Journée mondiale sans tabac : la cigarette électronique, tabou ou pas ?

Fumeurs, fumeuses, ce samedi éteignez cigares et cigarettes, c'est la journée sans tabac. Organisée par l'Organisation Mondiale de la Santé, elle vise à mettre en lumière les risques du tabac pour la santé et à préconiser des politiques pour en réduire la consommation. Dans le viseur de l'OMS cette année, l'e-cigarette.

Journée mondiale sans tabac : la cigarette électronique, tabou ou pas ?
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Vapoti vapotons. Au rayon des méthodes anti-tabac, il y a les patchs, les gommes, l'hypnose, l'acupuncture et la petite dernière qui fait un tabac, l'e-cigarette. Débarquée sur le marché il y a quatre ans, la cigarette électronique a mis le paquet pour s'imposer jusqu'à tenir salon les 25, 26, 27 mai derniers. Aujourd'hui, 8 à 9 millions de Français ont déjà essayé la cigarette électronique. Et selon une enquête de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), un à deux millions de Français l'utiliseraient quotidiennement, très majoritairement comme moyen de sevrage. Véritable remède pour certains, l'e-cigarette n'en reste pas moins au cœur des débats. Si une récente étude britannique a révélé que la cigarette électronique serait plus efficace que les patchs pour arrêter de fumer, aucune n'a en revanche tranché sur le degré de nocivité du dispositif. Sur ce point, les avis sont partagés, les experts ont souvent des liens avec les industries concernées, et les lobbies sont puissants. L'OMS pour sa part déconseille vivement son utilisation. Une cinquantaine d'experts internationaux en santé ont donc profité de la journée sans tabac pour appeler l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à encourager la cigarette électronique plutôt que de chercher à la réprimer. "Le potentiel de ces produits (...) pour réduire le fardeau des maladies dues au tabagisme est très grand, et ces produits pourraient être parmi les innovations les plus importantes du 21e siècle en matière de santé", ont-il souligné dans une lettre dont l'AFP a eu copie. "On ne sait pas encore si l'utilisation à long terme des cigarettes électroniques comporte des risques pour la santé mais d'après ce que nous savons de la composition, ce sera beaucoup moins dangereux que la cigarette" a témoigné le tabacologue Robert West de l'University College de Londres.
Pas de fumée sans feu. Pour ce groupe de médecins, il serait "contre-productif d'interdire la publicité pour les e-cigarettes. Les gens fument pour la nicotine, mais meurent de la fumée". La grande majorité des morts et maladies imputables au tabac proviennent en effet de l'inhalation de particules de goudron et de gaz toxiques dans les poumons. Pour ces spécialistes, les e-cigarettes et autres produits du tabac non fumé présentent de "faibles risques" en comparaison de la fumée du tabac et "peuvent devenir des alternatives viables au tabagisme dans l'avenir".
Gare à la dépendance. "L'alternative viable au tabagisme " ne doit en revanche pas devenir une porte d'entrée. Un point faible de la cigarette électronique reconnu par de nombreux spécialistes et souligné par le Haut Conseil de la Santé Publique dans son avis sur la cigarette électronique : "pour un fumeur la e-cigarette peut être un outil de sevrage mais peut aussi créer une nouvelle addiction quand elle contient de la nicotine. Pour un non fumeur, et en particulier les jeunes, elle peut rendre dépendant et être une porte d'entrée au tabac". Sur ce point, le Haut Conseil préconise une interdiction du vapotage dans les lieux publics. Cette recommandation sera-t-elle suivie lors de la présentation de la nouvelle loi anti-tabac par la ministre de la Santé Marisol Touraine ? Réponse le 17 juin.