Nouvel étiquetage nutritionnel : vraiment utile ?

De nouvelles règles d'étiquetage des aliments ont été adoptées par le Parlement européen, ce samedi. Lecture simplifiée, notification des allergènes... L'objectif est de mieux informer le consommateur. Mais concrètement, ça va changer quoi ?

Nouvel étiquetage nutritionnel : vraiment utile ?
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"Sel" plutôt que "sodium". "Huile de palme", plutôt que "graisse végétale". L'Europe veut obliger les industriels à parler clair sur l'emballage des aliments. Les mesures, appliquées progressivement jusqu'à la fin 2016 sur tous les produits pré-emballés, devraient ainsi aider les consommateurs à faire des choix éclairés et empêcher les pratiques trompeuses. En voici les principales nouveautés :

 Afin d'améliorer la visibilité des informations nutritionnelles, la Commission européenne préconise d'instaurer une taille minimale des caractères figurant sur l'étiquette des aliments.
 La liste des allergènes, tels que le soja, les fruits à coque, le gluten ou encore le lactose, seront précisés dans la liste des ingrédients. Au total, 14 allergènes seront notifiés. Par ailleurs, toute personne allergique aura la possibilité de demander la liste des allergènes utilisés par les restaurateurs.
 De nouveaux tableaux de valeur mis en place : ceux déjà présents sur plus de 80 % des emballages portaient sur les lipides, protéines, glucides et calories. Ils comporteront dorénavant aussi les teneurs en acides gras saturés, sel et sucre. Et on parlera de "matières grasses" pour être bien compris du consommateur. Chaque valeur sera exprimée pour 100 grammes ou 100 millilitres, de façon homogène.
 La liste des nanomatériaux manufacturés figurant parmi les ingrédients sera obligatoire.
 De même que l'indication de l'origine pour les viandes porcine, ovine, caprine et la viande de volaille fraîches.

Voir l'ensemble des changements sur le site de la Commission européenne.

Critiques. Mais ces nouvelles règles d'étiquetage sont déjà dénoncées comme une occasion ratée. Pour la plupart des détracteurs, un code couleur aurait simplifié l'information du consommateur. Selon l'ONG allemande Foodwatch, spécialiste de la dénonciation des fraudes alimentaires, interrogée par l'AFP, "on ne sera pas mieux informé que par le passé. Ce règlement permet à l'industrie de poursuivre sur la voie des petites ruses légales bien planquées". Sa représentante Ingrid Kragl déplore notamment qu'on ne sache toujours pas si les animaux sont nourris aux OGM ou encore que l'industrie ait refusé l'étiquette nutritionnelle sur la face des paquets. D'autant, que les visuels trompeurs sont toujours là, regrette-t-elle encore : "De belles fraises sur la boîte même si le produit fini n'en contient qu'une infime quantité."

Rouge, orange, vert : c'était pourtant lisible. Quant aux feux tricolores, pourtant plébiscités par 80 % des consommateurs (étude Nutri-Net Santé de l'Inserm), ils n'ont pas été retenus par la Commission européenne. "On a plus de 40 informations chiffrées sur un paquet ! Ce n'est pas au consommateur d'acquérir une expertise compliquée pour comprendre mais aux autorités d'expliquer", déplore l'UFC-Que Choisir. "On réclamait un étiquetage lisible, aujourd'hui c'est un vrai jeu de piste", souligne encore à l'AFP Olivier Andrault, chargé de mission Alimentation de l'organisation de défense des consommateurs.
En mai dernier, un rapport remis au ministre de la Santé, proposait la mise en place d'un étiquetage nutritionnel simplifié utilisant trois couleurs et fonctionnant sur un système de points. Plus un produit est de bonne qualité nutritionnelle, plus le score nutritionnel est bas. Et pour aider les consommateurs à identifier les produits les plus nocifs pour la santé, ce score pouvait être associé à une couleur : vert, jaune, orange, rose et rouge. L'objectif était simple et efficace : permettre aux consommateurs de faire la différence entre les produits d'un même rayon et donc de comparer les produits de marques différentes. Une manière concrète d'appliquer le fameux "manger moins gras, moins salé, moins sucré". Cette mesure pouvait aussi avoir un intérêt incitatif auprès des industriels, alors encouragés à modifier leurs recettes pour améliorer leur classement. Selon l'UFC-Que Choisir, "il ne s'agissait pas d'interdire certains produits mais de dire, "Attention ! C'est riche et gourmand, ne pas abuser". Mais le lobbying des industriels de l'alimentation semble avoir été plus fort.

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