L'insuffisance rénale : prévenir et guérir en 5 points clés

Trois millions de Français souffrent des reins et souvent sans le savoir. Mal dépistées, trop tard, les maladies rénales sont pourtant très graves pour la santé. Tout ce qu'il faut savoir pour préserver nos reins.

L'insuffisance rénale : prévenir et guérir en 5 points clés
© Konstantin Chagin - 123 RF

Chaque année, en raison d'un diagnostic tardif, des millions de personnes décèdent prématurément d'insuffisance rénale chronique ou de ses complications cardiovasculaires. Le problème, c'est qu'elles sont le plus souvent silencieuses, sans symptômes, donc diagnostiquées trop tardivement. Pourtant, si elles étaient identifiées plus tôt, leur évolution pourrait être ralentie, voire stoppée. D'ailleurs, la maladie rénale est facile à dépister : le diagnostic repose sur des examens très simples, analyses d'urine (recherche de l'albumine) et analyses de sang (dosage de la créatinine). 

Comment fonctionne le rein ?

Les reins en bas du dos ? Mauvaise réponse, c'est une idée reçue. En réalité, ils sont placés plus hauts, sous le diaphragme, de part et d'autre de la colonne vertébrale.

Ils ressemblent à deux haricots d'environ 180 grammes chacun, soit la grosseur d'un poing fermé. Ils sont reliés à la vessie par deux conduits, les uretères. A ne pas confondre avec l'urètre, qui part de la vessie et sert à évacuer l'urine.

Ce liquide jaune, un peu acide, et qui dégage une forte odeur est en effet produit par les reins. Il contient tous les déchets toxiques filtrés à partir du sang, notamment l'urée, qui provient de la destruction des protéines, et l'ammoniaque. Chaque jour, nous en éliminons environ 1,5 à 2 litres. Ainsi, le sang ressort du rein filtré, nettoyé, débarrassé de ses déchets. Restent dans le sang les éléments dont le corps a besoin pour fonctionner (sucres, protéines, vitamines, eau, sels minéraux?).

Mais les reins ne servent pas uniquement de station d'épuration :

  • Ils maintiennent l'équilibre hydrique de l'organisme : absorbée en buvant et en mangeant, l'eau est éliminée essentiellement par les urines. Les reins permettent donc à l'organisme de maintenir la quantité d'eau qui lui est nécessaire.
  • Ils équilibrent les minéraux nécessaires à l'organisme. Parmi eux, on peut citer le sodium et le potassium qui proviennent des aliments. Leur déséquilibre peut être à l'origine de complications sévères. Dès qu'ils sont en excès, le rein s'occupe de les éliminer via les urines.
  • Ils produisent des hormones, des enzymes et des vitamines. Parmi celles-ci, la rénine qui est indispensable à la régulation de la tension artérielle ou l'érythropoïétine qui agit sur la moelle osseuse pour produire les globules rouges (ce sont les molécules qui véhiculent l'oxygène dans tout l'organisme).

Comment détecter une insuffisance rénale ?

Lorsque les reins ne fonctionnent pas correctement, on ne s'en rend pas forcément compte. En tout cas pas tout de suite. Résultat, la maladie rénale évolue tranquillement, sans symptômes spécifiques. On parle alors d'insuffisance rénale chronique. Selon la Fédération nationale d'aide aux insuffisants rénaux (Fnair), 10% des insuffisances rénales chroniques pourraient être évitées et 30% pourraient être retardées de nombreuses années si on les dépistait plus tôt et donc que les prises en charge étaient plus adaptées.

Mais comment reconnaître une insuffisance rénale ? "D'abord en ciblant en priorité les personnes qui ont le plus de risque de développer une maladie rénale, à savoir : les personnes âgées de plus de 50 ans, les diabétiques et les hypertendus, celles qui ont des antécédents familiaux de maladies rénales, celles qui sont sujettes aux infections rénales, celles qui ont une maladie auto immune ou inflammatoire dite chronique, celles qui ont des infections chroniques virales (telles que hépatites virales et VIH), et enfin celles qui suivent des traitements qui peuvent être toxiques pour le rein" *,explique le docteur Christophe Mariat, néphrologue au CHU de Saint-Etienne.

