Pourquoi l'épidémie de rougeole inquiète-t-elle ?

ROUGEOLE - Depuis novembre 2017, les cas de rougeole progressent dans le Sud-Ouest de la France. Quels sont les symptômes et les risques de cette maladie infectieuse ? Comment éviter la contagion ? On fait le point.

Pourquoi l'épidémie de rougeole inquiète-t-elle ?
© Jovan Mandici-123rf

[Mis à jour le 14/02/2018] Mardi 13 février, une jeune femme de 32 ans est morte de la rougeole au CHU de Poitiers, dans la Vienne, a annoncé l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine. Elle avait été placée en réanimation à la suite de son hospitalisation le 1er février. Selon le CHU, elle n'était pas vaccinée contre la rougeole"Je demande aux personnes qui ne sont pas vaccinées ou qui n'ont pas fait vacciner leurs enfants de faire un rattrapage", a réagi la ministre de la Santé Agnès Buzyn, invitée sur France Inter mercredi 13 février. Avant de constater que ce sont "les personnes les plus vulnérables qui l'attrapent" en raison d'une couverture vaccinale de la population "insuffisante". Et de rappeler que "pratiquement tous les cas de rougeole sont survenus chez des gens soit non vaccinés, soit n'ayant reçu qu'une seule dose dans leur vie alors que deux doses étaient recommandées à l'époque, elles sont maintenant obligatoires en raison de la dangerosité de la maladie". En outre, a-t-elle regretté, la couverture est autour de 70 % dans certaines régions, soit un taux "totalement insuffisant pour empêcher une épidémie d'émerger". La ministre a enfin précisé que "dans une épidémie de rougeole, il y aura un décès sur 3 000 cas, une encéphalite avec séquelles pour 1 500 cas […] et des pneumopathies beaucoup plus fréquentes".

Rougeole : définition

La rougeole est l'une des maladies infantiles les plus contagieuses. Elle peut aussi s'attraper à l'âge adulte, et entraîner des complications graves (pulmonaires, neurologiques). Elle se reconnaît par des petites taches rouges qui apparaissent au début derrière les oreilles et sur le front. Les idées reçues concernant cette maladie infectieuse sont nombreuses, autant que les personnes n'ayant pas ou peu conscience des risques et qui n'ont pas été vaccinées durant leur enfance. La rougeole est provoquée par un virus de la famille des paramyxoviridés, très contagieux, qui touche principalement les jeunes enfants et se transmet dans l'air. Ce n'est pas une maladie bénigne et elle peut entraîner, à tout âge, des complications graves. Pour autant, la vaccination a permis de faire baisser considérablement le nombre de décès dus à la rougeole. "Entre 2000 et 2016, on estime que la vaccination antirougeoleuse a évité 20,4 millions de décès" précise l'OMS. "Le nombre de décès à l'échelle mondiale a diminué de 84 %, passant de 550 100 en 2001 à 89 780 en 2016".

Une épidémie de rougeole en France ?

Rassurez-vous, si pour l'heure les cas de rougeole progressent en France, nous sommes loin de l'épidémie de rougeole de 2011. Du reste, il est faux de parler d'"épidémie". Actuellement, selon Santé Publique France, la France reste un pays "endémique" pour la rougeole. Rappelons qu'une endémie se définit par la présence habituelle d'une maladie, en générale infectieuse, dans une population déterminée ou une région précise, avec une incidence stable. A l'inverse, l'épidémie se définit par la croissance rapide de l'incidence d'une maladie dans une région  donnée et pendant une période donnée.

© Santé Publique France

Ce qui pose problème, c'est que la rougeole avait quasiment disparu dans de nombreux pays. Mais la France est depuis 2008 confrontée à une évolution de l'incidence des cas déclarés. Une quarantaine de cas seulement étaient déclarés en 2006 et 2007. Mais en 2008, 600 cas avaient été déclarés en France, avant de s'accentuer les années suivantes. En 2011, les autorités sanitaires s'étaient fortement alarmées : près de 15 000 cas avaient été déclarés. Le nombre de cas a fortement diminué en 2012, puis est resté stable en 2013 et 2014 (respectivement 859, 259 et 267 cas déclarés). En 2015, le nombre de cas augmentait de nouveau (364 cas), avec un important foyer épidémique en Alsace (230 cas). En 2016, 79 cas ont été déclarés, témoignant d'une circulation moindre du virus de la rougeole par rapport aux années antérieures. Mais en 2017, la circulation du virus s'est de nouveau intensifiée (519 cas), avec des foyers épidémiques en Lorraine, Nouvelle Aquitaine et Occitanie. Quatre cas d'encéphalite et 38 pneumopathies graves nécessitant une hospitalisation (dont 6 en réanimation) ont été recensés au cours de l'année, dont un décès, précise Santé Publique France dans son bulletin épidémiologique du 12/02/2018.

