Rougeole : quels sont les symptômes et comment s'en prémunir ?

Les cas de rougeole continuent de se multiplier en France, avec plus de 1800 cas et 78 départements touchés depuis le début de l'année 2018. Quels sont les symptômes et les risques de cette maladie infectieuse ? Comment éviter la contagion ? On fait le point.

Rougeole : quels sont les symptômes et comment s'en prémunir ?
©  Jovan Mandic-123rf

[Mis à jour le 2/05/2018]. Plus de 1800 cas de rougeole ont été enregistrés depuis le début de l'année 2018 (1947 cas depuis le 6 novembre dernier), selon les derniers chiffres publiés le 25 avril par Santé Publique France, qui compte 78 départements touchés par cette maladie infectieuse. Quelles sont les régions les plus touchées par la rougeole ? C'est la région Nouvelle-Aquitaine qui est la plus concernée avec 51% des cas déclarés. Elle est d'ailleurs considérée comme étant la seule région en situation épidémique. Mais tout l'ouest de l'hexagone est majoritairement concerné par les cas de rougeole. Comme l'Occitanie avec les départements du Gard, de l'Aveyron et de la Haute Garonne. "L'augmentation rapide du nombre de cas depuis le début de l'année peut faire craindre une nouvelle épidémie importante sur l'ensemble du territoire", précise l'agence, qui rappelle par ailleurs que la vaccination est le seul moyen de se protéger contre la rougeole. En effet, "87% des cas de rougeole sont survenus chez des sujets non ou mal vaccinés", précise Santé Publique France. Quant aux personnes les plus concernées, il s'agit des tout-petits. L'incidence la plus élevée a été constatée chez les bébés âgés de moins d'un an (ne pouvant être vaccinés), avec 18,5 cas pour 100 000 habitants. Et s'ils sont particulièrement fragiles, c'est aussi parce qu'à ce jour, "aucun département n'atteint les 95 % de couverture vaccinale à 2 ans, pour les 2 doses de vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR), taux requis pour permettre l'élimination de la maladie". Ces deux doses sont donc indispensables pour protéger les nourrissons de moins d'un an (seuls 79% reçoivent deux doses de vaccin), ou encore les femmes enceintes, et les personnes immunodéprimées, qui ne peuvent pas se faire vacciner. Par conséquent, "il est impératif que toutes les personnes nées à partir de 1980 aient reçu deux doses de vaccin rougeole-oreillons-rubéole (ROR)", rappelle Santé publique France. En France, un plan national d'élimination a été mis en place en 2005. Il fixe un objectif de couverture vaccinale de 95% à l'âge de 2 ans et une incidence annuelle inférieure à 0,1 cas / 100 000 habitants.

Taux d'incidence et nombre de cas de rougeole déclarés, par département, du 6 novembre 2017 au 22 avril 2018 © Santé Publique France

Rougeole : définition

La rougeole est l'une des maladies infantiles les plus contagieuses. Elle peut aussi s'attraper à l'âge adulte, et entraîner des complications graves (pulmonaires, neurologiques). Elle se reconnaît par des petites taches rouges qui apparaissent au début derrière les oreilles et sur le front. Les idées reçues concernant cette maladie infectieuse sont nombreuses, autant que les personnes n'ayant pas ou peu conscience des risques et qui n'ont pas été vaccinées durant leur enfance. La rougeole est provoquée par un virus de la famille des paramyxoviridés, très contagieux, qui touche principalement les jeunes enfants et se transmet dans l'air. Ce n'est pas une maladie bénigne et elle peut entraîner, à tout âge, des complications graves. Pour autant, la vaccination a permis de faire baisser considérablement le nombre de décès dus à la rougeole.

Une épidémie de rougeole en France ?

Rassurez-vous, si pour l'heure les cas de rougeole progressent en France, nous sommes loin de l'épidémie de rougeole de 2011 (avec 15 000 cas déclarés). Pour l'heure, la France reste un pays "endémique" pour la rougeole. Néanmoins, "l'augmentation rapide du nombre de cas depuis le début de l'année et l'identification de foyers épidémiques dans plusieurs régions font craindre une épidémie sur l'ensemble du territoire", s'inquiètent les autorités sanitaires. Rappelons qu'une endémie se définit par la présence habituelle d'une maladie, en générale infectieuse, dans une population déterminée ou une région précise, avec une incidence stable. A l'inverse, l'épidémie se définit par la croissance rapide de l'incidence d'une maladie dans une région  donnée et pendant une période donnée. 