  • Côté pratique, la priorité est de contrôler la tension artérielle régulièrement. Une tension trop élevée peut en effet révéler un problème rénal ou en provoquer un.
  • Autre outil de diagnostic, le test par bandelettes à tremper dans les urines fraîchement recueillies. Le médecin du travail vous l'a sans doute déjà proposé lors de vos visites médicales. Sachez qu'il est très utile car il permet de dépister une protéinurie (présence de protéines dans les urines qui peut être symptomatique d'une atteinte rénale), une hématurie (présence de sang dans les urines) ou encore une glycosurie (présence de sucres dans les urines, caractéristique d'un diabète sucré).
  • Enfin, les prises de sang permettent dans un deuxième temps de préciser le diagnostic. Elles mesurent notamment la quantité des substances normalement éliminées par les reins comme l'urée ou la créatinine sanguine. Si celles-ci ont tendance à s'accumuler dans le sang, cela mettra en évidence un dysfonctionnement de la fonction rénale.

"Ces tests sont à effectuer une fois par an pour les personnes qui sont à risque, mais cela n'empêche pas les autres personnes, même en bonne santé, de demander à leur médecin généraliste une prise de sang ou un test par bandelettes pour s'assurer du bon fonctionnement de leurs reins", ajoute le docteur Mariat.

Comment éviter l'insuffisance rénale ?

Les trois causes les plus fréquentes d'insuffisance rénale sont l'âge, le diabète et l'hypertension. De la même manière que l'on a un capital soleil, on a également un "capital rénal". Les néphrons, ce sont les unités anatomiques et fonctionnelles qui composent le rein et participent au processus de fabrication de l'urine. Au total, le rein en contient plus d'un million. Avec l'âge, les reins fonctionnent donc de moins en moins bien : à partir de 60 ans, 30% des individus ont perdu au moins le tiers de leur fonction rénale et ce pourcentage passe à 40% après 70 ans.

Le diabète. Le diabète est la première cause d'insuffisance rénale et de dialyse. Une situation d'autant plus inquiétante que le nombre de personnes diabétiques ne cesse d'augmenter. Diabète insulino dépendant ou non, s'il n'est pas correctement pris en charge, il risque à terme d'endommager les petits vaisseaux sanguins des reins. En effet, le glucose passe habituellement dans le sang pour aller nourrir l'organisme. Mais à partir d'un certain seuil de sucre dans le sang, le rein n'a pas d'autre choix que d'en éliminer une partie dans les urines. Plus l'excès en sucre est important, plus on en retrouve dans les urines. La capacité du rein à filtrer est altérée et aboutit à une accumulation de déchets dans le sang et à une élimination dans les urines de substances anormales, comme l'albumine.

L'hypertension. On le sait moins mais une tension élevée peut accélérer l'évolution d'une maladie du rein sous-jacente, voire la révéler. Elle est la deuxième cause d'insuffisance rénale. Comme le diabète, l'hypertension peut elle aussi abîmer les petits vaisseaux sanguins des reins et à la longue endommager leur fonctionnement en détruisant peu à peu les unités du rein impliquées dans la filtration du sang (les glomérules). "C'est la raison pour laquelle, l'hypertension est une priorité en matière de dépistage. Un individu hypertendu doit automatiquement penser que son hypertension peut aussi abîmer ses reins et donc être surveillé régulièrement", indique le docteur Mariat.

Les personnes les plus à risque, c'est-à-dire les diabétiques et les hypertendus, doivent donc être particulièrement vigilant avec la santé de leurs reins. La preuve : 50 % des personnes qui arrivent en dialyse sont soit des hypertendus, soit des diabétiques. Mais, même en bonne santé, vous devez prendre soin chaque jour de vos reins. Aussi, on pourra retenir 10 mesures de prévention :