Au total, sur la période allant du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2016, soit pendant 9 ans, l'Institut national de veille sanitaire a répertorié 24 000 cas de rougeole. De plus, plus de 1 500 cas ont présenté une pneumopathie grave, 34 une complication neurologique (31 encéphalites, 1 myélite, 2 Guillain-Barré) et 19 sont décédés. 

Taux d'incidence et nombre de cas de rougeole déclarés, par département, du 1er janvier au 31 décembre 2017. © Santé Publique France

Quelle situation épidémique en 2018 ? Pour l'heure, la situation n'est pas comparable avec le pic de 2011. mais la maladie progresse de nouveau activement dans plusieurs départements. Après la ville de Bordeaux et l'ensemble de la Gironde, particulièrement touchés en ce début d'année, les cas de rougeole ont augmenté dans le département de la Vienne. "En France, entre le 1er novembre 2017 et le 18 janvier 2018, 123 cas de rougeole ont été recensés et 81% de ces cas se sont déclarés en Nouvelle-Aquitaine", selon l'Agence Régionale de Santé. Les départements de la Gironde et de la Vienne sont, depuis novembre 2017 les plus touchés, mais des cas isolés de rougeole peuvent apparaître à tout endroit et initier une épidémie." "La France n'est donc pas à l'abri d'une nouvelle épidémie d'ampleur importante, comme celles observées dans plusieurs pays frontaliers : l'Italie (près de 5000 cas), l'Allemagne (plus de 900 cas) ou la Belgique (près de 400 cas), mais aussi dans d'autres pays européens : Roumanie (plus de 6000 cas) ou Grèce (plus de 600 cas)", s'inquiète Santé Publique France.

En France, un plan national d'élimination a été mis en place en 2005. Il fixe un objectif de couverture vaccinale de 95% à l'âge de 2 ans et une incidence annuelle inférieure à 0,1 cas / 100 000 habitants.

Rougeole et contagion

La rougeole est l'une des maladies infectieuses les plus contagieuses, puisqu'une personne peut contaminer entre 15 et 20 personnes. Elle se transmet essentiellement par voie aérienne, soit directement auprès d'un malade (toux, éternuements, postillons), soit indirectement lorsque le virus reste présent dans l'air ou sur une surface contaminée. Quel est le temps d'incubation ? Une personne est contagieuse environ 3 à 5 jours avant l'apparition des éruptions cutanées, et jusqu'à 5 jours après les premiers boutons. La rougeole étant causée par un virus très contagieux, l'entourage non immunisé est ainsi très souvent contaminé. Aussi, il est possible d'être contaminé par la rougeole à tout âge. 

Rougeole : symptômes et photo des boutons

La rougeole n'est pas à prendre à la légère. Au départ, pendant 3 à 4 jours, la maladie se manifeste par l'apparition de symptômes évoquant un rhume : écoulement du nez, conjonctivite, toux, grande fatigue et forte fièvre (entre 39 et 40°). Suit ensuite, pendant une semaine. éruption cutanée. Elle se manifeste par l'apparition de petites taches très rouges légèrement surélevées qui laissent des zones de peau normale. L'éruption cutanée est descendante, c'est-à-dire qu'elle apparaît d'abord sur le visage (derrière les oreilles, sur le front, sur les joues, puis sur le cou, puis le haut du corps, avant d'atteindre les extrémités). Pendant cette période, la personne demeure fébrile et très fatiguée. La rhinite et la conjonctivite disparaissent, mais la toux, qui est souvent intense, peut durer jusqu'à la fin de l'infection. Elle peut également provoquer des vomissements, une diarrhée et des douleurs abdominales. Enfin, dans certains cas, la rougeole peut entraîner une hospitalisation, notamment pour pneumonie ou complications neurologiques graves, pouvant aller jusqu'à des décès. En effet, les complications sont présentes dans environ 30 % des cas de rougeole. Elles touchent le plus souvent les nourrissons de moins d'un an non vaccinés et les jeunes adultes. En outre, les personnes présentant une immunodépression sont particulièrement fragiles. A noter que les complications les plus sévères sont plus fréquentes chez les nourrissons de moins de un an et chez les adultes de plus de vingt ans. En France, entre le 1er janvier 2008 et le 31 décembre 2016, plus de 24 000 cas de rougeole ont été déclarés. Parmi eux, près de 1 500 cas ont présenté une pneumopathie grave, 34 une complication neurologique et 10 sont décédés.