© Santé Publique France

Ce qui pose problème, c'est que la rougeole avait quasiment disparu dans de nombreux pays. Mais la France est depuis 2008 confrontée à une évolution de l'incidence des cas déclarés. Une quarantaine de cas seulement étaient déclarés en 2006 et 2007. Mais en 2008, 600 cas avaient été déclarés en France, avant de s'accentuer les années suivantes. En 2011, les autorités sanitaires s'étaient fortement alarmées : près de 15 000 cas avaient été déclarés. Le nombre de cas a fortement diminué en 2012, puis est resté stable en 2013 et 2014 (respectivement 859, 259 et 267 cas déclarés). En 2015, le nombre de cas augmentait de nouveau (364 cas), avec un important foyer épidémique en Alsace (230 cas). En 2016, 79 cas ont été déclarés, témoignant d'une circulation moindre du virus de la rougeole par rapport aux années antérieures. Mais en 2017, la circulation du virus s'est de nouveau intensifiée (519 cas), avec des foyers épidémiques en Lorraine, Nouvelle Aquitaine et Occitanie. Quatre cas d'encéphalite et 38 pneumopathies graves nécessitant une hospitalisation (dont 6 en réanimation) ont été recensés au cours de l'année, dont un décès, précise Santé Publique France dans son bulletin épidémiologique du 21/02/2018.

Au total, sur la période allant du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2016, soit pendant 9 ans, l'Institut national de veille sanitaire a répertorié 24 000 cas de rougeole. De plus, plus de 1 500 cas ont présenté une pneumopathie grave, 34 une complication neurologique (31 encéphalites, 1 myélite, 2 Guillain-Barré) et 19 sont décédés. 

Quelle situation épidémique en 2018 ? Pour l'heure, la situation n'est pas comparable avec le pic de 2011, mais la maladie progresse de nouveau activement dans plusieurs départements. Le nombre de cas a en effet augmenté de manière importante ces derniers mois. Entre le mois de novembre 2017 et le 22 avril 2018, 1 947 cas ont été déclarés en France, dont plus de 1800 cas (soit 96%) déclarés depuis le 1er janvier 2018. Au total, 78 départements ont été touchés. C'est la région Nouvelle-Aquitaine qui est la plus concernée par la rougeole, avec 51% des cas déclarés, seule région considérée en situation épidémique. Par ailleurs, 21% des cas déclarés ont été hospitalisés, précise Santé publique France dans son dernier bulletin hebdomadaire. 

Rougeole et contagion

La rougeole est l'une des maladies infectieuses les plus contagieuses, puisqu'une personne peut contaminer entre 15 et 20 personnes. Elle se transmet essentiellement par voie aérienne, soit directement auprès d'un malade (toux, éternuements, postillons), soit indirectement lorsque le virus reste présent dans l'air ou sur une surface contaminée. Quel est le temps d'incubation ? Une personne est contagieuse environ 3 à 5 jours avant l'apparition des éruptions cutanées, et jusqu'à 5 jours après les premiers boutons. La rougeole étant causée par un virus très contagieux, l'entourage non immunisé est ainsi très souvent contaminé. Aussi, il est possible d'être contaminé par la rougeole à tout âge. 

Rougeole : symptômes

La rougeole n'est pas à prendre à la légère. Au départ, pendant 3 à 4 jours, la maladie se manifeste par l'apparition de symptômes évoquant un rhume : écoulement du nez, conjonctivite, toux, grande fatigue et forte fièvre (entre 39 et 40°). Suit ensuite, pendant une semaine. éruption cutanée. Elle se manifeste par l'apparition de petites taches très rouges légèrement surélevées qui laissent des zones de peau normale. L'éruption cutanée est descendante, c'est-à-dire qu'elle apparaît d'abord sur le visage (derrière les oreilles, sur le front, sur les joues, puis sur le cou, puis le haut du corps, avant d'atteindre les extrémités). Pendant cette période, la personne demeure fébrile et très fatiguée. La rhinite et la conjonctivite disparaissent, mais la toux, qui est souvent intense, peut durer jusqu'à la fin de l'infection. Elle peut également provoquer des vomissements, une diarrhée et des douleurs abdominales. Enfin, dans certains cas, la rougeole peut entraîner une hospitalisation, notamment pour pneumonie ou complications neurologiques graves, pouvant aller jusqu'à des décès. En effet, les complications sont présentes dans environ 30 % des cas de rougeole. Elles touchent le plus souvent les nourrissons de moins d'un an non vaccinés et les jeunes adultes. En outre, les personnes présentant une immunodépression sont particulièrement fragiles. A noter que les complications les plus sévères sont plus fréquentes chez les nourrissons de moins de un an et chez les adultes de plus de vingt ans.

