L'obésité recule ! Grâce à Dukan ?

La progression de l'obésité ralentit en France selon l'enquête nationale ObEpi, dévoilée la semaine dernière. Interrogé lundi matin sur Europe 1, Pierre Dukan, le célèbre nutritionniste, a déclaré y avoir participé grandement. Explications.

L'obésité recule ! Grâce à Dukan ?
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[Mis à jour le 23 octobre 2012 à 10h16] " J'ai participé au ralentissement de l'obésité", déclarait lundi matin sur Europe 1 Pierre Dukan, à qui l'on demandait de commenter les résultats de l'étude ObEpi, selon laquelle on observe pour la première fois un ralentissement de la progression de l'obésité en France.

Pierre Dukan avait déjà réagi à cette étude vendredi par communiqué de presse pour tenter d'apporter une explication à cet infléchissement. " Qu'est-ce qui depuis trois ans est apparu de nouveau qui ait pu endiguer un tel fait de société ?", pouvait-on y lire. Avant de rappeler que plus de 10 millions de Français ont pratiqué la Méthode Dukan au cours des trois dernières années. "J'ose croire que cela a eu des répercussions sur les statistiques globales de l'obésité et du surpoids en France", ajoutait-il.

Pierre Dukan n'en est pas à sa première incartade et les réactions n'ont pas tardé à pleuvoir. Pour Boris Hansel, endocrinologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, "aucune étude scientifique n'a évalué à ce jour ce régime hyperprotéiné à la mode. Il y a eu des études de très bonne qualité avec des régimes restrictifs, mais qui montrent des résultats décevants à long terme." Par ailleurs, "les études menées dans le monde entier et qui prouvent la dangerosité des régimes sont suffisamment nombreuses. Il n'y a pas de doute. Le débat n'a pas lieu d'être", commente Serge Hercberg, directeur de recherche à l'Inserm et professeur de nutrition (pilote de l'étude Nutrinet-santé). Quant à Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d'obèses (CNAO), elle n'a pas caché son ras-le-bol : "Pierre Dukan est responsable du surpoids d'une partie des Français et il n'a aucune crédibilité pour faire ce genre de commentaires. Il faut arrêter avec ce régime. On ne soigne pas une maladie avec un bouquin. C'est bien trop complexe et compliqué."

Pierre Dukan a par ailleurs expliqué sur Europe 1 que son régime avait été testé plusieurs fois à l'occasion de sondages et d'enquêtes, citant l'institut de sondage Ifop et l'enquête du Journal des Femmes ("Dukan, et après", mai 2011). Enquête qui, quelques mois plus tôt, avait mis en évidence l'inefficacité du régime Dukan et conclu qu'au-delà de 4 ans, près de 80 % des personnes interrogées déploraient la reprise du poids initialement perdu. Des résultats d'ailleurs conformes à ceux de l'étude Inca 2*, qui affirme que 80 % des personnes reprennent du poids un an après la fin de leur régime (régime restrictif quel qu'il soit). De même, la littérature scientifique confirme que la reprise de poids s'accentue durant les années suivant le début du régime, quelle que soit la vitesse de la perte de poids**.

Retour sur l'étude Obépi

 

Alors qu'en est-il de cette étude ? Oui, on observe un ralentissement de la progression de l'obésité entre 2009 et 2011 en France. Oui, c'est la première fois en 15 ans. Et oui, c'est une étude encourageante, comme le confirme Serge Hercberg : "Même s'il reste du travail, c'est la première fois que l'on observe un ralentissement de l'obésité, à l'exception de la tranche des 18-24 ans pour qui l'obésité continue d'augmenter."

Néanmoins, les chiffres publiés par l'enquête nationale ObEpi demeurent préoccupants. La France est loin d'être sortie de l'obésité. La preuve : en 15 ans, les Français ont pris en moyenne 3,6 kg, tandis que leur tour de taille gagnait 5,3 cm. "Au total, 47,3 % des Français sont soit en obésité, soit en surpoids", précise Anne-Sophie Joly, pour qui ces résultats sont alarmants."

"Il ne s'agit pas d'une réduction de la fréquence de l'obésité, mais d'un ralentissement de son augmentation. L'étude ObEpi montre d'ailleurs que les inégalités se creusent entre les couches sociales avec une augmentation de l'obésité dans les classes défavorisées, contrastant avec un infléchissement chez les populations plus favorisées", analyse le Dr Hansel.

Anne-Sophie Joly  craint d'ailleurs que ce palier ne soit que transitoire et suivi par une remontée de l'obésité et du surpoids en France dans les années qui viennent. "Dans le contexte actuel de crise économique et de licenciements, qui jouent sur le porte-monnaie mais aussi sur l'état psychologique, les Français mangent moins et moins bien." Même son de cloche pour le nutritionniste Jean-Michel Cohen qui compare ce ralentissement à une "situation déjà observée à d'autres périodes et dans d'autres pays, comme en Asie il y a 3 ans, avant de voir s'opérer une nouvelle progression". "Je crains que la courbe ne progresse de nouveau très vite en raison de la crise économique qui touche les personnes les plus défavorisées dont nous savons qu'elles sont la cible de l'obésité", commente-t-il.

Enfin, l'enquête ObEpi signale que la prévalence de l'obésité féminine tend à augmenter plus rapidement que l'obésité masculine. Les femmes sont plus nombreuses à être obèses en 2012 (15,7 % de femmes obèses versus 14,3 % d'hommes obèses), ce qui représente une inversion de la tendance par rapport à il y a 15 ans. "Cette progression chez les femmes est inquiétante dans la mesure où ce sont elles qui font le plus de régimes", remarque Serge Hercberg.

Reconnaissant lui-même que la situation est alarmante, le nutritionniste Pierre Dukan a par ailleurs dénoncé le manque d'engagement des programmes de prévention en nutrition et le fameux "5 fruits et légumes par jour". "Recommander une alimentation saine et équilibrée ne suffit pas. Le programme "5 fruits et légumes par jour", c'est bien, mais cela n'a jamais fait reculer le surpoids !" Avant d'ajouter qu'on a besoin d'une "véritable politique anti-obésité", beaucoup moins timide qu'aujourd'hui. Et Anne-Sophie Joly de rétorquer : "Bien sûr qu'on peut aller plus loin mais ce plan a déjà le mérite d'exister et ce n'est certainement pas à Pierre Dukan de dire ce qu'il faut faire !".

*étude réalisée par l'Afssa, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, 2009.

** Anderson et al. 2001.

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