Puberté précoce : ce qu'il faut savoir Pourquoi les pubertés précoces sont-elles plus fréquentes ?

Surpoids et perturbateurs endocriniens en première ligne. "En soit, la puberté précoce en elle-même n'aura pas nécessairement de conséquences sur la santé future de l'enfant mais c'est un signal d'alerte qui prouve que quelque chose ne va pas. Et en effet, le contexte environnemental responsable en grande partie de l'augmentation des pubertés précoces nous inquiète davantage", explique Patricia Bartaire. Ce contexte, c'est d'abord l'augmentation du surpoids chez les enfants. "Une prise de poids progressive depuis le plus jeune âge avec un rebond de la courbe de corpulence vers 3-4 ans, est très souvent associé aux pubertés précoces chez les filles", peut-on lire dans un document d'information relayé récemment par deux associations de pédiatres. "La consommation fréquente de sucre peut perturber par elle-même le fonctionnement de nombreux organes comme par exemple les ovaires. Ce phénomène, bien connu chez les femmes en surpoids, est décrit actuellement chez les petites filles", est-il encore précisé. "La sur-consommation de sucre induit une élévation anormale de la sécrétion d'insuline ("l'hormone du sucre") qui agit sur l'ensemble du corps. Cela conduit au diabète de type 2 mais également à de nombreux dérèglement d'organes. Finalement, le sucre agit aussi comme un perturbateur endocrinien", précise le Dr Bartaire.

Depuis le début des années 90, on suspecte de nombreux composés libérés dans l'environnement d'être capables de dérégler notre système endocrinien. La majorité d'entre eux sont issus de l'industrie chimique. Il s'agit notamment des traitements hormonaux contenants des œstrogènes de synthèse (contraceptifs, traitements substitutifs de la ménopause ou le Distilbène) et que l'on retrouve dans les eaux usées et les rivières. Les pesticides, le bisphénol A ou encore les phtalates sont également incriminés. Leurs effets sont multiples. De nombreuses études ont ainsi relevé une association entre les précocités pubertaires chez les filles et l'exposition à certains perturbateurs endocriniens, essentiellement les phtalates et les pesticides.

Les pouvoirs publics s'y intéressent de plus en plus. Aujourd'hui, des plans sont mis en place à la fois en France et en Europe pour limiter les perturbateurs endocriniens. La ministre de l'écologie avait dévoilé un plan national de lutte contre les perturbateurs endocriniens. Les contrôles sur la présence de phtalates dans les jouets ont été renforcés. Quant au bisphénol A, il a été banni en 2013 des objets destinés aux enfants de moins de 3 ans et notamment des biberons et depuis janvier 2015, il a été interdit dans la fabrication des revêtements des boites de conserve et d'objets en plastique ainsi que des tickets de caisse. "C'est très bien que cela avance, même si on a quand même 20 ans de retard", remarque Patricia Bartaire. Car le combat est loin d'être gagné. "Le problème c'est qu'on s'attaque aux plastiques alimentaires sans avoir suffisamment de recul sur les produits de substitution que l'on met à la place. Sont-ils réellement moins nocifs ? Pas si sûr", remarque Patricia Bartaire. Par ailleurs, il faudrait aussi s'attaquer aux autres perturbateurs endocriniens, notamment les pesticides et les herbicides que l'on retrouve dans le sang, dans les cheveux et les urines des enfants qui présentent des pubertés précoces selon différentes études scientifiques. Mais cela est complexe et c'est un peu " le combat de David contre Goliath" !

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