  • Contrôler l'hyperglycémie et l'hypercholestérolémie : le diabète est, avec l'hypertension, l'autre grande cause de maladie rénale chronique.
  • Boire beaucoup d'eau, environ 1,5 L répartis tout au long de la journée. Cela facilite le travail des reins. La Fnair recommande de consommer des eaux faiblement minéralisées. En regardant de près l'étiquette de votre bouteille d'eau, vous pouvez y lire l'inscription "résidus secs à 180°C". Elle indique la teneur globale en sels minéraux en mg/L de résidus sec après chauffage à 180°C. Moins ce chiffre est élevé, moins l'eau est minéralisée.
  • Contrôler l'excès de poids : avoir une alimentation saine et équilibrée participe à la prévention du surpoids, donc aux pathologies rénales.
  • Prendre soin de sa forme en pratiquant une activité physique régulière : pour la même raison, être actif limite les risques de surpoids et de troubles rénaux.
  • Réduire les apports en sel afin de prévenir l'hypertension artérielle est également recommandé.
  • Ne pas fumer : le tabac accélère l'évolution des maladies rénales.
  • Ne pas s'auto-médiquer sur une période trop longue car certains médicaments ont des effets indésirables sur la fonction rénale. Etre en particulier vigilant quant à l'abus de diurétiques et de laxatifs.
  • Eviter les régimes hyper protéinés car ils fatiguent les reins.
  • Se méfier des contrastes iodés injectés lors de certains examens radiologiques car ils peuvent endommager les reins des personnes fragiles. N'hésitez pas à en parler à votre médecin.

Comment reconnaître une insuffisance rénale ?

On parle d'insuffisance rénale chronique lorsque les deux reins ne fonctionnent plus correctement. Cette maladie est due à la destruction progressive et irréversible des reins. Elle s'étale généralement sur plusieurs années, sans s'accompagner de symptômes. Et pour cause : pendant tout ce temps, l'organisme trouve des parades pour compenser le déficit. Résultat, les patients qui arrivent à un stade avancé d'insuffisance rénale chronique n'utilisent parfois plus que 10% de leurs capacités rénales. En réalité, si des analyses biologiques étaient effectuées, elles révéleraient des anomalies, notamment une augmentation dans le sang des taux d'urée et de créatinine.

Les symptômes s'installent donc assez tardivement. Aucun n'est spécifique, en voici les principaux :

  • Une hypertension artérielle : c'est souvent l'un des premiers signes de l'insuffisance rénale. Elle découle d'une accumulation de sel que les reins n'arrivent plus à éliminer. Par ailleurs l'hypertension contribue à aggraver la maladie en fragilisant les petits vaisseaux des reins.
  • Des troubles urinaires : besoin fréquent d'uriner surtout la nuit, coloration des urines en rouge (sang dans les urines).
  • Une sensation générale de mal être due à l'accumulation de déchets toxiques dans le sang : perte d'appétit, nausées, troubles du sommeil?
  • Une fatigue importante : symptomatique d'une anémie, elle est due à une baisse de la quantité des globules rouges, les molécules qui transportent l'oxygène dans le sang et dont la fabrication dépend du rein.

A un stade très avancé (insuffisance rénale terminale), le potassium provenant de l'alimentation n'est plus éliminé correctement, entraînant son accumulation dans l'organisme et provoquant des crampes, des œdèmes, des troubles du rythme cardiaque (arythmie).

Comment limiter l'insuffisance rénale ? 

Si l'insuffisance rénale est diagnostiquée suffisamment tôt, on peut ralentir son évolution. "Mais la priorité c'est paradoxalement de dépister et de contrôler les facteurs de risque cardiovasculaire comme le tabac, le surpoids, l'hypercholestérolémie, la sédentarité, etc." explique le docteur Mariat. Et pour cause, qu'elle qu'en soit sa sévérité, l'insuffisance rénale peut entraîner des complications graves : infarctus, attaque cérébrale, etc. "Un malade avec une insuffisance rénale chronique a donc plus de risques de complications cardiovasculaires graves que de complications directement liées à sa maladie rénale" ajoute le docteur Mariat.

Ensuite, il est bien entendu indispensable de limiter l'évolution de la maladie rénale, de sorte qu'elle ne devienne pas chronique. Ceci passe par une surveillance des principaux facteurs de progression de l'insuffisance rénale :

  • La tension artérielle doit rester inférieure à 13/8, voire moins si c'est possible. Elle doit donc être contrôlée le plus souvent possible.
  • La protéinurie doit être inférieure à 0.5 g/jour. "Pour le malade, cela repose sur des règles diététiques, principalement une restriction en sel, ainsi que par l'utilisation de médicaments dits néphro protecteurs" explique le docteur Mariat.

