Hépatite C : vers un dépistage pour tous ? Comment améliorer l'accès aux traitements contre l'hépatite C ?

"On dispose des armes pour éradiquer le virus de l'hépatite C mais le problème est l'accès aux traitements", explique le Pr Marcellin. Car ce qu'il faut comprendre, c'est que l'hépatite C est guérissable à condition de consulter tôt. "Aujourd'hui, il existe une mauvaise image des traitements. Les patients pensent encore qu'ils causent des effets secondaires. Résultat, ils ne veulent pas toujours être traités... De même, à part les hépatologues, il y a une faible connaissance de l'hépatite C de la part de la communauté médicale, qui les conduit souvent à orienter tardivement les patients", relate encore le docteur Marc Bourlière.

Le Dr Pascal Mélin, vice-président de l'association SOS Hépatites, évoque de son côté un "manque de bras" dans les hôpitaux où les listes d'attente s'allongent : "On a une puissance phénoménale mais paradoxalement, on n'a jamais été aussi impuissant". Selon une enquête réalisée par l'association, un malade nouvellement dépisté doit attendre en moyenne plus de 40 jours avant un premier rendez-vous dans un service hospitalier spécialisé. Aujourd'hui, seuls les patients les plus sévèrement atteints par le virus bénéficient des nouveaux traitements, soit environ 80 000 patients en France.

Enfin, ces traitements sont excessivement onéreux. Preuve en est la polémique autour du Sovaldi (sofosbuvir) qui fait controverse depuis plusieurs mois, en raison de son tarif excessif. Le prix d'un traitement standard de 12 semaines par le sofosbuvir, commercialisé par le laboratoire pharmaceutique Gilead, a été fixé en France à 41 000 € . Trop cher pour les patients, mais aussi pour l'Assurance maladie. Fin septembre, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, avait multiplié les pressions sur le laboratoire américain pour obtenir une baisse des tarifs.

Prix des traitements : ça va bouger. Selon les spécialistes réunis lors de ce congrès, les Etats doivent continuer à faire pression sur les laboratoires mais la situation n'est pas aussi dichotomique qu'elle n'y paraît. "Tout cela va bouger", affirme le Pr Marcellin, avant d'évoquer des accords déjà conclus avec des génériqueurs pour faire baisser les prix dans les pays en voie de développement. Marc Bourlière compare quant à lui la situation à celle du VIH. "Les coûts ont évolué dans le temps et aujourd'hui les traitements contre le VIH sont disponibles pour des millions de personnes dans le monde. Pourquoi ne ferait-on pas la même chose avec l'hépatite C ?" Et selon lui, le prix des médicaments n'est pas l'unique problème. Les professionnels de santé sont mal informés, mal formés et bien sûr insuffisamment nombreux. Les malades n'ont pas accès aux tests de dépistage et l'accès aux traitements est loin d'être simple. "Ce qu'il manque ce sont des budgets et pour les avoir, il faut une volonté politique. Et peut-être aussi un lobbying plus actif. Je pense qu'on a beaucoup à apprendre du lobbying VIH. C'est capital pour obtenir des financements et pour obtenir des programmes de développement de la part de l'ONU ou de l'OMS. Aujourd'hui, c'est notre combat pour pouvoir traiter le maximum de personnes dans le monde !"

Inégalités de chances dans le monde. Dans le monde, les hépatites (B et C) touchent 170 à 200 millions de personnes, soit 1 personne sur 14. Mais tous les pays n'ont pas accès aux traitements et la situation est bien différente selon qu'on habite en France ou en Afrique par exemple. Le pays le plus touché est aujourd'hui l'Egypte, avec 18 millions de personnes infectées, à la suite de traitements massifs contre la bilharziose, dans les années 60-70. Le virus de l'hépatite C ayant été découvert très récemment en 1989 et les conditions de stérilisation des seringues étant alors insuffisantes, une proportion importante d'Egyptiens avait été contaminée, notamment dans le delta du Nil. Selon Marc Bourlière, "il s'agit du plus grand scandale de santé publique qui n'est jamais existé."

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