Rendez-vous chez l'ophtalmo : pour gagner du temps, passez par l'orthoptiste

Elargir le champ de compétences des orthoptistes pour soulager les ophtalmologistes surchargés : c’est l’une des solutions retenues par le ministère de la Santé pour faciliter l’accès aux soins visuels. Des mesures sont d'ores et déjà annoncées.

Rendez-vous chez l'ophtalmo : pour gagner du temps, passez par l'orthoptiste
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Prendre rendez-vous chez l’ophtalmologiste relève de la mission dans certaines régions de France particulièrement désertées médicalement. De fait, il faut s’y prendre, en moyenne deux à trois mois à l'avance pour obtenir une consultation, voire jusqu'à un an dans certains départements ! C'est long, très long. Mais une solution semble se dessiner, celle de renforcer la coopération entre les différentes filières visuelles, à savoir : les ophtalmologistes, les orthoptistes et les opticiens. L’idée étant de mieux partager les tâches entre les professions, tout en maintenant un service de qualité pour les patients. Et donc un dépistage optimal des pathologies visuelles.

Diminuer les délais d'un an à 15 jours. En fait, cela existe déjà, à titre expérimental : grâce à un financement dérogatoire, obtenu en janvier dernier, pour une durée de deux ans, un protocole de délégation des tâches entre ophtalmologistes et orthoptistes est en cours dans 14 régions. Les résultats sont positifs puisque le délai d’attente pour obtenir des ordonnances de lunettes est diminué de 12 mois à 15 jours. Sur la base de ces premiers résultats encourageants, et dans le cadre d’une mission de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur la restructuration de la filière visuelle, la ministre de la Santé a chargé l’ex-ministre Dominique Voynet, de formuler des recommandations pour renforcer la complémentarité entre ces professions.

Le rapport est sur le bureau de la ministre et ses principales conclusions viennent d’être rendues publiques. Il va dans le même sens : généraliser la délégation des tâches aux orthoptistes afin de leur permettre d'effectuer certains actes (bilan visuel notamment), élever les effectifs des étudiants en orthoptie, mais aussi créer des pôles rassemblant les différents professionnels de la vue. Ni une, ni deux, Marisol Touraine a décidé de mettre en œuvre "sans délai" les premières recommandations de ce rapport, en introduisant, par voie d’amendement, de nouvelles mesures dans le projet de loi de modernisation de notre système de santé, qui sera examiné à partir du 14 septembre prochain au Sénat 

  •  Un premier amendement développe le "travail aidé" dans les cabinets d’ophtalmologie : ce mécanisme permet d’augmenter jusqu’à 35 % le nombre de consultations possibles, grâce à une meilleure répartition des tâches entre ophtalmologiste et orthoptiste ;
  • Un second amendement assouplit les conditions de renouvellement et d’adaptation des verres et des lentilles par les opticiens, dans un cadre sécurisé et en accord avec les ophtalmologistes.

Les opticiens sollicités aussi. Thierry Bour, président du Syndicat National des Ophtalmologistes de France (SNOF), estime via un communiqué de presse que "généraliser la coopération ophtalmos-orthoptistes est un levier majeur pour faire face aux besoins actuels et à venir de la population en soins oculaires." Concernant l’assouplissement des conditions de renouvellement des lentilles en faveur des opticiens, qui est une nouveauté, il est néanmoins plus nuancé : "nous demandons un encadrement sérieux afin d’éviter tout risque pour les patients. En effet les opticiens n’ont pas tous le réflexe d’avertir le médecin en cas d’adaptation d’une ordonnance."

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