Comment soigner une insuffisance rénale ?

Arrivé au stade d'insuffisance rénale terminale, un traitement à vie est indispensable, soit par la dialyse, soit par une greffe de rein. "En fait le patient connait généralement les deux types de traitements au cours de sa maladie. Soit il commence par la dialyse avant d'être greffé, soit au contraire il est greffé tout de suite, puis passe à la dialyse au bout de 15-20 ans lorsque le greffon ne fonctionne plus. Il y a toujours un va et vient entre les deux", indique le docteur Mariat.

La dialyse est une machine dont le rôle est de remplacer le travail du rein. Elle permet ainsi d'épurer une grande quantité de sang (en moyenne 70 L par séance d'hémodialyse) de ses déchets toxiques et de l'eau retenue en excès. Bien qu'indispensable, elle n'est pas sans contraintes : elle mobilise pendant plusieurs heures le malade, elle le fatigue énormément et provoque des effets secondaires (chutes de tension, malaises, crampes, etc.). Bref, la dialyse, bien que vitale, dégrade fortement la qualité de vie des malades. Il existe deux techniques de dialyse :

L'hémodialyse. Techniquement, le malade est relié à une grosse machine appelée le dialyseur ou plus simplement un "rein artificiel". A l'intérieur, le sang est débarrassé de ses déchets et, une fois épuré, il est réintroduit dans le système circulatoire. Deux tuyaux, un pour le sang qui sort, un pour le sang qui rentre, relient le bras du malade à la machine. Généralement, pour faciliter le prélèvement du sang, l'aiguille est placée dans une fistule du bras, c'est-à-dire une zone où la pression du sang est plus forte et la veine plus large. Les malades doivent se rendre trois fois par semaine à l'hôpital dans un service de dialyse (centre de dialyse, clinique, hôpital). La séance dure environ 4 heures. C'est beaucoup, surtout pour les personnes qui travaillent, d'autant que peu de structures proposent des dialyses le soir. Il est en outre possible d'effectuer soi-même la dialyse ou de se faire aider par ses proches à domicile. "Cependant elle nécessite une infrastructure lourde et donc peu pratique. Les patients sont d'ailleurs rares à choisir cette option. Dans les centres de dialyse, ils sont complètement pris en charge par une équipe médicale, ce qui est généralement plus rassurant pour eux" , ajoute le docteur Mariat. 

La dialyse péritonéale : au contraire de l'hémodialyse, elle se fait à domicile. Le principe est le même, il s'agit de filtrer le sang. Par contre, celui-ci est purifié à l'intérieur du corps et non dans une machine. Comment ça marche ? C'est le péritoine, la membrane qui tapisse notamment l'intérieur de l'abdomen, qui va servir de filtre. Un cathéter implanté en permanence au dessus du nombril permet de faire pénétrer un liquide de dialyse dans le ventre. Les déchets et l'eau passent ainsi du sang à ce liquide (le dialysat) au travers du péritoine. 

Quotidiennement, le malade doit faire l'échange entre le dialysat contenant les déchets et un nouveau dialysat tout propre. Chaque échange dure environ 30 à 45 minutes. Bien que contraignante, cette seconde méthode évite d'avoir à se déplacer dans un centre de dialyse. Mais malgré tout le potentiel de la dialyse à domicile, et la volonté des patients d'en bénéficier (1 patient dialysé souhaiterait essayer), la dialyse à domicile concerne moins de 8% des patients en France, contre 20 à 30 % en Suède, aux Pays-Bas ou au Canada.

La transplantation rénale : si l'attente d'une transplantation peut être longue, elle représente surtout l'espoir d'une vie moins contraignante. En 2006, 6152 malades étaient en attente de rein en France. Grâce aux campagnes d'information en faveur du don et de la greffe, l'Agence de Biomédecine se montre optimiste. En effet, le nombre de greffes a augmenté de 30% ces cinq dernières années.

*Propos recueillis par le Journal des Femmes en avril 2012.

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