoïne, déplore-t-elle. L’objectif, c’est de ne plus en avoir du tout !"

Les pilules contraceptives, de moins en moins une solution contre l’acné

Il y a quelques années, prescrire la pilule pour diminuer l’acné était une pratique courante, y compris chez les femmes très jeunes. Mais à la suite de la polémique autour des pilules de 3e génération, associées à un risque de thrombose veineuse plus élevé, les pratiques ont évolué. Aussi, la HAS recommande désormais aux médecins de ne proposer une pilule uniquement en cas de besoin contraceptif et de privilégier en priorité celles de 2e génération (lévonorgestrel). En ce qui concerne l’anti-acnéique et contraceptif Diane 35® (et ses génériques), qui avait été provisoirement suspendu en raison d’une sur-risque de thrombose, il doit être proposé en dernier recours, donc uniquement si l’acné persiste malgré le traitement dermatologique, et en tenant compte des antécédents cardio-vasculaire de la jeune femme.

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