Le sport : un nouveau médicament ? Ostéoporose : "L'activité physique régulière permet de ralentir la perte osseuse"

On estime que chaque année, l'ostéoporose est responsable de 70 000 fractures vertébrales, de 50 000 fractures de la hanche et de 35 000 fractures du poignet. Mais aussi de nombreuses fractures des côtes, du bassin, de l'épaule et de la cheville. En raison du vieillissement de la population française, ces chiffres pourraient être multipliés par 4 d'ici 40 ans. L'activité physique est un élément de prévention indispensable pour garder des os les plus solides possible.

les résultats de lenquête : l'ostéoporose.
Les résultats de lenquête : l'ostéoporose. © Journal des Femmes / Magali Talneau

Ces résultats vous surprennent-ils ?

Pr Erick Legrand, rhumatologue au CHU d'Angers : Ces résultats montrent la méconnaissance générale de l'impact de l'activité physique sur la santé et les maladies. Le grand public connaît mal les liens entre la bonne santé du squelette et l'activité physique. Certains pensent même qu'elle est déconseillée car elle pourrait, selon eux, être source de fractures ou de douleurs. Ce qui est faux si elle est pratiquée correctement, c'est-à-dire adaptée à l'âge et à la santé du patient !

Que disent vos patients lorsque vous leur dites que l'activité physique n'est pas contre-indiquée et peut les aider ?

E. L. : Globalement, on peut classer les patients en trois groupes :

- ceux qui adhèrent d'emblée, parfois le savaient avant et sont plutôt ravis de la nouvelle,

- ceux qui sont étonnés mais contents de l'apprendre ("je peux refaire du sport !''),

- ceux qui sont très dubitatifs sur les bienfaits de l'activité physique, qui sont réticents et qu'il va falloir convaincre ("je n'ai pas le temps'', "j'ai mal au dos''...).

Comment l'activité physique peut-elle aider à lutter contre l'ostéoporose ?

E. L. : Il faut déjà comprendre que l'ostéoporose est une maladie hétérogène, très variable dans son expression clinique d'un patient à l'autre. En fait, tout dépendra de la gravité de l'ostéoporose, de l'âge du patient, de ses autres pathologies et de son mode de vie. Mais dans tous les cas, une activité physique de base (3h par semaine) est encouragée. D'abord pour exercer des contraintes sur le squelette et donc augmenter la formation osseuse mais également pour entretenir la masse musculaire. Les études ont également montré que le risque de chute est plus faible chez les patients qui pratiquent une activité physique régulière.

- Chez le patient de la cinquantaine, qui a des facteurs de risque d'ostéoporose importants (tabac, densité osseuse plus faible que la normale, antécédents familiaux, etc.) des mesures de prévention seront conseillées pour ralentir la baisse du capital osseux et l'activité physique régulière en fait partie.

- Chez le patient déjà ostéoporotique, victime d'une première fracture, l'activité physique est indiquée mais certains sports sont préférables à d'autres. Les sports extrêmes ou de combat qui entraînent des traumatismes importants ou des chutes violentes sont déconseillés. En revanche, tous les sports d'endurance sont utiles, en particulier la marche, la randonnée mais aussi la bicyclette, la gymnastique, la danse...

- Pour les patients très âgés, qui sont polyhandicapés par des fractures multiples (vertèbres et col du fémur), on ne peut pas conseiller les mêmes activités mais dans l'immense majorité des cas, l'activité de marche doit être encouragée.

Comment inciter les patients à bouger ?

E. L. : L'activité physique est facile à prescrire par le médecin, parfois difficile à réaliser par le patient ! De manière générale, il est très difficile de changer les habitudes et les modes de vie des gens. Il est donc indispensable de proposer aux patients des activités physiques proches de leurs attentes. Par exemple, demandez à une personne âgée d'aller marcher tous les jours, elle le fera peut-être quelques semaines avant de tout arrêter, parce qu'elle n'aime pas marcher seule.

En revanche, si vous l'incitez à faire de la danse de salon, elle pourrait s'y rendre deux fois par semaine, heureuse de danser avec ses amis et son conjoint pendant plusieurs heures ! Plus les patients sont âgés, plus il faut encourager des activités de groupe qui stimulent les relations sociales, les échanges intellectuels et l'activité physique. L'activité physique n'a des effets favorables que si elle est pratiquée régulièrement et sur le long terme (plusieurs mois). Il est donc important que le médecin suggère... Mais laisse décider le patient de l'activité qui va lui convenir au mieux.

Quid de la prévention de l'ostéoporose par l'activité physique ?

E. L. : Les études ont démontré que l'acquisition du capital osseux se fait jusqu'à 25 ans. On estime qu'environ 70 % du capital osseux est lié à des facteurs génétiques : la plus grande partie du capital osseux, nous l'héritons de nos parents. En revanche, l'activité physique régulière et la consommation de produits riches en calcium peuvent contribuer à améliorer l'acquisition du capital osseux pour les 30 % restants. Il est donc indispensable que les enfants et les adolescents fassent régulièrement du sport, 2 à 3 fois par semaine, et réalisent leurs trajets quotidiens à pied, par exemple entre l'école et le domicile.

Après 25 ans, le capital osseux reste à peu près stable chez les adultes, sauf en cas de pathologies particulières. En revanche, à partir de 50/55 ans les femmes et les hommes voient naturellement ce capital diminuer : le risque de fracture augmente progressivement et devient important après 65 ans. La ménopause, c'est-à-dire l'arrêt de sécrétion des hormones ovariennes, est l'une des causes principales chez la femme. Chez l'homme aussi, on observe une diminution progressive de la testostérone : cette carence d'installation lente et progressive contribue à diminuer la force musculaire et la solidité des os. Même si les fractures surviennent un peu plus tard au cours de la vie, l'homme n'est donc pas épargné par l'ostéoporose : environ 25 % des fractures ostéoporotiques surviennent chez l'homme.

Les études ont montré que l'activité physique régulière permet de ralentir (sans la stopper) la perte osseuse. Elle doit être encouragée en incitant à une pratique sportive raisonnée et adaptée à l'âge mais aussi en adoptant un mode de vie qui favorise les trajets à pied, au quotidien, en laissant la voiture au garage !

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