A quoi ressemble la rougeole ?

Comment différencier les boutons de rougeole et ceux de la varicelle ? Alors que l'éruption cutanée, en cas de rougeole, apparaît en premier lieu sur le visage, puis sur le reste du corps, les boutons - dans le cas d'une varicelle - surviennent généralement sur le thorax et le visage, suivis de fortes démangeaisons. Les boutons de varicelle ressemblent à des taches rosées, qui se transforment ensuite en vésicules remplies de substance transparente. Pour reconnaître un cas de rougeole, il faut donc prendre en considération les autres symptômes (écoulement du nez, conjonctivites, toux, fatigue et fièvre). Rappelons que la varicelle se manifeste par une fièvre modérée, mais aussi par des maux de tête, et des douleurs abdominales. En cas de doute, n'hésitez pas à demander conseil à votre médecin.

© natulrich

La rougeole chez l'adulte

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la rougeole n'est pas qu'une maladie infantile. Certes, les bébés de moins de 12 mois sont les plus concernés puisqu'ils sont fragiles et n'ont pas encore reçu leur première dose de vaccin. Pour autant, les complications les plus sévères sont aussi fréquentes chez les adolescents et jeunes adultes. "Chez les plus de 15 ans, dans un cas sur deux de rougeole, une hospitalisation est nécessaire", précise le ministère de la Santé. En outre, les adultes qui n'ont pas été vaccinés pendant leur enfance encourent des risques de séquelles graves lorsqu'ils la contractent à l'âge adulte. Rappelons qu'une jeune femme de 32 ans est décédée à Poitiers en février dernier suite à une rougeole.

Vaccin ROR et rougeole

Le vaccin ROR permet d'éviter la contagion, et est recommandé à toutes les personnes qui ne sont pas encore vaccinées. En effet, aucun traitement curatif n'existe contre la maladie, et le seul moyen de l'éliminer est d'avoir une couverture vaccinale large, à hauteur de 95 % (recommandation de l'OMS). Par ailleurs, la vaccination est indispensable pour se prémunir, mais aussi pour protéger les personnes trop fragiles, notamment les nouveau-nés qui n'ont pas encore reçu leur première dose du vaccin. Ce qui inquiète les spécialistes et les autorités sanitaires, c'est que la couverture vaccinale est insuffisante en France. Rappelons que la ministre de la Santé a rendu obligatoire 11 vaccins au 1er janvier 2018, dont celui contre la rougeole.

A savoir : Deux injections du vaccin ROR protègent à la fois contre la rougeole, mais aussi contre la rubéole et les oreillons. La première injection est recommandée chez le nourrisson à l'âge de 12 mois et la seconde dose entre 16 et 18 mois (ou dès 13 mois, en respectant un intervalle d'un mois entre la première et la deuxième injection). Si votre enfant n'a pas été vacciné ou n'a reçu qu'une seule dose, un rattrapage est possible. Demandez conseil à votre médecin.

Rougeole : les traitements

Aucun traitement spécifique n'est recommandé pour une rougeole simple. En cas de fièvre ou de surinfections, votre médecin pourra prescrire un antibiotique. Pour lutter contre la fièvre, il pourra compléter le traitement par des antipyrétiques. En cas de fièvre persistante et supérieure à 38,5 °C, un médicament à base de paracétamol ou d'ibuprofène peut être prescrit, en respectant les contre-indications. Attention, si votre enfant a moins de trois mois, donnez-lui uniquement du paracétamol (60 mg par kilo et par jour, à répartir en quatre ou six prises). Il est également recommandé de faire boire les enfants régulièrement, de ne pas trop les couvrir, de bien aérer leur chambre et de les faire se reposer. En cas de complications, consultez rapidement votre médecin. Rappelons enfin que la rougeole étant une maladie très contagieuse, le médecin est tenu obligatoirement de signaler les cas aux autorités sanitaires. 

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