© natulrich

La rougeole chez l'adulte

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la rougeole n'est pas qu'une maladie infantile. Certes, les bébés de moins de 12 mois sont les plus concernés puisqu'ils sont fragiles et n'ont pas encore reçu leur première dose de vaccin. Pour autant, les complications les plus sévères sont aussi fréquentes chez les adolescents et jeunes adultes. "Chez les plus de 15 ans, dans un cas sur deux de rougeole, une hospitalisation est nécessaire", précise le ministère de la Santé. En outre, les adultes qui n'ont pas été vaccinés pendant leur enfance encourent des risques de séquelles graves lorsqu'ils la contractent à l'âge adulte, comme en témoigne Jean-Baptiste dans le journal Le Parisien du 29 janvier. Après une fièvre à 41°C, une méningo-encéphalite, une pneumopathie et trois semaines de coma, il se réveille paraplégique. "Aujourd'hui, je vais bien, même si je suis considéré comme invalide à 80%. Mon mollet gauche n'a plus d'afflux nerveux, j'ai une sonde urinaire, beaucoup de fatigue", déclare-t-il au quotidien. Il faut préciser que sa rougeole n'est pas apparue par hasard. En effet, confie-t-il, il n'avait pas été vacciné lorsqu'il était enfant. Non par choix politique, mais par erreur, "un oubli". Et de poursuivre : "si je témoigne, c'est parce que cela peut peut-être éveiller les consciences. Il est idiot et égoïste de ne pas vacciner son enfant. J'en suis un exemple : la rougeole, ce n'est pas un jeu à tenter."

Vaccin ROR et rougeole

Le vaccin ROR permet d'éviter la contagion, et est recommandé à toutes les personnes qui ne sont pas encore vaccinées. En effet, aucun traitement curatif n'existe contre la maladie, et le seul moyen de l'éliminer est d'avoir une couverture vaccinale large, à hauteur de 95 % (recommandation de l'OMS). Par ailleurs, la vaccination est indispensable pour se prémunir, mais aussi pour protéger les personnes trop fragiles, notamment les nouveau-nés qui n'ont pas encore reçu leur première dose du vaccin. Ce qui inquiète les spécialistes et les autorités sanitaires, c'est que la couverture vaccinale est insuffisante en France. Seuls cinq départements français approchent les 85% (l'Ain, la Haute-Saône, l'Île-de-France, la Seine-Saint-Denis le Val-de-Marne) et huit d'entre eux affichent même une couverture inférieure à 70% (Orne, Lot, Jura, Gers, Aude, Ariège, Hautes-Alpes et la Réunion). Rappelons que la ministre de la Santé a rendu obligatoire 11 vaccins au 1er janvier 2018, dont celui contre la rougeole.

A savoir : Deux injections du vaccin ROR protègent à la fois contre la rougeole, mais aussi contre la rubéole et les oreillons. La première injection est recommandée à l'âge de 12 mois et la seconde dose entre 16 et 18 mois (ou dès 13 mois, en respectant un intervalle d'un mois entre la première et la deuxième injection). Si votre enfant n'a pas été vacciné ou n'a reçu qu'une seule dose, un rattrapage est possible. Demandez conseil à votre médecin.

Rougeole : les traitements

Aucun traitement spécifique n'est recommandé pour une rougeole simple. En cas de fièvre ou de surinfections, votre médecin pourra prescrire un antibiotique. Pour lutter contre la fièvre, il pourra compléter le traitement par des antipyrétiques. En cas de fièvre persistante et supérieure à 38,5 °C, un médicament à base de paracétamol ou d'ibuprofène peut être prescrit, en respectant les contre-indications. Attention, si votre enfant a moins de trois mois, donnez-lui uniquement du paracétamol (60 mg par kilo et par jour, à répartir en quatre ou six prises). Il est également recommandé de faire boire les enfants régulièrement, de ne pas trop les couvrir, de bien aérer leur chambre et de les faire se reposer. En cas de complications, consultez rapidement votre médecin. Rappelons enfin que la rougeole étant une maladie très contagieuse, le médecin est tenu obligatoirement de signaler les cas aux autorités sanitaires. 

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