Maladie d'Alzheimer : 10 réponses essentielles Maladie d'Alzheimer : comment diagnostiquer ?

Est-ce un début d'Alzheimer ou simplement les conséquences du vieillissement ? La réponse à cette interrogation n'est pas toujours évidente, en discuter avec le parent concerné encore moins. Alors comment savoir à quoi s'en tenir ?

le bilan neuropsychologique permet d'identifier les symptômes comportementaux et
Le bilan neuropsychologique permet d'identifier les symptômes comportementaux et mentaux associés aux lésions cérébrales et à un fonctionnement anormal du cerveau. © Aleexander Raths - Fotolia.com

"Tout l'enjeu médical consiste à savoir repérer parmi la masse de gens qui se plaignent de la mémoire ceux qui souffrent d'une maladie de l'hippocampe comme Alzheimer" insiste le Pr Dubois. Mais à la maison, comment savoir si un parent est atteint par la maladie, ou si ses pertes de mémoire ne sont que les conséquences normales du vieillissement ?

Plusieurs indices peuvent mettre la puce à l'oreille :

 Si la personne a simplement perdu ses lunettes ou si elle ne sait plus où elle a mis ses clés, il n'y a pas vraiment lieu de s'inquiéter, cela peut tenir d'un déficit attentionnel. "Par contre, si cette personne ne se souvient plus avoir vu le cousin d'Amérique venu dîner la veille ou si elle ne se rappelle pas un décès récent, là, il y a lieu de s'inquiéter."

 Une désorientation spatiale ou temporelle : la personne ne s'y retrouve plus dans sa maison de campagne ou ne se souvient pas de l'ordre des événements. Autre exemple : la personne égare ses objets personnels ou les range dans des endroits insolites.

 Des difficultés pour trouver le bon mot au bon moment. Le discours est incohérent, l'orthographe et l'écriture sont affectés.

 Une apathie : trop souvent confondue avec une dépression, cette phase se caractérise par une démotivation de l'individu, qui devient moins actif, fait de moins de choses. Mais contrairement au dépressif, l'apathique n'a pas d'idées noires. Par ailleurs, le sujet oscille entre agressivité, irritabilité ou hyper-anxiété. "Tous ces symptômes s'immiscent progressivement dans la vie courante et, entrainent une diminution de l'autonomie du sujet et vont créer un état de dépendance", précise Bruno Dubois.

 Une combinaison de tous ces symptômes est une plus ou moins bonne indication de la présence de la maladie. Mais seul un neuropsychologue va pouvoir déterminer avec précision - bien que l'autopsie du cerveau soit l'unique moyen de faire un diagnostic sûr à 100 % - si c'est un Alzheimer ou pas." précise le Pr Dubois. Si vous pensez que votre parent souffre de la maladie, il est conseillé d'aller consulter le médecin traitant de la personne. Il va pouvoir déterminer s'il s'agit ou non d'une forme de démence grâce à de simples tests de mémorisation. "Seule la moitié des patients est aujourd'hui identifiée, note le Pr Dubois. L'insuffisance dans le diagnostic peut s'expliquer par plusieurs facteurs liés au patient lui-même qui n'est pas conscient de son état (agnosie) ; à l'entourage qui confond souvent vieillissement normal et déclin pathologique de la population âgée ; au médecin qui fait difficilement la part entre une affection dégénérative et le retentissement cognitif de troubles sensoriels ou d'affections générales".

Consultations mémoire

Ensuite, si besoin est, le médecin l'orientera vers un spécialiste, un neuropsychologue ou alors directement dans une consultation mémoire. Leur principe est de pouvoir à la fois établir un diagnostic du patient et de mettre en place avec le médecin traitant un projet de soin et d'aide pour les patients qui pourront y trouver l'aide d'un gériatre ou d'un neurologue et d'un neuropsychologue. C'est ce dernier qui prendra en charge le bilan neuropsychologique du patient.

Le bilan neuropsychologique permet d'identifier les symptômes comportementaux et mentaux associés aux lésions cérébrales et à un fonctionnement anormal du cerveau.
Le neuropsychologue choisit avec attention quel test utiliser selon les symptômes du patient et le stade d'évolution de sa démence. Généralement, il commence avec le Mini Mental State ou MMS, outil qui permet de déterminer la sévérité de la démence et d'adapter la prise en charge pharmacologique et sociale. Le MMS inclut des tests de mémoire, d'attention, de calculs mathématiques, et de langage.

De nouveaux critères de diagnostic

Les critères de diagnostic de la maladie se fondent principalement sur les critères de classification de la démence : le DSM, manuel de diagnostic et de statistiques de maladies mentales édité par l'Association psychiatrique américaine ou encore celui édité par l'OMS. Celui qui fait référence et qui permet de diagnostiquer à 85% un Alzheimer "possible" ou "probable" est celui du NINCDS-ADRDA, rédigé en 1984. Mais une récente étude du Pr. Dubois(1) , appelle à une redéfinition des critères de la maladie.

"Les connaissances sur la maladie ont énormément progressé cette dernière décade. D'autre part, le problème majeur des précédents outils de diagnostic est qu'ils ne permettaient de détecter la maladie qu'une fois le stade de démence atteint. Or, nous avons espoir que des médicaments puissent un jour guérir la maladie et il est primordial dans ce cas de dépister précocement pour pouvoir traiter la maladie au plus vite et donc au mieux. Notre approche a été de proposer des outils diagnostiques capables de déceler la maladie avant même l'apparition des symptômes." Visant à la spécificité absolue, ces critères tiennent à la fois compte des troubles du comportement du patient et de données biologiques bien précises : taille de l'hippocampe (réduite chez les personnes atteintes), taux de protéine Tau (présente en haute concentration) et activité métabolique des régions du cerveau touchées.
"Mais surtout, nous avons pu mettre au point un test de mémoire qui met clairement en évidence le syndrome amnésique hippocampique caractéristique de la maladie. Il est sûr dans 92% des cas et pertinent jusque trois ans avant l'apparition des premiers symptômes de démence" souligne Pr Dubois. Pour l'instant, le diagnostic se base principalement sur une étude des symptômes mentaux et comportementaux, un examen physique, des tests neuropsychologiques et des tests de laboratoire.

(1)"Research criteria for the diagnosis of alzheimer's disease : revising the nincds-adrda criteria- a position paper" The Lancet Neurology, juillet 2006

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