Régimes sans gluten : quels risques ? Pour qui ?

Selon une récente étude, réduire sa consommation de gluten augmenterait les risques cardiovasculaires. Que faut-il en penser ? Démêlons le vrai du faux.

Régimes sans gluten : quels risques ? Pour qui ?
© Baiba Opule - 123 RF

Par effet de mode, de plus en plus de personnes se mettent au "sans gluten". L'évitement du gluten, en dehors de toute pathologie qui nécessiterait un tel régime, a ainsi augmenté ces dernières années, en partie en raison de la conviction que le gluten peut avoir des effets néfastes sur la santé. Que faut-il en penser ? 

Le gluten, c'est quoi ? 

Le gluten entre dans la composition de la plupart des céréales (blé, orge, seigle, avoine...). Il est ainsi utilisé dans de nombreux produits (pain, biscuits, pizza…) car il contribue à rendre les pâtes plus souples et plus moelleuses et joue un rôle de liant dans les préparations comme les plats cuisinés. L'intérêt est avant tout gustatif. D'un point de vue nutritionnel en revanche, son intérêt est moindre.

Que penser des régimes sans gluten ?

Dans une étude publiée dans le British Medical Journal, des scientifiques ont étudié les effets de l'éviction de gluten sur la santé cardiovasculaire. Les chercheurs se sont penchés sur les résultats de questionnaires alimentaires complétés régulièrement et pendant 25 ans par des professionnels de santé américains. Premier constat, la consommation de gluten n'est pas associée à une augmentation du risque cardiovasculaire. A l'inverse, ils soulèvent un point important : la réduction de gluten alimentaire peut entraîner une consommation réduite de grains entiers, alors que ces derniers sont associés à un risque cardiovasculaire plus faible. Par exemple, les céréales complètes qui contiennent du gluten contribuent en partie à la prévention cardiovasculaire. En se privant de gluten dans le cadre d'un régime, on perd donc cet effet protecteur.

Mais le principal problème, pointé du doigt depuis quelques années par les spécialistes, c'est que les vrais intolérants au gluten peuvent être tentés par effet de mode de suivre un régime sans gluten de leur propre chef, sans voir de médecin, et ainsi passer à côté d'un diagnostic de maladie cœliaque.

Quelle différence entre intolérance et sensibilité au gluten ?

Chez les personnes intolérantes, le gluten est responsable d'une réaction auto-immune excessive (c'est le même principe qu'une allergie), qui conduit leurs anticorps à s'attaquer à leur propre intestin. Il s'agit d'une vraie pathologie, la maladie cœliaque. Evidemment, quiconque ne peut pas faire son auto-diagnostic. C'est seulement après un bilan sanguin et une biopsie intestinale que le diagnostic peut être posé. Dans ce cas, la paroi intestinale étant abîmée, elle ne peut plus laisser passer correctement les nutriments essentiels, nécessaires à une bonne santé. C'est pourquoi chez ces malades, on observe des carences accompagnées d'une fatigue. Le traitement de la maladie cœliaque qui touche une personne sur 100 en France repose sur l'observation d'un régime sans gluten absolu. Il est efficace et c'est le seul moyen pour éviter les complications, qui peuvent être sévères. Le problème, c'est que cette pathologie, dont les symptômes varient d'une personne à l'autre, est mal connue et donc insuffisamment diagnostiquée (moins de 20% des patients le sont).

A côté de cette pathologie, certaines personnes peuvent développer une hyper sensibilité au gluten. Elle est beaucoup moins grave mais on sait encore peu de choses à son sujet. Ce qui est observé, c'est qu'en supprimant le gluten de leur alimentation, les personnes remarquent une amélioration de leurs troubles digestifs. Comme l'avait expliqué au Journal des Femmes, le Pr Cellier, gastro-entérologue, "la seule différence entre les malades cœliaques et ces personnes hypersensibles, c'est que lorsqu'elles passent un examen, il est parfaitement normal : elles ne développent pas d'anticorps, preuve qu'elles ne souffrent pas de maladie auto-immune et leur paroi intestinale n'est pas abîmée." 

A retenir 

  • En cas de symptômes inhabituels (diarrhées, douleurs abdominales, ballonnements, amaigrissement, carences, anémie...), le premier réflexe doit être de consulter un médecin afin d'écarter une intolérance au gluten qui impliquerait une éviction totale de gluten.
  • En dehors des intolérances au gluten pathologiques, chacun est libre de limiter sa consommation en gluten si cela peut limiter les troubles digestifs, mais tout en ayant à l'esprit que cela implique de se priver d'aliments protecteurs, comme les céréales complètes. De plus, le risque pourrait être, après le "sans gluten", de se mettre au "sans lactose" ou à n'importe quel autre régime tendance. Et à force, de s'exposer à des carences.

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