Méningite : 5 raisons pour vacciner enfants et ados

Redoutable et foudroyante, la méningite touche 2 personnes par jour en France. Parmi elles, 1 sur 10 en meurt et 1 sur 5 conserve des séquelles. Mais bien qu'il existe un vaccin pour s'en protéger, la couverture vaccinale demeure insuffisante en France.

Méningite : 5 raisons pour vacciner enfants et ados
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Les décès par méningite sont régulièrement relayés dans les médias. Encore récemment, quatre jeunes hommes de la région niçoise sont décédés brutalement d'une méningite foudroyante, en l'espace de quelques semaines.

De quoi s'agit-il ? La méningite est une infection des enveloppes qui entourent le cerveau, les méninges. Elle peut être virale ou bactérienne selon qu'elle est causée par un virus ou une bactérie. Ce sont les méningites d'origine bactérienne, appelées aussi méningites à méningocoques, qui se révèlent les plus graves. En France, les plus fréquentes sont les méningocoques de type B (2/3 des cas) et de type C (1/4 des cas). Elles touchent essentiellement les nourrissons et jeunes enfants de moins de 5 ans, ainsi que les adolescents et jeunes adultes avant 25 ans.

Le méningocoque est présent chez environ 10 % de la population sous forme asymptomatique et la plupart du temps elle n'a aucune conséquence. Parfois pourtant, il arrive, sans raison apparente, que la bactérie passe dans le sang et se dissémine dans tout l'organisme : on parle de septicémie. Elle peut aussi passer la barrière des méninges, qui enveloppent le cerveau et provoquer une infection de celui-ci, c'est la méningite. Le méningocoque se transmet d'une personne à l'autre par l'intermédiaire des postillons et lors de contacts directs, proches et prolongés ou répétés.

La méningite est imprévisible, tout le monde peut être touché. "Dans la majorité des cas, la méningite touche des enfants sans problèmes de santé particuliers", a rappelé le Dr Catherine Weil-Olivier, lors d'une conférence de presse organisée par le collectif Ensemble contre la méningite, à l'occasion de la journée mondiale de lutte contre cette maladie. Certes, il existe des symptômes d'alerte, mais ils ne sont pas spécifiques et pour les parents, "il est très difficile de savoir et d'anticiper qu'il va y avoir quelque chose de dramatique", a déploré la pédiatre.

Des décès et des séquelles graves. La méningite est donc une urgence, qui nécessite la mise en place de traitements le plus rapidement possible. Chaque année pourtant, sur 600 cas de méningites, le taux de décès est de 10 %. Et parmi les enfants qui s'en sortent, 50 % gardent des séquelles sévères et handicapantes pour le reste de leur vie : surdité, épilepsie, convulsions, amputations de membres, insuffisance rénale, handicaps moteurs, mais aussi difficultés cognitives, inadaptation scolaire, etc. La prise en charge est le plus souvent précoce et adaptée, mais ça ne suffit pas : "malgré l'arrivée des antibiotiques, on stagne à 10 %, on a atteint le maximum de ce que l'on peut faire en matière de traitements", déplore le Dr Taha, responsable du Centre national de référence des méningocoques, à l'Institut Pasteur.

Peu d'adolescents vaccinés. En France, la vaccination contre le méningocoque C est recommandée pour tous les enfants à l'âge de 12 mois et en rattrapage jusqu'à 24 ans. Un vaccin pourtant boudé : en 2012, la couverture vaccinale est de 50 % chez les 1-4 ans, 30 % chez les 5-9 ans, 22 % chez les 10-14 ans, pour chuter à 13 % chez les 15-19 ans et 3 % seulement chez les 20-24 ans. Selon le Dr Taha, "on est loin des taux de couverture vaccinale nécessaires pour avoir une immunité de groupe". Surtout chez les ados. "C'est chez les nourrissons que les cas de méningite sont les plus fréquents, mais c'est à l'adolescence que la bactérie circule à plus grande vitesse", a-t-il précisé. C'est aussi une période où le suivi médical est moins rigoureux et où les adolescents sont moins sensibles aux campagnes de prévention. 

La vaccination : une réussite chez nos voisins européens. "Le vaccin contre le méningocoque C ne pose aucun problème, il n'y a aucun retour de pharmacovigilance. C'est un scandale qu'il n'y ait pas de vraie stratégie vaccinale en France", a déploré le Dr Catherine Weil-Olivier. Et l'exemple des britanniques le prouve. Après avoir vacciné 17 millions de personnes pendant un an, avec un ciblage des nourrissons, puis des 5-8 ans, ils ont obtenu une couverture vaccinale de 87 %. "En un an, ils ont vu disparaître les méningites à méningocoques C. C'est devenu une maladie virtuelle, assure le Dr Weil-Olivier. Quant aux Pays-Bas, qui ont mené une vaste campagne de vaccination chez les bébés de 1 an pendant une année, ils ont même atteint 99 % de couverture vaccinale.

Contre la méningite à méningocoque B, il existe un vaccin, le Bexsero des laboratoires Novartis. Bien qu'il dispose d'une autorisation de mise sur le marché depuis janvier 2013, il n'est pas encore recommandé en France dans le cadre du calendrier vaccinal, "dans l'attente de nouvelles données d'efficacité", précise le Dr Muhamed-Kheir Taha. 

Un coût élevé pour la collectivité et les familles. Une fois passée l'hospitalisation, l'histoire ne s'arrête pas là pour les patients victimes de méningite qui, lorsqu'ils s'en sortent, gardent le plus souvent des séquelles lourdes et handicapantes. Viennent ensuite la prise en charge des soins pendant toute une vie, qu'il s'agisse de prothèses lorsqu'il y a une amputation, des traitements contre l'épilepsie ou encore des frais en cas de placement en institution si nécessaire. La première étude française menée par l'association Audrey Méningites France, a permis d'évaluer le détail de l'ensemble de ces coûts directs. S'appuyant sur des études de cas réels, l'étude montre par exemple qu'une amputation des membres inférieurs ainsi qu'une insuffisance rénale peuvent coûter jusqu'à 3,4 millions d'euros tout au long de la vie de la victime. Par ailleurs, selon les cas, entre 100 000 à 400 000 euros restent à la charge des familles ou de leurs assurances privées. Des chiffres qui soulignent la nécessité de poursuivre les efforts d'information et de prévention, notamment en encourageant la vaccination.

Plus d'infos sur la méningite : www.info-meningite.fr