Faut-il avoir peur de l'aspartame ? Des études à la fiabilité contestée

Pour comprendre comment l'aspartame a obtenu une autorisation de mise sur le marché aujourd'hui remise en cause par certains scientifiques, allons d'abord voir d'un peu plus près comment la FDA procède pour valider la commercialisation d'un produit.

"Des rats sont morts puis ont été réintégrés à l'étude quelques semaines plus tard"

La compagnie qui souhaite mettre en vente un nouveau produit alimentaire doit, en premier lieu, fournir la preuve de son innocuité. Elle doit pour se faire réaliser des études scientifiques très cadrées, qui vont montrer que le produit n'est pas dangereux.

Elle soumet alors à la FDA le résultat de ces études, ainsi que la démarche qui a été nécessaire pour y parvenir. La FDA va alors étudier les conditions de réalisation de l'étude, les résultats, poser des questions supplémentaires si besoin. Au terme de sa réflexion, elle rendra sa décision d'autoriser ou non ce nouveau produit. En cas de doute, elle peut aussi demander des informations complémentaires, voire que de nouvelles études soient conduites.

Le problème, c'est que ces études d'innocuité coûtent extrêmement cher à réaliser, plusieurs millions, voire dizaines de millions, de dollars. Qui peut consacrer une telle somme dans le simple but d'autoriser un produit ? Eh oui, les compagnies qui souhaitent les commercialiser ! On comprend, bien, pourtant, le léger conflit d'intérêt inhérent à la situation. C'est exactement ce qui s'est passé dans le cas de la Searle et de l'aspartame : toutes les études fournies pour prouver l'innocuité du produit ont été financées par la Searle.

 

Erreurs surprenantes

En revanche, au fil des ans, de nombreux scientifiques se sont intéressés aux effets potentiels de l'aspartame sur la santé et ont eux-mêmes conduit des études sur ce produit. Sans passer par un processus d'autorisation de mise sur le marché, ces études coûtent moins cher et sont donc réalisables par des laboratoires indépendants. Des chercheurs américains ont ainsi recensé 166 études sur le sujet. Les 74 commandées par l'industrie concluaient toutes, sans exception, à l'innocuité de l'aspartame. 92 études indépendantes étaient recensées, dont 85 concluaient que l'aspartame pouvait comporter un ou plusieurs risques pour la santé. C'est ce qu'on appelle le "funding effect" : dès lors que les études sont financées par l'industrie, la probabilité pour que les conclusions soient favorables à l'entreprise augmente de façon très sensible.

 

Le cas "aspartame" va même plus loin : en lisant les études de Searle, on s'aperçoit aussi de quelques erreurs pour le moins surprenantes qui n'ont pas semblé poser problèmes à la Searle.

Prenons deux exemples parmi les plus parlants : plusieurs rats ont été opérés de tumeurs cérébrales au cours de l'étude puis y ont été réintégrés ! Sans compter ceux qui ont été déclarés morts, puis ont été remis dans l'étude pendant plusieurs semaines, avant de mourir une seconde fois. Des "approximations" qui sèment le doute quant au sérieux et à la fiabilité de ces études.

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