Cabines UV : pourquoi les interdire ?

Les Sénateurs veulent interdire les cabines de bronzage, contre l’avis du gouvernement. Pendant ce temps-là, professionnels de la peau et des UV bataillent. Le point sur le débat.

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A peine entrée au gouvernement, le premier dossier traité par Marisol Touraine, avait porté sur les cabines UV. C’était en mai 2012 et la ministre de la Santé avait annoncé la publication d’un décret pour durcir la réglementation des cabines à UV. En somme, il s’agissait de renforcer les règles de sécurité, à savoir : la mise à disposition automatique de lunettes de protection aux clients, l’obligation d’apposer des messages d'avertissement concernant les risques pour la santé ainsi qu'un encadrement plus strict de la publicité des centres de bronzage artificiel.

Pourtant, force est de constater que depuis 2012, la réglementation visant à informer leurs utilisateurs (toujours plus nombreux) n’a pas beaucoup évolué. En 2013, une campagne de promotion de la chaîne Point soleil avait d’ailleurs suscité de vives critiques. L’un de ses porte-paroles, Camille Lacourt, déclarait alors : "en plus du soleil marseillais, nous pouvons désormais bénéficier des vertus du bronzage en cabine, pour conserver un teint hâlé et nous faire du bien au moral, surtout à l'approche de l'hiver".

Désaccord entre les sénateurs et le gouvernement. Mais alors que le projet de loi Santé de Marisol Touraine est examiné par le Sénat, la question des cabines UV fait de nouveau l’actualité. Les sénateurs ont en effet déposé un amendement visant à interdire purement et simplement les cabines à bronzage à UV. Contre l’avis de Marisol Touraine, qui reste plus modérée sur la question. De fait, si elle ne souhaite pas d’interdiction, elle prône pour des mesures restrictives, comme l’interdiction de la vente de cabines à UV sur Internet, l’interdiction des forfaits illimités dans les salons de bronzage ou encore un contrôle sur la formation et la qualification du personnel des salons de bronzage.

Dans un communiqué, le Syndicat National des Professionnels du Bronzage en Cabine (SNBPC) s’insurge de la décision du Sénat, et en appelle au gouvernement. "Le Sénat semble vouloir décréter la mort du secteur et envoyer 22 000 personnes rejoindre les rangs de Pôle Emploi", écrit-il. "Si cette interdiction était confirmée, ce serait une véritable catastrophe économique et sociale". Avant d’accuser les médecins d'être "plus intéressés par lifter, épiler ou faire bronzer qu’à soigner" et de vouloir "un monopole sur les actes de beauté et de bien-être".

Progression des cas de mélanome. De leur côté, les dermatologues ne cessent de communiquer sur les dangers "bien réels" des UV. Non seulement, ils favorisent le vieillissement précoce de la peau, se manifestant par des rides et des tâches. Mais en plus, ils augmentent les risques de cancer de la peau. Le syndicat des dermatologues précise ainsi qu’une association existe entre l’irradiation par les UVA (ondes principalement émises par les cabines de bronzage) et le mélanome malin, le plus grave des cancers de la peau. En outre, ce cancer progresse de manière exponentielle depuis les années 2000 (7 231 mélanomes en 2000, 11 000 mélanomes en 2013), précise le syndicat sur son site Internet. Des dangers également pointés par l’Académie de medecine et confortés par des études scientifiques, comme une étude du British Medical Journal évoquant près de 800 décès chaque année en Europe à cause des cabines à UV. Mais aussi par une publication française (BEH) selon laquelle les lampes à bronzage seraient responsables en France de 19 à 76 décès annuels par mélanome cutané. Enfin, tout comme l'exposition au soleil, les cabines à UV sont classés comme "cancérogènes certains pour l'homme" par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) de l’OMS.

Le texte proposé par le Sénat doit repasser devant l'Assemblée nationale avant d'être définitivement adopté. La mesure ne sera donc effective qu'après une éventuelle validation des députés. A suivre...

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